Africa-Press – Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, 30% de l’électricité produite dans le monde provient des sources solaire, éolienne et hydroélectrique. Le “consensus des Émirats arabes unis”, adopté par les 195 États signataires de la Convention onusienne sur le climat lors de la COP28 à Dubaï en novembre 2023, réaffirme la volonté d’une sortie totale des énergies fossiles dans la deuxième partie du siècle. Ce qui implique dans une première étape un triplement des capacités des énergies renouvelables d’ici à 2030.
En 2023, éolien, photovoltaïque et hydroélectricité ont produit 8840 térawatts/heure (TWh). Avec l’augmentation des usages de l’électricité dans les transports, l’industrie, les bâtiments, la consommation d’électrons de l’humanité va passer de 26 000 TWh aujourd’hui à 50 000 TWh en 2050 selon l’Agence internationale de l’énergie et l’agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena). Au milieu du siècle, l’essentiel de l’électricité devra être renouvelable pour respecter l’Accord de Paris de limiter la hausse de la température mondiale en dessous de 2°C.
Énergie et climat de nouveau intimement liés
Dans trente ans donc, le climat et la production d’énergie seront intimement liés. La force du vent, l’ensoleillement, l’abondance des pluies influeront sur le rendement des installations et la quantité d’énergie produite. Un quatrième paramètre entre en compte: la demande en énergie. Là aussi, elle sera influencée par le changement climatique. Les pays du Nord connaîtront moins de jours froids, mais plus de jours chauds, tandis que ceux du Sud devront affronter des périodes chaudes de plus en plus longues et de plus en plus accentuées.
Ces deux critères sont calculés à partir des ratios de “degré-jours de chauffage” et de “degrés-jours de climatisation”, soit la demande en énergie induite par la température. C’est cette relation que rend tangible le rapport 2023 sur “le potentiel mondial en matière d’énergie renouvelable et demande d’énergie sous influence du climat” publié le 4 mars 2025 par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’Irena et le service Copernicus pour les prévisions météorologiques (C3S) européen. Le travail a consisté à corréler les observations satellitaires météorologiques sur la force des vents, l’ensoleillement et les précipitations et les capacités de production des énergies renouvelables, puis à comparer les constats de 2023 à la moyenne de production de la période 1990-2020.
2023 est une année particulièrement intéressante. Tout d’abord, c’est la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée avec un écart de 1,45°C des températures par rapport à la moyenne 1850-1900 (elle n’a été battue que par 2024 qui a excédé pour la première fois les 1,5°C). Ensuite, elle a connu une transition entre une phase la Niña de trois ans entre 2020 et 2023 (refroidissement des eaux du centre du Pacifique tropical) et son pendant El Niño (refroidissement de l’est du Pacifique, près des côtes du Pérou) qui lui a succédé à partir de septembre 2023.
Or cette oscillation australe influence le climat mondial en général. De plus, l’oscillation nord-atlantique qui est une variation décennale de latitude entre l’anticyclone des Açores et la dépression d’Islande a également joué un rôle sur le climat général. Enfin, le dipôle de l’océan Indien a provoqué de fortes sécheresses en Australie et de graves inondations dans la corne de l’Afrique.
Des modes de calculs de productivité très différents
Munis des données de l’Irena sur les capacités installées d’éolien, de solaire et de barrages dans le monde entier, les météorologues ont pu adosser les constats météorologiques avec les variations de production des renouvelables. Les différences technologiques impliquent d’utiliser des moyens de calcul très divers. La production des éoliennes est ainsi évaluée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) à partir de l’estimation du rendement d’une éolienne terrestre de 100 mètres de haut pour chaque carré de 0,25 degré de longitude et de latitude sur deux mois, juin et novembre. Le solaire est évalué plus facilement par le rayonnement solaire au sol ajusté par deux paramètres que sont la température et la vitesse du vent à la surface de la Terre. L’hydroélectricité est évaluée par la quantité des précipitations reliée aux nombres de barrages sur une région donnée.
Le rapport dévoile ainsi la productivité des énergies renouvelables par région. La productivité des éoliennes a ainsi augmenté en 2023 en moyenne de 8% en Afrique du Sud, en Asie du Sud-Est (Chine incluse), au Mexique, dans l’Europe centrale et de l’Est par rapport à la moyenne des trois années précédentes. Ainsi, le parc chinois d’éoliennes terrestres de 400 GW (le premier au monde) a connu en 2023 une augmentation de production de 65 TWh grâce à des conditions de vent favorables.
A l’inverse, l’Asie du Sud, le Moyen-Orient, la corne de l’Afrique, l’Amérique du Nord et le nord de l’Europe ont essuyé des baisses de rentabilité de 4 à 8%. Le parc indien de 40 GW a ainsi perdu 7 TWh de production dans toute l’année 2023. A l’échelle des régions du monde, la production éolienne se révèle ainsi versatile avec des variations de production de plus ou moins 20% d’une année à l’autre.
Le changement climatique fait baisser la demande en énergie
Ce n’est pas le cas du solaire où les variations sont infimes, de l’ordre de plus ou moins 2% selon les années. Sous l’influence de El Niño, Cependant, l’Amérique du Sud a connu une année 2023 plus sèche et moins nuageuse (l’Amazonie souffre de sécheresse) et a vu donc le rendement de ses panneaux photovoltaïques augmenter de 4 à 8% selon les pays. Avec une capacité installée de 37 gigawatts (GW), le Brésil a vu bondir sa production solaire de 3 TWh.
L’Asie du Sud-Est et la Chine, l’Afrique de l’Ouest ont aussi connu une année 2023 positive. A l’inverse, l’Europe dans sa globalité et une bande allant du Moyen-Orient à l’Inde ont connu une mauvaise année photovoltaïque. La mauvaise nouvelle provient des résultats de l’hydroélectricité. Partout dans le monde, la production des barrages a baissé, particulièrement dans les deux Amériques, en Chine, en Russie, en Asie du Sud et en Australie. Le Soudan et la Namibie ont subi une baisse de 50% de leur production hydraulique principalement à cause d’une mousson très faible.
L’année la plus chaude jamais enregistrée a provoqué une baisse de la demande en énergie principalement dans l’hémisphère Nord, là ou vivent la grande majorité des humains et où se trouvent surtout les pays développés les plus énergivores. La somme des “degrés jours de chauffage” et des “degrés jours de climatisation” donne les “degrés jours énergie”, c’est-à-dire les périodes de besoin, soit de chauffage, soit de climatisation.
En 2023, l’Europe, le Canada et la Nouvelle-Zélande ont connu une baisse de 12% des jours avec besoin d’énergie par rapport à 1990-2020. Le Canada est même passé de 360 jours avec besoin d’énergie dans les trois décennies précédentes à 310 en 2023. A l’inverse, les pays sub-sahariens et l’Amérique centrale ont subi une hausse de la demande en énergie. La République démocratique du Congo a ainsi connu une augmentation de 24% des “degrés jours énergie” du fait des besoins en climatisation pour affronter des températures de plus en plus élevées.
Ce croisement entre production d’énergies renouvelables, demande en énergie et météo donnent un autre vision du changement en cours. Les auteurs du rapport espèrent deux avancées de leurs travaux. La première, c’est de rendre plus prévisible la production des énergies renouvelables en anticipant les tendances climatiques naturelles comme “El Niño”. La seconde, c’est que ces prévisions soient utilisées à l’avenir par des pays voisins pour échanger de l’électricité entre ceux que la météo aura favorisé et les moins bien lotis.
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