Découverte d’un carnyx, trompette des guerriers celtes

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Découverte d'un carnyx, trompette des guerriers celtes
Découverte d'un carnyx, trompette des guerriers celtes

Africa-Press – Djibouti. C’est un véritable trésor que des archéologues ont mis au jour dans le Norfolk, en Grande-Bretagne: un amas d’objets en bronze enterrés au 1er siècle de notre ère, qui contient, entre autres, les restes d’un instrument de musique emblématique, le carnyx, trompe celtique. C’est seulement le troisième, et le plus complet, jamais découvert en Grande-Bretagne. Daté de l’âge du fer, il se trouvait sur l’ancien territoire de la tribu celte des Icènes, célèbres pour avoir résisté aux Romains sous le commandement de leur reine Boudicca.

Rare découverte en Angleterre d’un carnyx, la trompette des guerriers celtes

Au cours de fouilles préventives sur un terrain voué à la construction d’un nouveau quartier résidentiel près de Thetford, dans le sud-ouest du Norfolk, les archéologues de l’entreprise Pre-Construct Archaeology ont découvert un dépôt d’objets en bronze entremêlés. Pour ne pas les abîmer, ils ont décidé de les extraire en bloc, c’est-à-dire qu’ils ont prélevé le bloc de terre dans lequel ils étaient enfouis afin de le transporter en laboratoire et de procéder à leur extraction en toute sécurité.

Première étape avant la fouille: la radiographie et le CT-scan (tomodensitométrie) – réalisé dans un hôpital –, afin de déterminer la position de chaque objet au sein du bloc. C’est seulement dans un deuxième temps qu’ils ont procédé à une micro-excavation, effectuée au pinceau et à l’aide d’un microscope afin de n’oublier aucun élément.

Il y a deux trompettes, plus exactement

Le scan a permis de mettre en évidence le type d’artefacts contenus dans le bloc de terre: « Le trésor comprend une trompette de guerre, ou carnyx, de l’âge du fer presque complète et des fragments d’une autre, détaille un communiqué d’Historic England, l’organisme de protection du patrimoine britannique. Il contient également une tête de sanglier en bronze laminé, provenant à l’origine d’un étendard militaire. Cinq bossettes de bouclier et un objet en fer d’origine inconnue complètent l’ensemble. Ces découvertes sont rares, non seulement au Royaume-Uni, mais aussi dans toute l’Europe. »

La tête du carnyx est un sanglier rugissant

Étant donné l’extrême fragilité des objets, fabriqués à partir de feuilles de métal extrêmement fines qui ont particulièrement souffert de leur enfouissement durant deux millénaires, ils ont d’abord été soigneusement extraits du bloc avant d’être stabilisés, puis documentés. Les archéologues ont ainsi pu observer le carnyx avec plus de précision.

Cet instrument à vent se présente sous la forme d’une longue trompette à tête zoomorphe, représentant le plus souvent un sanglier ou un dragon. Il s’agit ici d’un sanglier, comme le décrivent les chercheurs: « La tête du carnyx du Norfolk est constituée d’une fine feuille d’alliage de cuivre, travaillée en repoussé pour créer un visage de sanglier rugissant, semblable à celui d’un dragon, avec des sourcils proéminents, des yeux en forme de losange et une gueule béante et dentée, avec des défenses séparées. Des oreilles en forme de feuilles encadrent la tête, tandis qu’une longue crête ajourée descend le long de l’extérieur du pavillon. Autour du cou, un collier en relief et deux disques appariés donnent l’impression d’un torque entourant la gorge de l’animal. Des traces de plusieurs matériaux appliqués subsistent au niveau des yeux, ce qui leur donnait autrefois une présence vivante et réaliste. »

L’un des plus complets jamais mis au jour

D’après cette description, ce carnyx est sans conteste l’un des plus complets jamais mis au jour en Europe. Deux autres exemplaires ont été découverts au Royaume Uni, mais l’un d’entre eux a été fondu. L’autre, surnommé le carnyx de Deskford, a été trouvé dans le nord-est de l’Écosse au début du 19e siècle, et est aujourd’hui exposé au Musée national d’Écosse. Il lui manque un certain nombre de ses composantes: la crête, les oreilles, les yeux en émail, la langue en bois et le tube cylindrique.

Selon le conservateur en chef du département des musées du Norfolk, Jonathan Clark, « le carnyx de Thetford est le plus complet jamais trouvé, car son tuyau, son embouchure et son pavillon sont intacts ». Le directeur de Pre-Construct Archaeology, Mark Hinman, ajoute qu’il présente des traces de réparation, ce qui indique qu’il a été utilisé pendant longtemps. Il a été partiellement démonté avant d’être enterré, mais heureusement il a bénéficié de la protection des bossages du bouclier, qui ont été soigneusement placés par-dessus. Ainsi « l’ensemble du pavillon et de la tête sont relativement complets, et c’est le seul carnyx qui ait jamais été trouvé avec ses oreilles. Il a de grandes oreilles tombantes qui sont magnifiques, et elles sont toujours en place ». Ces déclarations ne font cependant pas encore état d’une comparaison avec le plus complet des carnyces découverts en 2004 à Tintignac, en Corrèze.

Les Celtes ont commencé à fabriquer des carnyces au 4e siècle avant notre ère

Cette trompette est l’instrument emblématique des Celtes, qui ont commencé à la fabriquer dès le 4e siècle avant notre ère. Très impressionnante, elle était constituée d’un très long tube en bronze, d’une embouchure côté musicien, et d’un pavillon qui revêtait une tête zoomorphe animée, car elle comportait une languette et une mâchoire inférieure mobiles. L’air insufflé par l’embouchure parcourait donc un long chemin avant d’être expulsé au niveau du pavillon, dont la facture – la gueule ouverte de l’animal en question – jouait un rôle dans le son émis.

Comme le montrent les gravures en repoussé du chaudron de Gundestrup – une gigantesque pièce d’orfèvrerie découverte dans un marais au Danemark –, joué à la verticale, le son était ainsi projeté depuis environ quatre mètres de hauteur. Mais il semble que certains carnyces ne pouvaient être joués qu’à l’horizontale, en raison de variantes au niveau de la forme du tube au niveau de l’embouchure.

Des sons sur près de cinq octaves

Quelle était la nature des sons émis par le carnyx? Les performances du musicien-archéologue John Kenny réalisées avec de magistrales reconstitutions démontrent qu’il est possible d’en tirer des sons très diversifiés, doux comme puissants, et couvrant presque cinq octaves – même si ce jeu « moderne » ne nous dit pas exactement quels sons les Celtes tiraient de leurs instruments. Des auteurs antiques ont décrit l’effet produit par le carnyx, tel l’historien grec Diodore de Sicile qui évoque son usage au combat par les Gaulois: « Ils ont des trompettes barbares, d’une construction particulière, qui rendent un son rauque et approprié au tumulte guerrier », écrit-il.

Pour quelle raison ce trésor a-t-il été enterré?

Comment expliquer que ce véritable trésor ait été enterré au 1er siècle de notre ère? À cette époque, le territoire du Norfolk était occupé par les Icènes (Iceni), une tribu celte qui s’est soulevée contre l’occupant romain sous le règne de Boadicée (Boudicca, vers 30-61). Il est certes impossible de savoir si ce sont des membres de cette tribu qui ont enterré ces artefacts, mais leur qualité en fait des objets de prix et donc de prestige, de sorte que leur lien potentiel avec la tribu des Icènes « est une question évidente sur laquelle nous allons nous concentrer », conclut Mark Hinman. Si l’on ne peut donc encore dire s’il s’agit d’une offrande votive, comme le carnyx de Deskford, qui a été démantelé au cours d’un rite sacrificiel, d’un vol, ou bien d’un trésor militaire dissimulé au cours d’un conflit, on attend quoi qu’il en soit de pouvoir admirer le carnyx de Thetford une fois qu’il sera restauré.

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