Florence Richard
Africa-Press – Côte d’Ivoire. Dans un courrier adressé au Togolais Faure Essozimna Gnassingbé, président en exercice du Conseil de l’entente, des membres du secrétariat exécutif de cette organisation régionale dénoncent la mauvaise gouvernance – notamment financière – de leur patron.
Népotisme, non-respect des textes en matière de recrutement et de gestion des ressources humaines, non-respect des procédures de dépense et de passation de marché, dérives dans la gestion du projet de construction de la Tour entente à Abidjan… Dans un courrier adressé le 8 juin au président en exercice du Conseil de l’entente, le Togolais Faure Essozimna Gnassingbé, et porté à l’attention de son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, ainsi qu’au ministère des Affaires étrangères ivoirien, une vingtaine de salariés, personnel statutaire et fonctionnaires du secrétariat exécutif de cette institution sous-régionale basée à Abidjan, alertent sur « d’importantes dérives dans la gestion de l’organisation » depuis la prise de fonction de Marcel Amon-Tanoh en tant que secrétaire exécutif, le 4 janvier 2022.
« Cette gouvernance de Monsieur Marcel Amon-Tanoh a occasionné un amenuisement accéléré des ressources financières, un climat social délétère, un personnel démotivé et une situation d’insécurité des emplois », conclut ce courrier accablant de plusieurs pages évoquant « les principales dérives constatées ». En cause, notamment : « la gouvernance administrative et sociale, la gouvernance financière, la gestion du projet de la construction de la Tour entente et les rapports avec les autres organisations sous-régionale ».
400 000 francs CFA de frais de représentation
Selon les signataires de ce courrier – des Béninois, des Nigérians, des Burkinabè, des Togolais ou encore des Ivoiriens -, Marcel Amon-Tanoh aurait notamment profité de « l’instauration de frais journaliers de représentation de 400 000 francs CFA en plus des frais journaliers de mission, sans aucune obligation de justification contrairement à la règle en la matière ».
Depuis son arrivée, début 2022, les « activités opérationnelles » auraient été abandonnées « au profit de dépenses de prestiges, notamment des missions du secrétaire exécutif dont le montant total se chiffre à plus de 300 millions de francs CFA. »
Le recrutement du personnel aurait été fait « sans appel à candidatures et sans respect du principe de la répartition équitable des postes entre États-membres ». Les membres du secrétariat exécutif signataires s’insurgent contre des licenciements jugés abusifs, notamment celui du directeur statutaire représentant le Bénin pour « non-port de la cravate ».
Au sujet du projet de construction de la Tour entente, à Abidjan, les signataires pointent du doigt « des dépenses injustifiées ». Contacté par Jeune Afrique pour répondre à ces accusations, Marcel Amon-Tanoh n’a pas donné suite à nos sollicitations. De son côté, le personnel du secrétariat exécutif réclame le départ de ce dernier et « envisage une suspension des activités à compter du 15 juin ».
Brouille et réconciliation avec Ouattara
Ancien directeur de cabinet d’Alassane Ouattara pendant six ans, puis ministre des Affaires étrangères de 2016 à 2020, Marcel Amon-Tanoh s’était opposé au choix de l’ex-Premier ministre Amadou Gon Coulibaly comme candidat du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) pour la présidentielle de 2020. Après le décès du dauphin désigné par Ouattara, il avait critiqué la décision du chef de l’État de briguer un troisième mandat et avait rejoint l’appel à la désobéissance civile de l’opposition.
Après leur réconciliation, en 2021, le président ivoirien s’était personnellement impliqué pour trouver un point de chute à son ancien collaborateur et ami de trente ans, lequel sera finalement nommé secrétaire exécutif du Conseil de l’entente. Cette institution sous-régionale est principalement financée par la Côte d’Ivoire et dotée d’un budget de 12 milliards de francs CFA (18,3 millions d’euros) pour la période 2021-2025.
La Source: JeuneAfrique.com
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