Les Romains ont subi une baisse de QI à cause de la forte pollution au plomb sous l’Empire

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Les Romains ont subi une baisse de QI à cause de la forte pollution au plomb sous l'Empire
Les Romains ont subi une baisse de QI à cause de la forte pollution au plomb sous l'Empire

Africa-Press – Côte d’Ivoire. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) l’assure: il n’existe pas de concentration de plomb dans le sang qui soit sans danger. Ce métal, qui entre dans l’organisme par inhalation ou par ingestion puis se diffuse pour atteindre le cerveau, le foie, les reins et les os, est ainsi à l’origine de l’une des pollutions les plus néfastes sur la santé que l’humanité ait connue, et ce dès l’Antiquité. Publiée le 6 janvier 2025 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), une étude révèle comment les émissions de plomb ont affecté la population européenne sous l’Empire romain.

En s’appuyant sur trois carottes de glace prélevées dans l’Arctique, des chercheurs du Desert Research Institute (DRI, États-Unis) – l’un des principaux centres mondiaux spécialisés dans les études environnementales et climatiques – ont pu évaluer l’ampleur de cette pollution atmosphérique entre 500 avant notre ère et 600 après notre ère, en se concentrant tout particulièrement sur les quelque 200 années d’apogée de l’Empire, connues sous le nom de Pax Romana (généralement située de 27 avant J.-C. à 180 après J.-C.). Ils démontrent notamment que le plomb, relâché en masse par les exploitations minières et les fonderies dans toute l’Europe, a diminué les capacités cognitives des individus de l’époque.

Le plomb transporté par les vents

« C’est la première fois qu’une archive de pollution atmosphérique issue d’une carotte de glace est utilisée pour estimer des concentrations historiques de pollution et leurs impacts sur la santé humaine », explique à Sciences et Avenir Joe McConnell, professeur de recherche en hydrologie au DRI. Mais comment déduire de colonnes de glace prélevées au Groenland des taux de pollution générée en Europe ? « En raison de son faible point d’ébullition, une certaine quantité de plomb s’échappait des foyers de production et était rejetée dans l’atmosphère », détaille Joe McConnell. « Une très petite fraction de ce plomb émis était transportée par les vents jusqu’à l’Arctique, où elle se déposait dans la neige. »

Les carottes de glace utilisées dans cette étude proviennent de sites où il tombe chaque année plus de neige qu’il n’en fond. Au fil du temps, la neige accumulée crée comme un « gâteau fait de couches de l’histoire de l’environnement », image l’hydrologue. Cette preuve environnementale – et non plus seulement historique et archéologique – que la source principale de cette pollution au plomb était bien l’intense activité minière et métallurgique romaine a pu être obtenue par la mesure des isotopes du plomb. Plus précisément, par comparaison des rapports isotopiques du plomb déposé au Groenland avec ceux des gisements exploités par l’Empire. « En utilisant les modèles atmosphériques rétrospectifs et en connaissant les lieux d’exploitation des mines et des fonderies, nous avons pu déterminer l’ampleur des émissions nécessaires pour créer cette pollution observée dans l’Arctique il y a 2000 ans », détaille Joe McConnell.

L’industrie de l’argent, première responsable

Les rejets de plomb dans l’atmosphère étaient en grande partie générés par l’extraction de l’argent, issu de la galène, un minéral riche en plomb et fondu pour obtenir le précieux métal brillant. Cette pollution a commencé à l’âge du Fer et a atteint un premier sommet à la fin du 2e siècle avant notre ère, à l’apogée de la République romaine. Elle a ensuite fortement diminué au cours du 1er siècle avant notre ère, pendant la crise de la République romaine, avant d’augmenter de nouveau vers 15 avant notre ère, suite à l’avènement de l’Empire romain.

« La pollution au plomb est restée élevée jusqu’à la peste des Antonins, de 165 à 180 de notre ère, qui a gravement affecté l’Empire romain », écrivent les chercheurs dans leur communiqué. Ce n’est qu’au Haut Moyen Âge, après l’an Mil, que cette pollution par le plomb dans l’Arctique a dépassé les niveaux élevés de l’Empire romain.

Baisse des capacités cognitives

Si chez les adultes, des niveaux élevés d’exposition au plomb peuvent engendrer infertilité, anémie, perte de mémoire, maladies cardiovasculaires ou encore cancers, chez les enfants, celle-ci est encore plus dommageable. Même de faibles niveaux d’exposition ont été associés à une baisse du quotient intellectuel (QI), mais aussi à des problèmes de concentration et des échecs scolaires. L’étude, elle, met en lumière une réduction probable de 2 à 3 points du quotient intellectuel (QI) moyen de la population européenne de l’époque exposée à ces émissions de plomb.

« Nous avons choisi de nous concentrer sur le déclin cognitif parce que c’est quelque chose que nous pouvons chiffrer », a expliqué Nathan Chellman, coauteur de l’étude et professeur adjoint de recherche en hydrologie de la neige et de la glace au DRI. « Une réduction du QI de 2 à 3 points ne semble pas énorme, mais lorsqu’on l’applique à l’ensemble de la population européenne, c’est une véritable catastrophe. »

Des mesures récentes

De quoi rappeler que les activités humaines ont eu des impacts environnementaux et sanitaires bien avant l’industrialisation moderne, et ce même si les carottes de glace montrent que la pollution par le plomb dans l’Arctique était jusqu’à 40 fois plus élevée lors du pic historique le plus haut, au début des années 1970 ! En cause, l’essence, qui contenait encore du plomb. Cette pollution diminua progressivement après les années 1970 et l’adoption du Clean Air Act aux États-Unis en 1963 (amendé plusieurs fois au cours des décennies suivantes).

En France et dans le reste de l’Europe, il fallut attendre le milieu des années 1980 pour que des mesures soient prises concernant l’essence au plomb. Elle fut définitivement interdite à la vente dans toute l’Union européenne le 1er janvier 2000. Ces interdictions entraînèrent des réductions spectaculaires des niveaux de plomb dans l’air, même si d’un point de vue sanitaire, les conséquences furent malheureusement durables.

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