Africa-Press – Djibouti. Derrière les applaudissements et les remises de prix, une réalité plus complexe se dessine. Le 23 mars 2026, au Palais du Peuple, l’association Women in STEM Djibouti a clôturé le concours « Inspir Maths », mettant à l’honneur de jeunes collégiennes et lycéennes distinguées pour leurs portraits de mathématiciennes célèbres. Mais au-delà de la célébration, l’événement a surtout mis en lumière un enjeu majeur: la place encore fragile des femmes dans les filières scientifiques.
Dans une salle empreinte de solennité, ces jeunes participantes ont incarné, le temps d’une cérémonie, l’espoir d’un rééquilibrage dans un domaine où les chiffres restent défavorables aux femmes. À Djibouti, les progrès en matière d’éducation sont indéniables.
Le taux de scolarisation au primaire atteint près de 99 %, avec une quasi-parité entre filles et garçons. Pourtant, cette avancée s’effrite à mesure que les élèves progressent dans le système éducatif.
Le passage au secondaire, puis à l’enseignement supérieur, demeure un point de rupture. Le taux d’achèvement du premier cycle secondaire chute à environ 39 % pour les filles, contre 44 % pour les garçons. Un décrochage qui touche particulièrement les zones rurales, où les contraintes sociales et économiques pèsent davantage sur la scolarité des jeunes filles. Dans les filières scientifiques, ce déséquilibre s’accentue encore, réduisant progressivement la présence féminine. Ce constat dépasse largement les frontières nationales. À l’échelle de l’Afrique subsaharienne, les femmes ne représentent qu’environ 30 % des chercheurs, selon les données de l’UNESCO. Malgré quelques exemples encourageants, comme au Sénégal ou en Afrique du Sud, la majorité des pays peine à maintenir les jeunes femmes dans les filières STEM après le baccalauréat. Le manque de modèles féminins constitue l’un des freins les plus persistants. C’est précisément pour y remédier que Women in STEM Djibouti met en avant des parcours inspirants, à l’image de Saida Ballah, doctorante djiboutienne en mathématiques. Son itinéraire illustre la possibilité de dépasser les barrières structurelles et culturelles. À l’échelle mondiale, la situation reste tout aussi préoccupante. Les données récentes confirment une stagnation: un chercheur sur trois seulement est une femme, et celles-ci ne représentent que 35 % des diplômés en STEM. Dans les secteurs technologiques de pointe, comme l’intelligence artificielle ou le cloud computing, leur part chute respectivement à 26 % et 12 %.
Face à ces chiffres, l’initiative « Inspir Maths » mise sur une approche innovante en intégrant les arts aux sciences, dans une logique STEAM. À travers des posters, vidéos et bandes dessinées, les participantes ont donné un visage humain aux mathématiques, souvent perçues comme abstraites et masculines.
Pour la docteure Djaltou Aboubaker, présidente de l’association, l’enjeu est clair: « Investir dans le potentiel scientifique des jeunes filles, c’est investir dans l’innovation et le développement futur de Djibouti. » Un message qui résonne particulièrement dans un pays aspirant à devenir un hub technologique régional.
Ainsi, la cérémonie du 23 mars ne marque pas seulement l’aboutissement d’un concours scolaire. Elle symbolise un point de départ: celui d’une mobilisation durable pour transformer les talents émergents en futures actrices majeures des sciences. Car à Djibouti, comme ailleurs, l’avenir des mathématiques et plus largement de l’innovation ne pourra se construire sans les femmes.
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