Africa-Press – Djibouti. Le rapport souligne que le durcissement de la réglementation devrait favoriser les acteurs bien capitalisés et les modèles soutenus par les banques, au détriment de petites fintechs qui pourraient disparaître, se regrouper ou se limiter à un rôle de simples fournisseurs de technologies.
La taille du marché africain du paiement différé, un mode de règlement des achats plus connu sous son acronyme anglais BNPL (Buy now, pay later/Achetez maintenant, payez plus tard), devrait passer de 5,2 milliards de dollars en 2025 à 16,8 milliards en 2031, selon un rapport publié le 29 janvier 2026 par le cabinet d’étude de marché Research and Markets.
Intitulé « Africa Buy Now Pay Later Business and Investment Opportunities Databook », le rapport précise que ce marché a enregistré un taux de croissance annuel moyen de 30,5% entre 2022 et 2025. Cette trajectoire ascendante devrait se poursuivre durant les prochaines années, le marché devant connaître une croissance annuelle moyenne de 20,7 % entre 2026 et 2031.
Dans toutes les sous-régions du continent, le BNPL fonctionne comme un segment de crédit fragmenté, mais de plus en plus réglementé et façonné par les plateformes de commerce électronique, les écosystèmes de paiement mobile et les fintechs spécialisées.
L’Afrique du Sud, le Kenya, le Nigeria et l’Egypte concentrent la plupart des activités, chacun avec des facteurs concurrentiels distincts. En Afrique du Sud, le BNPL est essentiellement intégré dans les réseaux de commerce électronique et les magasins de vente au détail physiques établis. Au Kenya et au Nigeria, ce sont plutôt les services de mobile money et les super-applications (plateformes numériques centralisant une multitude de services comme la messagerie, le paiement, le e-commerce, le transport et la livraison) qui influencent son adoption.
Plus généralement, plusieurs types d’acteurs se partagent le marché du BNPL sur le continent. Les fintechs régionales telles que Payflex (Afrique du Sud), Lipa Later et Faraja/EDOMx (Kenya), valU (Egypte) et CredPal (Nigeria) restent au cœur du développement du secteur.
Les plateformes de commerce électronique, notamment Jumia, intègrent de plus en plus le BNPL grâce à des partenariats avec des fintechs spécialisées. Au Nigeria, Jumia s’est associé à Easybuy et CredPal en mai 2024 pour proposer des paiements échelonnés au moment du paiement, permettant ainsi aux clients d’étaler leurs paiements tout en garantissant aux commerçants de recevoir leurs fonds immédiatement. En Afrique du Sud, Payflex fait état d’une adoption croissante parmi les détaillants en ligne et hors ligne, positionnant le BNPL comme une option standard aux côtés des cartes de crédit et des virements électroniques, en particulier dans les secteurs de la mode et de l’électronique.
Des réglementations qui favorisent les acteurs les mieux capitalisés
Les modèles basés sur le mobile money tels que M-PESA Faraja élargissent l’accès aux commerçants hors ligne. Les opérateurs télécoms, qui disposent déjà d’une large base de clients, fournissent aussi des produits BNPL qui dépassent le cadre du commerce électronique pour s’étendre aux dépenses quotidiennes et à l’accès à plusieurs actifs tels que les smartphones, les communications téléphoniques et les systèmes solaires hors réseau.
Les banques, les acteurs du paiement par carte de crédit et certaines plateformes de commerce électronique s’aventurent sur le marché par le biais de partenariats plutôt que par la mise en place complète de solutions BNPL. La collaboration multi-marchés de Mastercard avec Lipa Later et les récents partenariats de Jumia avec plusieurs fournisseurs de crédit à la consommation illustrent cette expansion axée sur les partenariats plutôt que sur le lancement de fintechs autonomes.
De nouveaux entrants sur le marché commencent d’autre part à étendre leurs offres de produits à des secteurs porteurs tels que l’éducation et les soins de santé, cherchant ainsi à se différencier et à se positionner sur des niches où la concurrence n’est pas encore forte.
Le rapport souligne par ailleurs que les organismes de réglementation étendent les cadres réglementaires applicables au crédit à la consommation aux prêts numériques pour couvrir les produits BNPL, en mettant l’accent sur l’octroi de licences, la divulgation d’informations et l’accessibilité financière. Les prestataires de services BNPL seront ainsi de plus en plus soumis à des règles similaires à celles applicables aux autres établissements de crédit à la consommation, notamment en matière d’évaluation de la solvabilité, d’informations standardisées, de traitement des réclamations et d’obligations de partage des données.
En conséquence, les coûts liés à la conformité et aux exigences en capital devraient augmenter, favorisant les acteurs bien capitalisés et les modèles soutenus par les banques, tandis que les fintechs plus petites ou faiblement capitalisées pourraient disparaître, se regrouper ou se recentrer sur un rôle de simples fournisseurs de technologies. Il en résultera un nombre plus restreint de prestataires agréés, avec des contrôles des risques plus clairs et des partenariats plus étroits avec les banques, les compagnies d’assurance et les bureaux de crédit.
Le durcissement de la réglementation au Kenya (obligation d’obtention d’une licence de la Banque centrale pour tous les fournisseurs de prêts), au Nigeria (conformité aux exigences de la Commission fédérale de la concurrence et de la protection des consommateurs en ce qui concerne les prêts distribués via des canaux numériques) et en Egypte (licence de l’Autorité de régulation financière) a déjà relevé les barrières à l’entrée, déplaçant la concurrence vers la qualité de la souscription, la conformité et les partenariats de distribution.
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