Othman Benjelloun : « D’ici à 2030, Bank of Africa sera un groupe panafricain de référence »

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Othman Benjelloun : « D’ici à 2030, Bank of Africa sera un groupe panafricain de référence »
Othman Benjelloun : « D’ici à 2030, Bank of Africa sera un groupe panafricain de référence »

Bilal Mousjid

Africa-Press – Djibouti. Bénéfices record, ambitions africaines, nouvelle stratégie… Le discret président de BOA, une des plus grandes fortunes du Maroc et du continent, répond aux questions de Jeune Afrique.

À 92 ans, le tycoon marocain ne songe pas encore à prendre sa retraite. Après quelques semaines de repos à l’étranger, le voilà de retour à son bureau à Casablanca, où il continue de veiller au développement de son mastodonte bancaire qui a réalisé en 2022 un bénéfice record de 2,3 milliards de dirhams (220 millions d’euros, en hausse de 15 % par rapport à 2021).

Après avoir réorganisé son groupe en le dotant d’un nouvel organigramme opérationnel, le doyen des banquiers africains veut désormais passer à la vitesse supérieure en adoptant une nouvelle stratégie, élaborée par le cabinet McKinsey. Objectif à l’horizon 2030 : propulser son institution dans « le peloton de tête des meilleures banques » en étendant sa présence à d’autres pays, comme le Nigeria et l’Égypte, confie Othman Benjelloun à Jeune Afrique. Le tout en mettant sur les rails d’autres ambitieux projets sans lien avec le cœur de métier de la banque, comme la cité industrielle Tanger Tech Mohammed VI et la gigantesque tour à Salé (baptisée aussi « Tour Mohammed VI », une des plus hautes d’Afrique).

Le milliardaire, qui a la parole rare, revient pour JA sur les performances exceptionnelles du groupe, le relèvement controversé du taux directeur par le gouverneur de la Banque centrale Abdellatif Jouahri, la nouvelle stratégique et les ambitions de Bank Of Africa. Mais aussi sur son intérêt pour les énergies renouvelables.

Depuis deux ans, BOA enchaîne des bénéfices record. Dans un contexte économique globalement difficile, comment expliquez-vous ces résultats ?

Othman Benjelloun : En dépit d’un contexte exceptionnel engendré par la pandémie du Covid-19, Bank of Africa a fait preuve d’un engagement responsable, répondant fortement à l’urgence nationale et se positionnant comme un partenaire innovant et fiable pour ses parties prenantes publiques et privées, en soutenant plusieurs projets de transformation stratégique dans le royaume. Dans le même temps, le groupe a accéléré sa transformation digitale, avec pour priorité l’amélioration de l’expérience client et le renforcement de l’efficacité opérationnelle de ses activités avec, toujours sous-jacente, l’ambition forte d’accompagner le développement du continent.

En termes de chiffres, en 2022, les performances de Bank of Africa sont marquées par un fort dynamisme financier et commercial, comme en témoignent la croissance significative du produit net bancaire consolidé (+7 %) et du résultat net part du groupe (+15 %). De même, l’encours des crédits et dépôts consolidés continuent de progresser, respectivement de +7,4 % et +10 %. Le groupe continue également d’assurer la transformation de la structure de sa rentabilité, avec une croissance des revenus issus de la marge sur commissions supérieure à ceux issus de la marge d’intérêt (+18% versus +9%), illustrant la solidité de son business model.

Le taux directeur a été relevé par la Banque centrale à trois reprises en six mois pour atteindre 3 %. Que pensez-vous de cette décision ?

Cette hausse du taux directeur s’inscrit dans un renchérissement mondial du loyer de l’argent après plus d’une décennie de politiques très accommodantes des banques centrales. En effet, la principale mesure visant à limiter l’impact de la crise des subprimes de 2008 avait été d’allouer des financements conséquents aux marchés. Dans ce sens, la situation que nous vivons aujourd’hui n’est qu’un juste retour à la normale.

Pour autant, ce renchérissement du loyer de l’argent doit se faire progressivement, et en bonne intelligence avec les différents acteurs économiques – entreprises, ménages, institutionnels. Pour cette raison, le secteur bancaire demeure en constant échange avec Bank Al-Maghrib.

BOA a été parmi les premières banques à se tourner vers l’Afrique subsaharienne, qui représente aujourd’hui près 49 % du résultat net part du groupe. Comment envisagez-vous le développement du groupe sur le continent dans les prochaines années ? Envisagez-vous de nouvelles acquisitions ?

En effet, le développement de Bank of Africa en Afrique subsaharienne se matérialise aujourd’hui par une présence dans près d’une vingtaine de pays, principalement en Afrique de l’Ouest et de l’Est. Au-delà d’être historique, notre présence à l’ouest du continent bénéficie d’une proximité forte – culturelle, économique et religieuse – entre le royaume du Maroc et les pays de l’UEMOA. De ce fait, nos implantations y sont nativement performantes.

L’est du continent, nous devons encore l’optimiser, voire rationaliser notre présence par une amélioration régulière de nos actions et process. C’est notre objectif de court terme. À plus long terme, il est évident que le renforcement de la présence de Bank of Africa dans les grandes économies du continent que peuvent être le Nigeria ou l’Égypte sont des objectifs et nous devons, pour cela, nous appuyer sur de nouveaux partenariats.

Vous avez confié à McKinsey l’élaboration d’une nouvelle stratégie pour votre banque. Quels en sont les grands axes ?

Toujours en cours d’affinement, elle est basée, en premier lieu, sur l’humain : d’abord les collaborateurs du groupe, et notre capacité à les fédérer autour d’un projet d’envergure en leur permettant de se projeter sur les prochaines décennies. À cet effet, notre culture d’entreprise est en cours de consolidation avec l’ensemble des membres du groupe, basée davantage sur l’excellence, l’intégrité, la durabilité, l’impact sur les communautés…

Ensuite, concernant le client, il s’agit de cultiver la performance et l’innovation permanente pour lui apporter toujours plus de valeur. Pour y parvenir, la digitalisation de l’accès à nos produits et services est une source d’inclusion et d’interactions plus rapides et plus profondes. Notre groupe a la chance de pouvoir disposer de référents internes solides pour réussir le virage de la transition numérique.

Enfin, la durabilité et l’impact sur nos communautés demeure centrale. En partant de l’expérience réussie de la Fondation BMCE Bank, le groupe Bank of Africa est aujourd’hui une référence continentale en matière de durabilité. Nous souhaitons ainsi renforcer notre offre pour accompagner aussi notre clientèle sur la maîtrise des enjeux ESG (environnement, social et gouvernance).

Loin de son cœur de métier, BOA est engagée dans l’ambitieux projet « Cité Mohammed VI Tanger Tech », qui a déjà commencé, après quelques années de retard, à accueillir des investisseurs étrangers. Le projet avance-t-il aujourd’hui au rythme que vous souhaitez ?

La promotion de ce projet fait partie du cœur de métier de Bank of Africa car le rôle du secteur financier, conformément aux orientations de Sa Majesté Mohammed VI, est d’accompagner l’investisseur privé. Dans ce sens, la Cité Mohammed VI Tanger Tech fait partie de la riche offre du royaume pour l’investissement tant marocain qu’étranger.

Passées les formalités initiales liées à la préparation du terrain – terrassement, raccordements eau et électricité, lotissement… -, Tanger Tech est aujourd’hui opérationnelle, avec l’appui de nombreux partenaires publics et privés, dont des investisseurs chinois de renom.

D’ailleurs, les premiers investissements ont démarré et Tanger Tech sert désormais, entre autres, de plateforme de relocalisation pour des fabricants industriels chinois, la confidentialité m’obligeant pour le moment à taire les noms. Nous comptons attirer de nombreux autres opérateurs, comme en témoigne la signature du récent mémorandum de coopération avec l’AMDIE, la Zone de développement économique de Wuhan et la Fédération internationale des entrepreneurs chinois.

Une étude réalisée récemment par la banque en partenariat avec le Centre régional d’investissement (CRI) de Casablanca-Settat fait état d’un potentiel important de la région dans l’industrie des énergies renouvelables. BOA compte-t-elle lancer ou financer de nouveaux projets dans le secteur ?

Cette étude fait partie d’une collaboration pilote entre les autorités territoriales et Bank of Africa. Notre groupe a en effet réfléchi aux atouts et aux potentialités de la région de Casablanca-Settat pour abriter un écosystème industriel plus soutenable autour des énergies propres.

En se basant sur les compétences du CRI de Casablanca-Settat et la longue expertise de notre Centre d’intelligence économique en la matière, en plus de l’intervention de nombreux acteurs du secteur, ce travail a contribué à identifier les prérequis pour accélérer davantage la cadence de la transition énergétique du royaume, tout en insistant sur les mécanismes pour l’éclosion d’un écosystème industriel national compétitif autour des énergies renouvelables.

Pour le groupe, la transition énergétique, en compte propre et pour notre clientèle, est un passage obligé d’ici à 2030. La banque a déjà entamé la décarbonation de sa consommation en énergies et elle proposera, dans les prochains mois, des produits et services dédiés pour sa clientèle.

Plus généralement, quelles sont vos ambitions pour le groupe pour les prochaines années ?

Bank of Africa s’est dotée d’une vision pour devenir, en 2030, un groupe panafricain, présent dans plus de 25 pays, créateur de valeur, leader en termes de responsabilité sociale et environnementale, outil d’une finance à impact pour les échanges et les investissements sur le continent, et au service des Africains du monde.

À cette fin, le groupe ambitionne d’être dans le peloton de tête des meilleures banques au Maroc et en Afrique, avec un renforcement ciblé de sa présence sur le continent et un positionnement de leader sur les lignes de métiers mondiales que représentent la banque transactionnelle (trade, cash management), la trésorerie/capital markets, l’investissement ou l’envoi de fonds.

La Source: JeuneAfrique.com

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