IGAD: Intégration sans Abandon de Souveraineté

1
IGAD: Intégration sans Abandon de Souveraineté
IGAD: Intégration sans Abandon de Souveraineté

Africa-Press – Djibouti. DJIBOUTI, 25 février 2026 (ADI) – A l’heure où la Corne de l’Afrique demeure secouée par les tensions sécuritaires et les recompositions géopolitiques, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) vient de franchir un seuil décisif: l’entrée en vigueur de son nouveau traité fondateur. Ratifié par cinq États membres, le texte ambitionne de transformer l’organisation en véritable bloc régional structuré. Dans son bureau donnant sur la mer Rouge, le ministre djiboutien des Affaires étrangères et de la Coopération Internationale, Abdoulkader Houssein Omar, détaille, pour l’ADI, la portée de cette réforme et les ambitions de Djibouti, pays hôte de l’organisation. Un entretien dense, parfois offensif.

ADI: Cinq ratifications, le quorum atteint: au-delà du symbole juridique, que change réellement l’entrée en vigueur de ce nouveau traité?
Le ministre: Il change l’architecture même de notre organisation. Autorité intergouvernementale pour le développement se dote désormais d’outils comparables à ceux d’autres ensembles régionaux africains structurés. Djibouti a été le premier à ratifier ce traité, dans le sillage de son adoption par la 14e Assemblée des chefs d’Etat, le 12 juin 2023. L’Ethiopie et le Soudan du Sud ont suivi, puis le Kenya et récemment la Somalie. Nous avons désormais la base légale pour appliquer la réforme.

Ce texte procède donc d’une vision nouvelle: faire de l’IGAD non plus seulement un cadre de concertation, mais un véritable bloc régional structuré. A l’instar de la CEDEAO ou de la SADC, nous voulons une organisation dotée d’institutions solides, de mécanismes clairs et d’une capacité d’action réelle.

Vous parlez d’un « bloc ». L’IGAD en a-t-elle vraiment les moyens?

Nous nous en donnons les moyens. L’Afrique compte aujourd’hui huit communautés économiques régionales reconnues. Si nous voulons peser dans l’architecture continentale, nous devons être à la hauteur des standards fixés par des blocs tels que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ou la Communauté de développement de l’Afrique australe. Notre ambition est donc claire: faire de l’IGAD un véritable pilier de l’intégration en Afrique de l’Est et dans la Corne de l’Afrique, en cohérence avec la Zone de libre-échange continentale africaine. L’intégration régionale, loin d’être une option idéologique, constitue une nécessité.

Par ailleurs, une nouvelle architecture organisationnelle est prévue, ainsi qu’un projet de siège modernisé à Djibouti, destiné à regrouper les programmes aujourd’hui dispersés. Mutualiser, rationaliser, professionnaliser… telle est la logique.

Pour Djibouti, pays hôte de l’organisation, quels bénéfices concrets attendez-vous?

Djibouti assume un rôle pivot depuis 1986, date de création de l’IGAD. Ce choix n’était pas anodin. Notre diplomatie a toujours privilégié la médiation et la stabilité régionale.

Aujourd’hui, l’IGAD est présidée par Djibouti et SEM Ismaïl Omar Guelleh, Président de la République, jouit de la confiance de tous ses pairs de la région en pesant de toute son expérience de médiateur et faiseur de paix. Cette visibilité renforce notre poids diplomatique. Concrètement, cela se traduit par une intensification des synergies régionales: gestion concertée des ressources naturelles, facilitation du commerce transfrontalier, coopération sécuritaire face aux menaces transnationales. Dans une région traversée par les crises, la stabilité est un actif stratégique.

Certains observateurs redoutent qu’une intégration plus poussée n’érode la souveraineté nationale. Vos opposants parlent d’un « transfert de compétences masqué ».

L’argument est classique. Mais il repose sur une confusion. L’intégration n’est pas une abdication. C’est une mutualisation.

Chaque Etat conserve sa souveraineté. En revanche, face aux défis transfrontaliers (terrorisme, migrations, insécurité alimentaire, changement climatique) l’isolement est une illusion. La souveraineté moderne s’exerce aussi collectivement.

Vous n’y répondez pas totalement: y aura-t-il des contraintes contraignantes pour les Etats récalcitrants?

Oui, et c’est précisément l’un des apports du nouveau traité. Les contributions financières devront être honorées. Des mécanismes de sanction existent désormais. Une organisation ne peut fonctionner durablement si ses membres ne respectent pas leurs engagements.

Le quorum est atteint. Quelle est la prochaine étape? Concrètement?

L’entrée en vigueur ouvre une phase d’harmonisation des législations nationales avec le traité. Cela suppose un travail technique approfondi, notamment l’alignement réglementaire, la programmation budgétaire, la priorisation des projets.

Mais il y a un enjeu majeur: l’autonomie financière de l’organisation. Nous devons réduire notre dépendance aux financements extérieurs. La crédibilité passe par la stabilité budgétaire et je félicite le Secrétaire Exécutif, Dr Workneh Gebeyehu pour tous les efforts déployés dans ce sens et je continuerai à l’appuyer à atteindre cet objectif.

Parallèlement, Djibouti poursuivra son plaidoyer pour une ratification complète par l’ensemble des Etats membres. L’unité demeure notre horizon.

L’IGAD fête ses quarante ans. Pourtant, la région reste l’une des plus instables du continent. N’est-ce pas un constat d’échec?

Je ne serais pas aussi alarmiste dans ma lecture de la situation régionale. Regardez la complexité de notre environnement géopolitique. Malgré les crises, l’IGAD a été un cadre de médiation constant. Sans elle, certaines tensions auraient pu dégénérer davantage.

Les organisations régionales ne suppriment pas les conflits par décret. Elles offrent un espace de dialogue structuré. C’est déjà essentiel.

Si vous deviez adresser un message aux citoyens djiboutiens?

Je leur dirais que l’IGAD est un instrument au service de la paix et du développement. La coopération régionale améliore concrètement la vie des populations: commerce facilité, stabilité renforcée, projets communs.

Notre détermination est intacte. L’entrée en vigueur du traité n’est qu’une une étape. Avec l’appui de toutes les institutions nationales et l’engagement de nos partenaires, nous pouvons faire de notre région un espace plus intégré, plus stable et plus prospère.

Source: adi

Pour plus d’informations et d’analyses sur la Djibouti, suivez Africa-Press

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here