Yara Rizk
Africa-Press – Côte d’Ivoire. Prévision de croissance prometteuse, taxation élargie et rationnalisée, dépenses multipliées… Que promet, et que promeut, le nouveau budget ivoirien ?
Le conseil des ministres du 25 octobre a adopté son projet de loi pour le budget 2024. Le gouvernement voit les choses en grand en misant sur une hausse du budget de 17 %, en anticipation d’une augmentation des recettes et une dynamique macroéconomique positive.
1 – Amélioration du contexte global
C’est sur des projections de croissance annuelle à 7,1 % pour la période 2024-2026 que cette loi de finances s’est construite. Selon le gouvernement, cette dynamique s’explique entre autres par la réussite du Plan national de développement (PND) 2021-2025, la reprise graduelle des activités économiques mondiale et intérieure, la fin des perturbations de la chaine d’approvisionnement, l’atténuation des effets de la crise ukrainienne sur l’économie nationale, le renforcement du cadre de financement des PME et PMI, ainsi que par la consolidation de la trésorerie de l’État.
Quant à l’inflation, elle devrait être contenue dès 2024 à 2,4 % en moyenne – contre 5 % actuellement. Un indice qui promet d’être en-dessous du seuil communautaire fixé à 3 %, notamment grâce à l’accroissement de l’offre des produits alimentaires et à la politique de subventions pour lutter contre la cherté de la vie.
2 – Augmentation conséquente du budget
Cette vision optimiste va de pair avec l’augmentation du budget. Ce dernier est désormais fixé à 13 720,7 milliards de FCFA contre 11 694,4 milliards en 2023, ce qui représente une progression de 17,3 %. Une augmentation imputable à un besoin de moyens supplémentaires dans plusieurs domaines : d’abord celui de la défense, dont le budget augmenterait de 12 %, une hausse justifiée par la lutte contre le terrorisme et la participation accrue aux opérations de maintien de la paix dans la région. Autres postes de dépenses importants : la transformation structurelle de l’économie et le développement du secteur privé et de l’industrie (+30 %), l’infrastructure avec des projets majeurs comme le transport urbain d’Abidjan (+12 %) mais aussi la solidarité et l’action sociale (+10 %).
Alors que le déficit budgétaire devrait se contracter à 3 % du PIB d’ici 2026 contre 5,3 % en 2023, le gouvernement envisage de faire appel aux marchés monétaire et financier pour combler les besoins. Précisément, pour les années 2024 à 2026, la Côte d’Ivoire envisage d’emprunter respectivement 2 712,4 milliards, 2 585 milliards et 2 460 milliards de FCFA sur les marchés.
3 – Élargissement de l’assiette fiscale
Dans une démarche de modernisation et d’optimisation de l’action publique, de nouvelles réformes fiscale et administrative sont prévues. Sur le front fiscal, l’accent est mis sur la rationalisation des exonérations, ciblant notamment l’habitat économique, le foncier urbain et l’atténuation des mesures fiscales dérogatoires. L’idée est de conditionner certains privilèges à la conformité fiscale afin d’élargir l’assiette. Une attention particulière sera accordée à la fiscalisation de secteurs émergents, avec une taxation plus importante des plateformes digitales et du commerce électronique.
Du côté administratif, la fiscalité intérieure est au cœur du chantier. Un plan de recouvrement des arriérés d’impôts est en élaboration, qui s’inscrit dans le cadre du plan stratégique 2022-2025 de la direction générale des impôts (DGI). Avec l’essor de la digitalisation, une collaboration accrue est attendue entre diverses administrations, notamment la Société de Gestion Financière de l’Immobilier (SIGEFIM), le Système intégré de gestion informatisée des contribuables et des impôts (SIGICI), le e-Cadastre Côte d’Ivoire, la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) et l’Institut national de la statistique (INS). L’objectif est de simplifier les échanges de données et d’optimiser la gestion des services.
Grâce à ces mesures, il est attendu que les recettes fiscales dominent les entrées de l’État à hauteur de 87,7 % en moyenne, évoluant de 7 410,1 milliards de FCFA en 2024 à 9 531,8 milliards en 2026. À noter que l’équipe de Robert Beugré Mambé s’attend à ce que les recettes totales – dons inclus – augmentent dans leur globalité. Elles devraient ainsi passer de 8 613,4 milliards de FCFA en 2024 à 10 673,5 milliards en 2026, avec une croissance annuelle moyenne de 11,3 %. Les recettes non fiscales, comprenant notamment les cotisations sociales, connaîtraient une hausse de 7,5 % durant cette période, tandis que les dons diminueraient drastiquement de 269,5 milliards en 2024 à 62,3 milliards en 2026.
Source: JeuneAfrique
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