Africa-Press – Djibouti. Les pieuvres avaient jusqu’ici brouillé la piste de leur origine. Mais le séquençage du génome de Vampyroteuthis infernalis, un représentant très particulier de ces céphalopodes, a permis de les rattacher au groupe plus ancien des calmars et des seiches. Publiée dans la revue iScience par une équipe de l’Université de Vienne (Autriche) et de chercheurs japonais (National Institute of Technology – Wakayama College et Shimane University), l’étude apporte un éclairage nouveau sur leur histoire évolutive. « Cette étude est une avancée car le génome des pieuvres, fortement remanié au cours de leur évolution, s’est avéré très difficile à étudier jusqu’à aujourd’hui », témoigne Laure Bonnaud-Ponticelli, spécialiste de ces animaux au Muséum national d’histoire naturelle à Paris.
Un génome resté proche de l’ancêtre commun
Avec ses bras reliés par une membrane et de grands yeux rouges ou bleus, cette mystérieuse pieuvre noire des grands fonds est longtemps apparue comme l’ultime survivant des vampyropodes, groupe intermédiaire entre celui des calmars/seiches et celui plus récent des pieuvres, qui a régné dans les mers jusqu’à la fin du Crétacé, il y a 66 millions d’années. L’étude montre que son énorme génome, d’une taille près de quatre fois supérieure au nôtre (environ 11 milliards de bases, le plus vaste génome de céphalopode séquencé à ce jour), a conservé une disposition chromosomique proche de celle du calmar.
Autrement dit, son organisation reste proche de l’état ancestral. De plus, son génome n’a pas subi l’ensemble des fusions chromosomiques observées chez les pieuvres modernes: au cours de leur évolution, plusieurs chromosomes distincts se sont soudés les uns aux autres, faisant passer leur nombre de 46 chez les calmars et les seiches, à 28 chez la pieuvre courante. Cette fusion progressive de chromosomes constitue l’un des grands tournants de l’évolution des pieuvres. Vampyroteuthis infernalis conserve ainsi une architecture intermédiaire, précieuse pour reconstituer les étapes de cette transformation.

230 millions d’années de réorganisation chromosomique
Ce grand réarrangement a débuté il y a plus de 230 millions d’années. Il s’est poursuivi jusqu’à récemment chez les pieuvres et s’est accompagné d’une forte réduction de la taille de leur génome. « Au cours de cette évolution, les pieuvres ont perdu leur coquille interne et les deux tentacules des calmars et seiches. Mais elles ont aussi acquis des branchies très développées leur permettant de fuir un instant hors de l’eau leurs prédateurs pour les pieuvres communes, ou de vivre dans les abysses peu oxygénés comme c’est le cas de Vampyroteuthis », précise Laure Bonnaud-Ponticelli.
Pour se nourrir dans l’obscurité, ce dernier flotte en pleine eau grâce à sa coupole membranaire couverte de mucus qu’il utilise pour capter le plancton à défaut de proies et de débris animaux plus volumineux. Tiré de l’oubli par les chercheurs, il témoigne d’une très longue histoire évolutive des céphalopodes qui commence à peine à être explorée.
Pour plus d’informations et d’analyses sur la Djibouti, suivez Africa-Press





