
Africa-Press – Djibouti. La politique de refonte du naira de la Banque centrale du Nigeria, qui visait à maîtriser l’inflation et à décourager l’achat de votes lors de la récente élection présidentielle, a mis le secteur bancaire à rude épreuve pendant des mois. Une situation tendue qui a contraint des millions de Nigérians, y compris parmi les 38 millions de personnes non bancarisées, à recourir aux paiements électroniques.
Les transactions dématérialisées ont augmenté de 45,52 % en janvier 2023, atteignant 38,77 milliards d’euros. OPay et Palmpay, deux fintechs soutenues par la Chine, font partie des start-up nigérianes qui ont tiré le meilleur parti de cette crise, en proposant des applications pour les petites et moyennes entreprises comme pour les particuliers, afin de faciliter les transactions rapides et bon marché.
Investissements exponentiels
Huit propriétaires de petites entreprises sur dix interrogés par Jeune Afrique ont adopté l’une ou l’autre de ces applications, ou les deux, depuis le début de la pénurie de liquidités, fin 2022. « Nous avons enregistré 20 millions d’utilisateurs actifs au cours de cette période, ce qui représente une croissance de 100 % au cours des neuf derniers mois », explique Chidera Anukam Chukwu, directrice marketing de Palmpay. « Ce chiffre ne cesse d’augmenter. Nous traitons désormais des dizaines de millions de transactions par jour. La société s’enorgueillit d’un vaste réseau de plus de 500 000 agents et commerçants partenaires, ce qui permet à l’application de proposer un large éventail de services. »
Palmpay a été lancé au Nigeria en 2019 grâce à un investissement chinois de 40 millions de dollars, avant d’étendre ses opérations de manière exponentielle. Au début de la même année, OPay a démarré ses activités, soutenu par un investissement de 50 millions de dollars d’un consortium d’investisseurs chinois, qui, quelques mois plus tard, a investi 120 millions de dollars de plus.
OPay est même devenu un concurrent de Paga, le plus grand opérateur d’argent mobile du Nigeria en termes de parts de marché, lorsqu’un groupe d’investisseurs chinois a injecté 400 millions de dollars dans sa branche de paiement en 2021, portant l’évaluation de l’entreprise à 2 milliards de dollars. Son application a été téléchargée 26 millions de fois depuis la crise du naira.
Opera – un moteur de recherche populaire en Afrique et société mère d’OPay qui développe d’autres produits sous sa tutelle comme la société de covoiturage par moto ORide – a été partiellement acquis par des investisseurs chinois pour 600 millions de dollars en 2016.
OPay et Palmpay accélèrent l’acquisition de clients en proposant des transferts sans frais, des intérêts compétitifs sur l’épargne et des rétrocessions de transactions, explique Abiola Gbemisola, directeur adjoint de la recherche sur les actions à la banque d’investissement FBNQuest. « Comme ils l’ont fait au début des OPay Okadas (vélos), ces avantages les aideront à acquérir de nombreux clients, même à un coût considérable. Elles peuvent le faire parce qu’elles ont les poches plus profondes que les autres banques numériques. Cependant, elles devront se développer et justifier l’ARPU (revenu moyen par utilisateur). »
Fidélisation cruciale
Abiola Gbemisola craint que les deux start-up ne finissent comme Alat, la branche numérique de Wema Bank, qui, selon lui, n’a pas adopté une stratégie assez large de fidélisation assez large pour soutenir son élan.
Chidera Anukam Chukwu est toutefois convaincue que les millions de personnes passées au paiement numérique ne feront pas marche arrière, même si la crise du naira est en passe d’être résolue après que la Cour suprême nigériane a invalidé la stratégie de refonte de la monnaie. « Ils utilisent PalmPay non seulement parce qu’ils n’ont plus besoin d’argent liquide, mais aussi parce qu’ils bénéficient d’une expérience de paiement facile, rapide, gratifiante et fiable », explique-t-elle.
Les acteurs du secteur espèrent qu’OPay et Palmpay donneront l’impulsion nécessaire pour que les investissements chinois continuent d’augmenter dans le secteur technologique nigérian, qui a subi de lourdes pertes ces derniers temps. La start-up de génomique 54gene, soutenue par la Chine, a licencié 95 employés, soit 30 % de son personnel, en août dernier. Deux mois plus tard, sa valorisation a chuté de 100 millions de dollars, et son PDG a démissionné.
Les rêves de super application d’OPay ont également été interrompus en 2020. L’entreprise a mis fin à toutes ses activités pour se concentrer sur son produit fintech après l’interdiction de son service de covoiturage à vélo, ORide, par le gouvernement de l’État de Lagos. L’impact du Covid-19 a lourdement pesé sur bon nombre de ses services. Attirer davantage l’intérêt de la Chine serait également crucial à la suite d’un ralentissement des financements alloués aux entreprises technologiques depuis l’année dernière, en plus d’une récession mondiale.
« De nombreuses start-up nigérianes devront collaborer et embaucher pour continuer à opérer de manière rentable à l’avenir », déclare Abiola Gbemisola. « En fin de compte, la prestation de services aux clients continuera de s’améliorer, et le Nigeria rattrapera le reste du monde. »
Route de la soie numérique
La Chine a doublé son incursion technologique en Afrique par le biais de l’initiative Digital Silk Road (Route de la soie numérique). En 2021, elle s’est engagée à investir 8,43 milliards de dollars sur le continent, principalement en incitant certains de ses géants technologiques tels que Huawei, ZTE et Cloudwalk, à exploiter la téléphonie mobile, les médias sociaux et les applications de commerce électronique.
Huawei a déjà développé 30 % des réseaux 3G et 70 % des réseaux 4G en Afrique, et s’impose déjà dans la course au développement de la 5G. Au Nigeria, MSA Capital a investi 3,4 millions de dollars dans la start-up de crédit automobile Autochek, Tencent Holdings a investi 15 millions de dollars dans Edtech ULesson et Cathay Capital a injecté 25 millions de dollars dans Healthtech 54gene.
« Au cours de la dernière décennie, les Chinois ont accru leur exposition à l’Afrique grâce à l’initiative Belt and Road (BRI). Contrairement à l’Occident, leurs investissements sont concrets, argent, technologie et main-d’œuvre », explique Abiola Gbemisola. « À l’inverse des applications occidentales, ils misent sur l’audace et une utilisation unique de la technologie. De plus, l’économie chinoise, ancienne économie émergente, offre de nombreuses idées qui pourraient être reproduites avec succès au Nigeria, et au-delà sur le continent. »
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