Est-il vrai que la forêt amazonienne a besoin du Sahara pour survivre ?

12
Est-il vrai que la forêt amazonienne a besoin du Sahara pour survivre ?
Est-il vrai que la forêt amazonienne a besoin du Sahara pour survivre ?

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Est-il vrai que les poussières du Sahara africain traversent l’Atlantique pour couvrir la terre du Brésil ? », nous demande Makv Makala sur notre page Facebook. C’est notre Question de la semaine. Merci à toutes et tous pour votre participation.

Le Sahara nourrirait l’Amazonie, alors qu’une distance d’environ 5 000 kilomètres les sépare ? Bien que cela semble surprenant, c’est tout à fait exact, comme nous le racontions dans notre précédent article « Comment le Sahara nourrit l’Amazonie » publié en mars 2015.

Des millions de tonnes de sable chaque année partent du Sahara vers l’Amazonie

Il y a 10.000 ans, tout le centre du Sahara était recouvert par un lac poissonneux immense. Les changements climatiques, régionaux et globaux, ont peu à peu réduit cette étendue d’eau douce aux limites actuelles du lac Tchad, soit moins de 1500 km2. A la place s’étend la dépression du Bodélé, une zone désertique traversée par des vents violents. Au point que la moitié des poussières du Sahara partant dans l’atmosphère provient de cette région qui reste la première au monde pour l’érosion éolienne. Or des chercheurs britanniques ont révélé en 2014 que ces poussières s’avèrent être un excellent fertilisant pour le massif amazonien.

En 2015, des chercheurs américains ont estimé la quantité de sable ainsi déplacée par les vents de l’Afrique du Nord vers l’Amérique du Sud: 27,7 millions de tonnes de sable par an (sur les 182 millions de tonnes de poussière environ qui quittent le Sahara chaque année) !

Cette poussière apporterait environ 22.000 tonnes de nutriments chaque année à l’Amazonie. Ils permettraient d’équilibrer les pertes de nutriments dues au ruissellement des pluies sur les sols. Mais ces apports seraient très inégaux d’une année à l’autre. « Il y a 86% de variation entre l’année 2007, où la quantité de sable transportée était la plus importante, et l’année 2011, où il y en a eu le moins », estiment les chercheurs.

En 2020, une étude américaine publiée dans la revue Global Biogeochemical Cycles a effectué une estimation plus précise du dépôt annuel de poussière saharienne en Amazonie et a ainsi revu le chiffre à la baisse: entre 8 et 10 millions de tonnes (au lieu des 27,7 millions estimés par l’étude publiée en 2015). Ces chercheurs ont aussi mis en lumière une corrélation forte entre ce transport et la pluviométrie nord-africaine, les années humides étant associées à un transport réduit, et inversement. Ainsi, en affectant les régimes de pluies, le réchauffement climatique pourrait impacter ce processus naturel de fertilisation de l’Amazonie.

Dans le sable du Sahara, du phosphate essentiel aux végétaux

Une question persiste: que sont ces nutriments transportés par le vent sur des milliers de kilomètres ? D’après les chercheurs, ce sont des éléments arrachés aux squelettes des poissons qui ont habité pendant des millénaires les eaux du méga lac. Ces résidus sont constitués d’apatite, des composés phosphorés. Très légers, une partie de ces aérosols traversent l’Océan Atlantique pour se déposer sur le massif amazonien.

Or, ce phosphore d’origine biologique est aisément assimilable par les plantes, lesquelles reçoivent du ciel une matière organique nécessaire à leur croissance. Très rare dans la plupart des sols (95% des gisements de phosphate minéral sont situés dans la seule région du sud marocain et du Sahara espagnol), le phosphate n’en est pas moins essentiel pour le développement des végétaux.

Les racines ne peuvent dégrader qu’une infime partie des éléments présents dans le sol car le phosphore minéral n’est pas mobile et il leur faut l’aide des champignons pour que les arbres et herbes puissent capter les quantités qui leur sont nécessaires pour croître et se multiplier.
Pour l’instant, nul n’est en mesure de calculer la quantité de phosphore présent dans la dépression du Bodélé.

Pour plus d’informations et d’analyses sur la Côte d’Ivoire, suivez Africa-Press

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here