Art contemporain : un nouveau lieu d’exposition pour l’Afrique à Paris

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Art contemporain : un nouveau lieu d’exposition pour l’Afrique à Paris
Art contemporain : un nouveau lieu d’exposition pour l’Afrique à Paris

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Après Abidjan en 2019, Véronique Rieffel a ouvert sa galerie parisienne au 110, rue Saint-Honoré, dans le 1er arrondissement. Une adresse qui se veut un espace d’exposition, mais également un lieu de vie avec un restaurant – La Table du 110 – et une cave pour des concerts et des rencontres littéraires.

« Ces dernières années, Paris s’est réaffirmée comme une scène artistique incontournable, ouverte aux artistes du monde entier, renouant avec le rôle historique qu’elle a joué au XXe siècle. Avec l’ouverture de fondations privées de premier plan, de résidences d’artistes internationales, la consolidation de foires comme AKAA et l’arrivée de Paris + par Art Basel, cet écosystème offre plus que jamais des perspectives stimulantes et excitantes pour une jeune galeriste », souligne Véronique Rieffel.

En plus de l’activité marchande proprement dite, l’idée est de créer un QG artistique mais aussi festif, un laboratoire afin de donner une visibilité à des créateurs essentiellement non occidentaux. Des contacts que la galeriste a pu nouer en travaillant à la direction des affaires culturelles de la ville de Paris, à l’Institut des cultures d’islam, à la Philharmonie, au Jeu de paume, à la Collection Lambert en Avignon, mais aussi en Egypte, en Côte d’Ivoire ou aux Emirats arabes unis.

Une ouverture au Sud global Véronique Rieffel souhaite défendre et accompagner des plasticiens africains, mais ne s’interdit pas de « travailler avec des artistes issus d’autres géographies, porteurs d’autres histoires ». Ce qui compte pour elle, « c’est cette multiplicité de récits, d’images, et d’ouvrir l’art contemporain à une universalité dont l’Europe n’est plus le centre ». Une véritable ouverture au Sud global.

Elle veut s’inscrire dans les pas de Jean-Hubert Martin, commissaire de l’exposition « Les Magiciens de la Terre » au centre Georges-Pompidou et à La Grande Halle de la Villette en 1989, qui présenta pour la première fois en France des œuvres d’art contemporain non occidentales, afin de montrer l’universalité de l’acte de création et de favoriser un dialogue entre les cultures. Le musée parisien organisa même, vingt-cinq ans après l’exposition initiale, un colloque international, une exposition documentaire et une université d’été, soulignant l’importance majeure de l’événement de 1989.

Pour l’inauguration de la galerie, Véronique Rieffel a choisi l’artiste togolais Clay Apenouvon : « Je crois sans l’ombre d’un doute à sa puissance créatrice, la force actuelle de son œuvre et sa postérité. Il est un artiste parfaitement honnête et exigeant dans sa proposition. Il ne se contente pas de copier ou de plaire à des acheteurs potentiels. Il cherche, il explore et nous surprend toujours. Son travail est à la fois profondément cohérent et toujours renouvelé. » Intitulée « Noir total », l’exposition veut notamment suggérer « l’or noir dans une expression visible et directe », affirme le plasticien.

Né à Lomé en 1970, Clay Apenouvon entre rapidement en délicatesse avec l’institution scolaire. Après avoir tourné le dos à l’école, il devient apprenti dans un atelier de sérigraphie, Art Modesty, et découvre son intérêt pour le dessin, la peinture, la typographie… En 1992, il quitte le Togo pour la France. A Paris, le plasticien rencontre de nombreux artistes, dont Claude Viallat, figure du mouvement Supports/Surfaces, connu pour créer des œuvres en jouant sur l’abstraction, la géométrie et les couleurs. Il s’intéresse également au courant du Nouveau Réalisme, dont les créations se caractérisent par une appropriation du réel, s’opposant à la peinture abstraite.

Film noir plastique et couverture de survie Ces deux mouvances vont nourrir la réflexion de Clay Apenouvon et avoir une influence fondamentale sur son travail : « Ma position artistique n’est pas alignée sur une seule voie, mais embrasse tout un univers dans lequel l’abstraction et la figuration ont besoin l’une de l’autre. L’un des artistes que j’admire énormément est le peintre allemand Gerhard Richter. On peut observer avec quelle simplicité son œuvre navigue merveilleusement entre l’abstrait et le figuratif. »

Les œuvres présentées pour l’exposition inaugurale soulignent cette double approche. Des tableaux composés à l’aide de deux matières surprenantes : le film noir plastique et la couverture de survie. « Ce qui est extrêmement intéressant, c’est de voir les potentialités et les ressources infinies de ces matériaux, révélées par la façon dont Clay les explore. Il est passionnant de voir à quel point cette contrainte qu’il s’impose est féconde et le libère des codes traditionnels de la peinture », précise Véronique Rieffel.

Pour l’artiste, l’utilisation du film noir plastique veut souligner l’importance de cette matière dans les échanges commerciaux internationaux et les conséquences présentes et à venir que nos modes de vie font courir à l’environnement. Pratiquement toutes les marchandises à l’exportation sont emballées et protégées par ce support envahissant à travers le monde, symbole pour le plasticien du désastre écologique en cours. Clay Apenouvon travaille ce film pour lui donner vie : étiré, froissé, chauffé, mat ou brillant, « il ne raconte pas la même histoire. Ce sont les mémoires de la matière. Comme une tentative de réunification de noirs avec toutes les différentes expressions que ce plastique m’offre à voir ».

La couverture de survie occupe aussi une place primordiale dans l’œuvre de l’artiste. Cet « or de détresse », comme il l’appelle, fait référence aux migrants sauvés de périlleuses traversées du Sahara ou de la Méditerranée, souvent échoués et oubliés sous des abris de fortune en Europe. Associés au noir, or et argent strient, balafrent ou maillent les œuvres, comme dans Carré de survie, formant des ensembles quasi géométriques ou apparemment déstructurés. « J’ai déplacé ces matières dans un champ de création, dans une bataille pour la visibilité », explique le plasticien.

Enfin, les portraits de sa mère, de son père ou de Mohamed Ali – l’artiste se prénomme Clay, en référence au premier patronyme du boxeur légendaire – représentent, selon le natif de Lomé, « des fragments, des éclats d’histoires politiques et artistiques de l’Afrique dans le monde ». Des silhouettes sombres sur fond or, où les personnages semblent surgir des tableaux, comme une affirmation d’une certaine lumière.

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