En Côte d’Ivoire, le souvenir douloureux de la CAN 1984

32
En Côte d’Ivoire, le souvenir douloureux de la CAN 1984
En Côte d’Ivoire, le souvenir douloureux de la CAN 1984

Alexis Billebault

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Le pays a déjà organisé la Coupe d’Afrique des nations : c’était en 1984, en remplacement de la Tanzanie, qui s’était désistée. Les Éléphants, éliminés dès le premier tour, étaient alors passés à côté de leur sujet.

En ce début d’année 1982, la Confédération africaine de football (CAF), dirigée par l’Éthiopien Ydnetkatchew Tessema, déjà tournée vers la Coupe d’Afrique des nations de 1984, doit faire face au désistement de la Tanzanie, qui devait accueillir la phase finale. Mais l’instance ne reste pas longtemps démunie : Félix Houphouët-Boigny, le président ivoirien, propose d’accueillir la 14e édition de la compétition. À cette époque, la CAN ne concerne que huit sélections et le pays ne dispose que d’un seul stade remplissant le cahier des charges : celui d’Abidjan, qui porte le nom du chef de l’État et dispose d’une capacité de 50 000 places.

Grand prince, le « Vieux » décide de faire spécialement construire pour l’occasion une autre enceinte à Bouaké, la seconde ville du pays, pouvant accueillir 35 000 spectateurs. « Ce fut pour nous une surprise d’apprendre que le pays allait organiser la CAN. On a aussi très vite compris que la pression serait très forte sur la sélection, alors qu’elle ne faisait pas partie des meilleures d’Afrique », se remémore Saint-Joseph Gadji Celi, alors milieu de terrain de l’Asec Abidjan.

Dispensés de phase qualificative, les Éléphants multiplient les matchs amicaux et les victoires, notamment face à la Suisse (1-0), face au Ghana champion d’Afrique en titre (3-0) ou au Congo (3-2). « Avec ces victoires et le fait que l’on accueillait la compétition, les Ivoiriens nous voyaient déjà gagner la CAN. Le problème, c’est que nous n’étions pas prêts à gérer une telle pression. De plus, certains présidents de clubs ivoiriens avaient la mainmise sur l’équipe nationale. Notre sélectionneur, le Brésilien David Duque Ferreira, n’était pas toujours libre de ses choix », ajoute Saint-Joseph Gadji Celi.

Un petit tour et puis s’en va

Le tirage au sort, qui place la Côte d’Ivoire dans le Groupe A à Abidjan, avec le Cameroun, l’Égypte et le Togo, n’est pas spécialement favorable à l’équipe du sélectionneur brésilien, alors que l’Algérie, le Nigeria, le Malawi et le Ghana sont affectés au Groupe B à Bouaké.

« Quand nous sommes arrivés à Abidjan, tout indiquait qu’une Coupe d’Afrique allait s’y dérouler. Il y avait une ambiance CAN, c’était bien organisé, au niveau de l’hébergement comme au niveau des conditions d’entraînement », se souvient Joseph-Antoine Bell, le gardien de but des Lions indomptables du Cameroun. À Bouaké, le ressenti est le même pour Ali Fergani, le milieu de terrain algérien. « Bouaké, c’était plus tranquille qu’Abidjan. Les supporters ivoiriens étaient beaucoup plus tournés vers leur sélection, mais on sentait qu’il y avait de l’intérêt pour cette CAN. L’Algérie était la seule équipe francophone du groupe, on sortait d’une belle Coupe du monde en Espagne en 1982, les Ivoiriens nous soutenaient. Je me rappelle qu’il y avait aussi pas mal de Ghanéens qui étaient venus. »

Le match d’ouverture, le 4 mars, tourne à la démonstration pour les Éléphants face au Togo (3-0), alors qu’un peu plus tard dans la journée, l’Égypte domine le Cameroun (1-0). Le lendemain à Bouaké, l’Algérie étrille le Malawi (3-0) et le Nigeria s’impose face au Ghana (2-1). « Cela ne pouvait pas mieux commencer pour nous. Trop bien, même, car la pression s’est un peu plus accentuée », reprend Saint-Joseph Gadji Celi. Le 7 mars, les Ivoiriens s’inclinent (1-2) contre l’Égypte, alors qu’ils menaient au score. « Les supporters poussaient pour qu’on marque le deuxième but et on perd sur deux contres. » Les Pharaons sont qualifiés, et la Côte d’Ivoire sait qu’elle devra s’imposer face au Cameroun, qui s’est refait une santé contre le Togo (4-1) pour accéder aux demi-finales.

Le 10 mars, Abidjan s’est donné rendez-vous au stade Félix-Houphouët-Boigny pour la finale du groupe. Le choc contre les Lions indomptables tourne au fiasco. Surprise juste avant la mi-temps par un but de Roger Milla, la Côte d’Ivoire en encaisse un second à l’heure de jeu des pieds de Bonaventure Djonkep. Elle ne s’en relèvera pas et s’incline (0-2), signant ainsi son élimination et un retour difficile à l’Hôtel du Golf, sous une pluie de projectiles et un flot d’insultes lancés par des supporters en colère. Après ce match, le sélectionneur des Éléphants est prié de faire ses valises et la CAN n’est plus vraiment une priorité pour les Ivoiriens, comme le constate alors Ali Fergani. « Au Stade de la Paix de Bouaké, au lendemain de l’élimination des Éléphants, à peine cinq cents spectateurs assisteront au match de classement contre l’Égypte. »

Houphouët et les « Éléphanteaux »

Les derniers ivoiriens à s’intéresser à la CAN décident de supporter le Cameroun, pourtant fossoyeur des ambitions locales. « Ils étaient avec nous, que ce soit pour la demi-finale contre l’Algérie à Bouaké (0-0, 5-4 aux t.a.b.) ou en finale contre le Nigeria (3-1), qui nous permet de remporter notre première CAN », raconte Joseph-Antoine Bell, apprécié du public abidjanais pour avoir porté les couleurs de l’Africa Sport en 1980-1981. « C’est peut-être en partie pour cette raison que les supporters locaux soutenaient le Cameroun et ont fait la fête avec nous après la finale », suppose l’ancien gardien des Lions indomptables.

Félix Houphouët-Boigny, pour garantir le succès populaire de la finale, avait décrété la gratuité pour tous, mais cette initiative généreuse du chef de l’État n’aura pas suffi à remplir le stade (27 500 spectateurs). Il aura tout de même eu cette déclaration prémonitoire à propos de la sélection nationale, rappelle Saint-Joseph Gadji Celi : « On a vu des Éléphanteaux, ils deviendront des Éléphants. » « Huit ans plus tard, au Sénégal, se souvient l’ancien international, certains d’entre nous furent sacrés champions d’Afrique. »

Source: JeuneAfrique

Pour plus d’informations et d’analyses sur la Côte d’Ivoire, suivez Africa-Press

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here