Après la CAN, la valorisation des stades de Côte d’Ivoire en question

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Après la CAN, la valorisation des stades de Côte d’Ivoire en question
Après la CAN, la valorisation des stades de Côte d’Ivoire en question

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Avec quatre stades construits et deux réhabilités pour la compétition, la Côte d’Ivoire n’a pas lésiné sur les moyens pour se doter d’infrastructures sportives de premier plan. Mais que deviendront-ils au lendemain de la cérémonie de clôture de la CAN ?

Éviter à tout prix les éléphants blancs. Ce sera aussi l’un des défis de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) qui se tient depuis le 13 janvier en Côte d’Ivoire.

Alors qu’Abidjan a bataillé pour que les stades soient prêts à temps et que les autorités ivoiriennes, la Confédération africaine de football (CAF) et le Comité d’organisation de la CAN (Cocan) redoublent d’efforts ces derniers jours pour les remplir, la question de leur avenir au lendemain de la compétition se pose déjà.

Et pour cause. Les trop nombreuses enceintes sous-exploitées ou abandonnées à l’issue d’événements passés – sur le continent comme ailleurs, dans le cadre des CAN, des Jeux olympiques et des Coupes du monde de football – poussent les organisateurs à penser « l’après » avant même le début des tournois. En Côte d’Ivoire, ce travail a bien été amorcé mais rien ne garantit, pour l’heure, qu’il permettra d’éviter les déconvenues.

Business modèle post-CAN

Si la réflexion sur l’après-CAN n’a pas démarré dès l’annonce de l’attribution de la compétition, elle a été lancée il y a plus deux ans – au moment de la construction des stades – et s’est accélérée durant les mois précédents la compétition.

Portée par le Cocan et son président François Amichia, elle a été mise en œuvre par le Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD), qui supervise tous les grands travaux menés par le gouvernement ivoirien, via notamment une mission confiée à Vivendi Sports, filiale du groupe Bolloré spécialisée dans l’organisation d’événements sportifs.

« Une étude a permis d’établir que 85 % des stades érigés en marge des précédents rendez-vous du foot africain n’étaient pas exploités par la suite et que, pour ceux qui le sont, la fréquence moyenne d’utilisation est de 8 à 10 fois par an », expose Robins Tchale-Watchou , ancien rugbyman camerounais à la tête de Vivendi Sports depuis 2018. « L’idée est donc d’établir un business modèle post-CAN pour ces infrastructures afin qu’elles génèrent de la valeur. »

Livre blanc

La question a été débattue lors d’un séminaire sur « l’héritage matériel et immatériel de la CAN », organisé mi-juillet à Grand-Bassam par le Cocan. Avec de nombreux points à l’ordre du jour: partage d’expérience de la part de deux pays organisateurs, le Maroc (qui a accueilli la CAN 1988 et doit héberger la compétition en 2025) et le Cameroun (pays hôte du tournoi en 2022), estimation du coût d’entretien des enceintes, dispositions juridiques pour assurer leur gestion à long terme, exploitations sportive, commerciale, immobilière, sociale à envisager…

Le résultat des échanges doit permettre d’élaborer un livre blanc présentant les solutions pour une gestion durable des stades. « Sur ce type d’équipement, il ne faut pas envisager une rentabilité telle que celle attendue par un promoteur immobilier mais adopter une approche plus sociale, valorisant l’utilisation par la population de l’enceinte tout en limitant le coût pour l’État », commente l’ancien footballeur professionnel camerounais Joseph Antoine Bell, qui préside l’Office national des infrastructures et des équipements sportifs (Onies), créé au Cameroun pour gérer les stades issus de la CAN 2022, et qui a participé au séminaire ivoirien.

Concert, campus, centre commercial…

Si le livre blanc ne semble pas finalisé, plusieurs préconisations et bonnes pratiques émergent. « Le modèle marocain, qui a fait ses preuves, plaide en faveur de la création d’une structure ad hoc pour gérer les infrastructures, une entité qui soit même capable de concevoir des événements pour les animer », avance Robins Tchale-Watchou. Cette solution évite de laisser la charge des enceintes à des ministères, du Sport par exemple, ne disposant pas des moyens financiers et humains adéquats.

Au Maroc, la Société nationale de réalisation et de gestion des équipements sportifs (Sonarges), créée en 2010, est « le bras armé de l’État en matière de réalisation et de gestion des grandes infrastructures sportives » dans le pays. Gérant jusqu’ici cinq enceintes de football – les Grands stades de Tanger, Marrakech, Fès et Agadir ainsi que le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat –, elle a vu ses prérogatives s’étendre depuis mai 2023 à 38 autres installations sportives, dont des piscines olympiques et semi-olympiques, des courts de tennis et des salles omnisports.

« Ouverture à d’autres sports que le football, accueil d’événements culturels ou religieux, location des parkings, des salles à l’intérieur du stade, tout est possible à condition d’inclure la protection de la pelouse dans l’exploitation », met en avant Joseph Antoine Bell, qui incite aussi à développer le sponsoring.

D’autres pistes sont encore évoquées: lier les stades à une université ou à une structure de formation afin de constituer un véritable campus mêlant espaces de cours, activités physiques et de restauration ou adjoindre aux enceintes sportives un centre commercial, un hôtel et des habitations pour constituer un lieu de vie et un écosystème économique.

Rôle du secteur privé

Pour autant, le plus dur – à savoir la mise en œuvre – reste à faire. De fait, pris par l’urgence de l’organisation de la compétition, l’exécutif ivoirien n’a pas eu le temps de statuer en amont de la CAN sur la question de l’héritage ni sur le dossier spécifique du devenir des stades, laissant planer le doute sur la capacité à prendre les bonnes décisions, une fois au pied du mur, en sortie de tournoi.

Même si des acteurs privés se disent intéressés par la gestion des infrastructures et si d’autres opérateurs ont manifesté leur intérêt à investir dans des projets en lien avec les stades, il reste un long chemin à parcourir avant la concrétisation, d’autant que l’engagement du secteur privé se fera difficilement sans incitation fiscale ou autres modalités d’aide.

S’il y a une réelle conscience de l’enjeu – « ne pas construire des stades pour la CAN mais à l’occasion de la CAN afin qu’ils bénéficient ensuite au pays », résume Joseph Antoine Bell – nul ne sait aujourd’hui si elle sera suffisante pour relever les défis de la durabilité et de l’utilité sociale.

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