Salimata Koné
Africa-Press – Côte d’Ivoire. Hausse de la production en Libye, nouveaux investissements au Nigeria… Malgré un contexte difficile marqué par la chute des cours de l’or noir, les producteurs du continent ne baissent pas la garde. Ils comptent même tirer profit de la guerre commerciale amorcée par Donald Trump.
Une dégringolade. Le cours du pétrole chute depuis mi-janvier et le retour à la Maison Blanche de Donald Trump. Mercredi 5 mars, le prix du baril de brent de la mer du Nord (pour une livraison en mai) était ainsi de 68,33 dollars (environ 63,31 euros), son plus bas niveau depuis décembre 2021. Et, même s’il est légèrement remonté lors de la séance du lendemain, il a terminé la journée à 69,46 dollars, en baisse de 5 % par rapport à fin février.
Ce recul du prix de l’or noir est le résultat des déclarations du nouveau président américain. Dans un contexte de guerre commerciale et alors qu’il entend ramener le prix du baril à 50 dollars pour soulager le pouvoir d’achat de ses concitoyens, Donald Trump a annoncé une hausse de la production de pétrole des États-Unis, déjà premier producteur mondial avec 13,2 millions de barils extraits par jour en 2024.
120 000 barils supplémentaires de l’Opep
Des annonces qui se sont doublées d’une déclaration, en début de semaine, de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), autre acteur de poids du marché de l’or noir au niveau mondial, annonçant l’augmentation de sa production à partir d’avril, à raison de 120 000 barils supplémentaires par jour, chaque mois, pendant un an et demi. Rompant avec sa stratégie, amorcée après le Covid-19, de limitation de la production via l’imposition de quotas à ses membres, le cartel parie sur une hausse de la demande de brut.

Ce contexte, qui devrait encore tirer à la baisse le cours de l’or noir dans les prochains mois, est une mauvaise nouvelle pour les nombreux producteurs africains de pétrole, dont le top 5 constitué par le Nigeria, l’Angola, la Libye, l’Algérie et l’Égypte, mais aussi pour les acteurs plus modestes, qu’ils soient des producteurs historiques comme le Gabon et Congo ou de nouveaux entrants dans le secteur, dont la Côte d’Ivoire et le Sénégal.
Pour tous les pays, dont les budgets sont irrigués par les recettes issues des exportations de brut, des cours à la baisse sont synonymes de manque à gagner et de possible ralentissement des investissements envisagés par les majors et autres opérateurs pétroliers.
Au Nigeria, premier producteur africain et quatrième économie du continent en 2024 selon le Fonds monétaire international (FMI), les exportations de brut représentent 10 % du produit intérieur brut (PIB). Alors qu’Abuja table sur une croissance de 3,1 % cette année, le contexte pourrait compliquer la réalisation de cet objectif. Il risque aussi de doucher le récent regain d’appétit des investisseurs pour le pays, Shell ayant notamment approuvé fin 2024 un projet en eaux profondes de cinq milliards de dollars.
En Angola, deuxième producteur du continent, le pétrole a représenté 28 % du PIB et 98 % des exportations en 2023, selon les chiffres de la Banque Africaine de Développement (BAD). En octobre déjà, la ministre des Finances du pays, Vera Esperança dos Santos Daves de Sousa, reconnaissait que la chute des cours exerçait « beaucoup de pression » sur l’économie locale, tablant à l’avenir sur un prix moyen du baril entre 70 et 72 dollars, contre une moyenne de 75 dollars en 2024.
Pour l’Algérie, qui figure dans le top 5 des producteurs et dont l’économie demeure particulièrement dépendante de l’or noir, le contexte vient contrarier les plans de sa compagnie publique Sonatrach de relancer la production via de nouveaux projets. « Il va falloir regarder dans la durée et compter les points pour savoir si les Africains résistent ou pas », résume Charles Thiémélé, chef du département Afrique au sein du négociant BGN.
Alternatives crédibles
Car tout n’est pas perdu pour les producteurs du continent. Les menaces douanières renouvelées par Donald Trump envers ses voisins et la Chine pourraient remettre l’or noir africain sur le devant de la scène. Les acheteurs américains pourraient en effet être tentés de contourner la taxe de 10 % qui frappe le pétrole canadien en s’approvisionnant ailleurs, notamment en Afrique.
La Chine, confrontée à la même problématique, risque également de suivre cette voie. Le géant asiatique, sixième producteur mondial de pétrole, en est le deuxième plus grand consommateur au monde. « Le brut africain sera une alternative pour les gros consommateurs que sont Pékin et les autres pays asiatiques », parie le chef du département Afrique de BGN.
« Il faudra des mois pour voir le marché s’équilibrer, ce qui signifie qu’il faudra également observer la façon dont les Américains et les Chinois s’organisent », reprend Charles Thiémélé.

Cette donnée s’ajoute à la ferme volonté des pays africains – tous engagés dans une bataille pour augmenter leur production – de défendre leur position sur la scène internationale. Illustration avec la Libye, qui vient d’annoncer le lancement d’un appel d’offres pour l’exploitation de blocs pétroliers, ce que le pays n’avait plus fait depuis dix-sept ans.
Dans un discours télévisé, Masoud Suleiman, le président par intérim de la National Oil Corporation (NOC), a ainsi indiqué le 3 mars que vingt-deux nouvelles zones onshore et offshore seraient proposées aux compagnies pétrolières internationales, visant une production de deux millions de barils par jour d’ici 2027.
En dépit de la crise sécuritaire que traverse le pays depuis 2011, la production de pétrole ne s’est jamais arrêtée. Membre de l’Opep mais exonéré de quotas de production, la Libye produit actuellement près de 1,4 million de barils par jour, selon la NOC (1,09 mbj en 2024 selon l’Opep), ce qui la place dans le top 3 continental.
Bien que comptant encore six membres africains en son sein (Algérie, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Libye et Nigeria), le cartel pétrolier a perdu de son attrait ces derniers temps. L’Angola, pays membre depuis 2006, a claqué la porte de l’organisation en décembre 2023, refusant de se plier aux quotas de réduction de production. Sous pression avec la baisse des cours, Luanda assure avoir fait le bon choix, affichant une production de 1,1 mbj, niveau que le pays entend maintenir au moins jusqu’en 2027, préparant la mise aux enchères de nouveaux blocs.
La résistance africaine passera-t-elle par l’Opep à l’avenir ? Difficile de trancher. « La quote-part de l’Opep dans la production mondiale ne cesse de baisser », souligne Charles Thiémélé. De fait, la part du pétrole de l’organisation dans la production mondiale est passée de 55 % à 34,7 % entre 1970 et 2020, selon le site spécialisé Connaissance des énergies. Mais, malgré cette baisse de régime, l’organisation n’en reste pas moins un puissant lobby qui pourrait être utile aux pays africains.
Source: JeuneAfrique
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