Africa-Press – Côte d’Ivoire. 400 dollars: c’est le prix pour acheter légalement un python vert de Jayapura (Indonésie). Selon la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (Ipbes), au moins 50.000 espèces sont concernées par le commerce.
Le commerce légal des espèces sauvages, souvent perçu comme inoffensif, cache des réalités inquiétantes: une nouvelle étude, publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences le 7 janvier 2025, met en lumière l’ampleur de ce commerce et ses effets insidieux sur la survie des espèces en danger.
Le commerce légal d’espèces sauvages largement sous-évalué
Répondre à cette question s’avère complexe. Bien que certaines espèces, classées comme potentiellement menacées par le commerce, soient surveillées au niveau international grâce à la Convention sur le commerce international des espèces menacées, la majorité des échanges d’espèces sauvages échappe à toute régulation. Ce phénomène est particulièrement vrai pour le commerce légal, qui représente la majeure partie de ces échanges.
Cependant, une exception notable existe: aux Etats-Unis, un service assure une surveillance via un système d’information sur la gestion de l’application de la loi – LEMIS en anglais -, fournissant ainsi des données précieuses sur le commerce des espèces.
Cette recherche, menée par la professeure Alice C. Hughes, professeure à l’Ecole des sciences biologiques de l’Université de Hong Kong, en collaboration avec des chercheurs internationaux, offre l’un des aperçus les plus détaillés à ce jour sur le commerce légal des espèces sauvages, en s’appuyant sur 22 années de données (entre 2000 et 2022) issues du système LEMIS.
« Nous connaissions le commerce de certaines espèces menacées, mais le problème est que de nombreuses espèces n’ont jamais vraiment été examinées. Notre étude est la première à examiner réellement la diversité des espèces commercialisées et à mettre en évidence les volumes élevés de commerce d’espèces souvent négligées, mais toujours vulnérables », explique Alice C.Hughes, l’auteure principale de l’étude.
30.000 espèces sauvages commercialisées en 20 ans aux Etats-Unis
Les résultats les plus marquants de l’étude sont le volume et la diversité de ce qui est échangé. « Les gens oublient que les Etats-Unis sont un important importateur mondial d’espèces sauvages », rapporte Alice C.Hughes. Entre 2000 et 2022, près de 30.000 espèces sauvages et plus de 2,85 milliards d’individus ont été commercialisés aux Etats-Unis.
Fait inquiétant, plus de 50 % des individus de la plupart des taxons provenaient directement de la nature. « Malgré cette légalité, nous ne disposons d’aucune donnée sur le commerce de la plupart des espèces, car les Etats-Unis sont l’un des rares pays à rassembler de manière exhaustive leurs données sur le commerce des espèces sauvages et à les rendre publiques », explique l’auteure de l’étude. L’impact du commerce sur ces espèces sauvages reste alors largement sous-évalué. En plus du manque de données, « nous avons été surpris de constater qu’un si grand nombre d’espèces envahissantes, ainsi que celles connues pour transporter des agents pathogènes, font encore l’objet d’un commerce important », poursuit la chercheuse.
Vers un suivi mondialisé plus rigoureux ?
Une collecte rigoureuse et standardisée des données est essentielle pour surveiller et protéger les espèces sauvages. A titre d’exemple, la CITES ne répertorie pas la majorité des espèces appartenant à de nombreux groupes clés, comme les oiseaux chanteurs, les reptiles, les amphibiens, les poissons ou les arachnides, et par conséquent, de nombreuses espèces commercialisées ne sont pas documentées. Alice C. Hughes pointe les limites du système TRACES, un réseau de certification vétérinaire géré par la Commission européenne. Bien qu’utile pour la biosécurité, « il manque parfois de précision et reste difficilement accessible pour les scientifiques », selon elle.
Un aspect souvent sous-estimé concerne « les secteurs non-traditionnels ». Elle précise: « Alors que des plateformes comme Etsy compliquent désormais la vente en ligne d’animaux sauvages, tels que les chauves-souris encadrées, Instagram et Facebook continuent d’offrir des espaces de marché où ce commerce reste difficile à surveiller et à réguler. »
Pour la chercheuse, la solution passe par une coopération internationale mais aussi par la responsabilité des consommateurs « Nous avons tous un rôle à jouer. Cela signifie de ne pas acheter de spécimens encadrés à moins de connaître l’éleveur, et si vous voulez acheter un reptile ou un invertébré exotique, assurez-vous qu’il est élevé en captivité » conclut-elle.
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