Construction de logements en plein essor à Djibouti

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Construction de logements en plein essor à Djibouti
Construction de logements en plein essor à Djibouti

Par Olivier Caslin (Envoyé spécial à Djibouti)

Africa-Press – Djibouti. Malgré la multiplication des livraisons de logements, le marché de l’immobilier djiboutien reste rendu, avec une demande supérieure à l’offre. La question de l’habitat, l’une des priorités du président sortant et candidat à sa réélection Ismaïl Omar Guelleh, sera au centre de la prochaine élection présidentielle d’avril 2026.

Ces derniers mois, les principaux carrefours de la vieille ville de Djibouti et sa corniche ont vu fleurir des panneaux publicitaires d’un nouveau genre. De telles campagnes d’affichage étaient jusqu’alors réservées à la promotion de projets gouvernementaux (hôpitaux, bâtiments administratifs, voirie) ou, plus rarement, commerciaux, portés alors par des investisseurs étrangers (hôtels, galeries marchandes).

Désormais, ces panneaux vantent aussi les mérites de quelques résidences privées de standing, dont les représentations en 4 par 3 ont de quoi faire rêver les Djiboutiens, avec leurs petites villas sagement alignées et arborées, autour d’espaces publics modernes et passablement déshumanisés, loin de l’effervescence de la capitale.

Sans être toutefois devenu monnaie courante, ce genre de projet immobilier, qui s’adresse à une certaine catégorie de la population, est bien plus visible qu’il ne l’a jamais été à Djibouti. D’abord, parce qu’une loi de 2013 encadre et autorise désormais la promotion immobilière privée. Ensuite, parce qu’avec le développement économique vient celui d’une partie des Djiboutiens, qui, sans être considérée comme une classe moyenne, constitue un marché devenu suffisamment important et solvable pour attirer les développeurs.

Une clientèle de cadres

Cela d’autant plus que la concurrence des groupes bancaires a permis de diviser par trois le taux des prêts en dix ans. Pour soutenir la demande, certains établissements, tels que Salaam Bank et Saba African Bank, ont créé leurs propres filiales spécialisées dans la promotion immobilière pour bâtir des résidences et en commercialiser les logements clés en main, comme le font aussi certains constructeurs, à l’image du groupe omanais Alhamdani.

En tout, plusieurs centaines de logements – grands appartements et petites villas – ont été mis sur le marché ces dernières années pour satisfaire une clientèle constituée en majorité de cadres administratifs ou issus du privé. Les promoteurs ont surtout investi dans les quartiers cossus de Haramous (Ouest) et de Gabode (Centre), non loin de l’aéroport. Désormais, ils s’intéressent à l’extrémité de la presqu’île du Héron (Nord), tout juste récupérée de l’emprise française, qui suscite déjà bien des convoitises, aux abords de l’hôtel Kempinski.

Ces nouveaux programmes immobiliers contribuent aussi à combler les vides laissés sur le terrain entre la partie historique de Djibouti-Ville et sa commune populaire de Balbala, qui ne cesse de se développer, participant ainsi par petites touches à sa transformation sociale.

Viabilisation imposée

C’est également sur cette carte dominée par la tôle ondulée, entre les habitations précaires et les hangars du domaine portuaire, qu’interviennent en priorité les pouvoirs publics. Leur objectif est de valoriser le foncier ou de réhabiliter l’existant afin, surtout, de construire des logements sociaux.

En dix ans, les hauteurs du port de Doraleh se sont tapissées de barres d’immeubles de cinq étages aux couleurs variant selon l’année de construction. « Entre 2013 et aujourd’hui, cela représente plus de 4 000 appartements », assurent les services de l’Agence de réhabilitation urbaine et du logement social (Arulos), auxquels viennent s’ajouter près de 1 500 parcelles, viabilisées par la Société immobilière et d’aménagement foncier (Siaf) – viabilisation imposée par une loi de 2011, la même que celle qui a créé un secrétariat d’État au Logement. Après s’être vu adjoint tantôt au portefeuille de l’Environnement, tantôt à celui de l’Aménagement du territoire, l’Habitat a rejoint en 2021 celui de la Ville et de l’Urbanisme, au sein d’un ministère à part entière, « qui n’a cessé de gagner en puissance et en ressources », assure la ministre Amina Abdi Aden, avec pour bras armé ses deux agences: l’Arulos et la Siaf.

La question du logement figure pourtant très haut dans les priorités d’Ismaïl Omar Guelleh (IOG), et ce depuis sa première élection, en 1999. Dès mai 2000, il fait promulguer les premiers textes d’encadrement du secteur, avec la création d’une administration spécialisée.

La même année commencent les travaux des cités Hodan 1 et Hodan 2, à Balbala, qui prévoient la construction, en dix ans, des 1 400 premiers logements sociaux du pays. Un coup d’essai qui reste sans lendemain, jusqu’en 2016. IOG fait alors de la lutte contre le mal-logement une des priorités de son quatrième mandat et crée une fondation à son nom, dont l’objectif est de « loger les plus démunis ». Depuis 2017, quelque 5 000 maisonnettes ont été construites à Balbala et dans les principales localités du pays, destinées aux plus précaires.

Des programmes sociaux aux coûts élevés

Pour les autres, à savoir la grande majorité des Djiboutiens, l’Arulos et la Siaf poursuivent leurs programmes dans la capitale, où 1 000 appartements sociaux supplémentaires devraient être prochainement disponibles à la location-vente, toujours à Balbala, ainsi que dans le quartier en plein développement de Nagad, près de la gare du chemin de fer Djibouti – Addis-Abeba, mis en service en 2017.

« La formule de location-vente est très appréciée et très efficace pour favoriser l’accès à la propriété », constatent les responsables de l’Arulos. Surtout lorsque l’on considère que les coûts du logement sont aussi élevés que dans le centre de Djibouti-Ville, selon l’avis des propriétaires et des locataires. « L’électricité est chère, la main-d’œuvre qualifiée aussi et les matériaux sont onéreux, car tout est importé », expliquent les autorités pour justifier les coûts de construction élevés.

Si plusieurs programmes ont été livrés dernièrement, l’offre en logements sociaux et « économiques » reste insuffisante, et la demande en logements promet de croître pendant de nombreuses années. Rien que pour répondre aux objectifs du programme « Zéro bidonville à l’horizon 2030 », engagé en 2018 par IOG, les services du ministère ont calculé qu’il faudrait construire d’ici là au moins 2 000 logements supplémentaires chaque année. La question de l’habitat promet donc de s’inviter une nouvelle fois dans la campagne du candidat Guelleh pour la présidentielle d’avril 2026.

Source: JeuneAfrique

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