Marie Toulemonde
Africa-Press – Djibouti. Réseaux vieillissant, régions privées d’électricité, scandales à répétition dans les entreprises publiques… L’électrification du continent, objet de tant de promesses, est à la peine. Pour pallier ce déficit, les Africains s’équipent eux même. Décryptage en infographies.
Depuis le 1er janvier 2023, l’Afrique du Sud n’a connu qu’un seul jour sans coupure d’électricité. Pendant les cent soixante-cinq jours restants, les délestages ont duré trois mille sept cent dix-neuf heures sur trois mille neuf cent soixante. Empêtrée dans un vaste scandale de corruption, et contrainte d’exploiter un parc de centrales à charbon en décrépitude, l’entreprise nationale d’électricité Eskom a plongé en quelques années la nation arc-en-ciel dans la pire crise énergétique de son histoire.
Le pays, qui a pourtant des capacités électriques équivalentes à celle de tous les autres pays d’Afrique subsaharienne réunis, partage désormais le quotidien de la majeure partie du continent, où les délestages et blackout sont encore monnaie courante, et où un habitant sur deux n’est toujours pas raccordé au réseau. Au Mali, qui enchaîne ces derniers mois les coupures, la situation critique a même conduit à la démission du ministre de l’Énergie, Lamine Seydou Traoré, le 31 mai. Le contexte n’est pas meilleur au Gabon où quatre directeurs se sont succédé depuis 2019 pour tenter de sauver la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) de la catastrophe.
Système D
Usine à l’arrêt, chaîne du froid brisée, hôpitaux paralysés et chaleur insoutenable sans ventilateur : ces coupures imprévisibles et prolongées sont sûrement l’un des pires obstacles au développement du continent. Alors, face à l’incapacité des gouvernements à construire ou maintenir des réseaux fiables malgré les nombreuses promesses d’électrification, les particuliers et les entreprises font de plus en plus le choix du système D. D comme décentralisé. Parmi les alternatives adoptées, l’utilisation de générateurs diesel est déjà largement répandue mais une autre solution conquiert les foyers : le solaire.
Écologiques et économiques, les petits kits solaires, jusqu’ici déployés dans les zones isolées d’Afrique de l’Est, se propagent sur tout le continent, mais pas uniquement dans les zones rurales. De plus en plus d’entreprises et de citadins aisés s’équipent des panneaux photovoltaïques pour pallier les faiblesses du réseau, comme l’a montré Hugo Le Picard, chercheur à l’Ifri, dans son étude Nouveau paradigme de l’électrification en Afrique subsaharienne. Comment les systèmes hybrides décentralisés changent-ils la donne ? publiée en septembre 2022.
L’Afrique marchera-t-elle au solaire dans dix ans ? Difficile à prédire, la technologie pâtit notamment de son intermittence. Mais une chose est sûre : les sociétés nationales d’électricités doivent prendre en compte ce nouveau paradigme car la situation risque d’aller de mal en pis pour elles. Le départ de clients, faute d’un réseau fiable, alourdi la dette de l’entreprise, l’empêchant ainsi d’améliorer son réseau.




La Source: JeuneAfrique.com
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