Africa-Press – Djibouti. En ce mois béni du Ramadan, période de forte consommation et de solidarité, la question des prix alimentaires reste au cœur des préoccupations des ménages. Si certains produits affichent une baisse encourageante, d’autres enregistrent une hausse modérée, révélant un équilibre fragile entre l’offre, la demande et le pouvoir d’achat des consommateurs. Lors d’un reportage effectué au centre commercial Hamoudi, commerçants et clients ont partagé leurs constats sur l’évolution des prix par rapport au mois précédent.
Les fruits et légumes enregistrent une tendance globalement baissière. L’oignon, produit indispensable dans la préparation des plats traditionnels de l’iftar, est actuellement vendu à 100 FD le kilogramme, contre 150 à 200 FD le mois dernier dans certains quartiers de la capitale. La tomate est également proposée à 100 FD le kilogramme, alors qu’elle atteignait auparavant 200 FD. La pomme de terre, quant à elle, reste stable. Selon les détaillants, cette baisse s’explique par un approvisionnement plus régulier et une disponibilité accrue des stocks. Pour de nombreuses familles, cette diminution représente un véritable soulagement.
« Pendant le Ramadan, nos dépenses augmentent presque du double. Si les légumes baissent, cela nous aide à équilibrer le budget », confie une mère de famille rencontrée sur place.
Le poisson: un marché dépendant des conditions climatiques
Le marché du poisson demeure, quant à lui, instable. Les prix fluctuent en fonction des conditions météorologiques. Lorsque la mer est calme et que le vent est stable, l’approvisionnement est suffisant et les prix restent abordables. En revanche, en cas de vents forts ou de mer agitée, les sorties en mer diminuent, réduisant l’offre et provoquant une hausse des tarifs. Cette dépendance aux aléas climatiques rend le marché particulièrement sensible durant cette période de forte demande.
Viande: une hausse modérée sous l’effet de la demande
Du côté des viandes, une légère augmentation est observée. Le kilogramme d’agneau est actuellement vendu à 1 400 FD, tandis que la viande de bœuf atteint 1 600 FD. Les commerçants expliquent cette hausse par la forte consommation enregistrée durant le Ramadan, notamment pour la préparation des samboussas et des plats traditionnels de l’iftar. Certains évoquent également l’influence des grossistes sur les prix de revente.
Pour les ménages à revenus modestes, cette augmentation représente une contrainte supplémentaire.
« Nous sommes obligés de réduire les quantités ou de remplacer la viande par d’autres aliments », explique une mère de famille.
Produits de première nécessité: une stabilité stratégique
Malgré ces hausses ciblées, les produits alimentaires de base restent stables. Les prix des pâtes, macaronis, lait en poudre, dattes, riz, farine, sucre, lait liquide et huile alimentaire n’ont pas connu de variation significative.
Sur le plan économique, cette stabilité joue un rôle crucial. Les produits de première nécessité constituent l’essentiel du panier alimentaire des ménages. Leur maintien à des prix accessibles contribue à limiter l’impact global de l’inflation saisonnière.
Un enjeu de pouvoir d’achat et de régulation
Le Ramadan met chaque année en lumière la question du pouvoir d’achat. L’augmentation de la consommation, combinée aux fluctuations du marché, peut fragiliser l’équilibre financier des familles.
Conscientes de ces enjeux, les autorités renforcent les contrôles. Le ministre du Commerce effectue des visites inopinées dans les marchés afin de surveiller l’évolution des prix et de prévenir toute spéculation abusive. L’objectif affiché est clair: protéger le consommateur et garantir la transparence des transactions.
Entre solidarité et vigilance
Si la tendance générale reste relativement maîtrisée, la situation demeure sous surveillance. La baisse des légumes constitue un signal positif, tandis que la hausse modérée des viandes rappelle la sensibilité du marché à la demande accrue.
En ce mois de partage et de solidarité, l’équilibre entre accessibilité des prix et stabilité du marché reste un défi permanent. Pour les ménages comme pour les autorités, la vigilance demeure de mise afin de préserver le pouvoir d’achat et garantir un Ramadan apaisé sur le plan économique.
Pour sa part, le président du syndicat des vendeurs de fruits et légumes se veut rassurant. Selon lui, la baisse constatée sur plusieurs produits, notamment les légumes de base, est le résultat d’un effort collectif entre producteurs, grossistes et détaillants. « Nous avons pris des engagements pour éviter toute flambée injustifiée des prix pendant le Ramadan. Les vendeurs sont conscients des difficultés économiques que traversent les familles et nous faisons de notre mieux pour maintenir des tarifs accessibles », affirme-t-il.
Il souligne que l’approvisionnement périodique des marchés a permis de stabiliser les prix et d’éviter les pénuries. « Cette année, les circuits d’approvisionnement fonctionnent correctement. Cela a un impact direct sur la baisse de certains produits comme l’oignon », explique-t-il.
Concernant les accusations de spéculation, le président du syndicat rejette toute pratique abusive. « Nous travaillons en collaboration avec le ministère du Commerce. Les contrôles sont réguliers et nous soutenons toute mesure visant à protéger les consommateurs. » Toutefois, il rappelle que les vendeurs font également face à des contraintes. « Les coûts de transport, de stockage et les fluctuations du marché influencent nos marges. Nous essayons de trouver un équilibre entre rentabilité et responsabilité sociale, surtout en cette période de solidarité. »
Enfin, il appelle les consommateurs à privilégier les marchés locaux et à éviter les achats excessifs. « Le Ramadan est un mois de partage et de modération. Une consommation responsable contribue aussi à la stabilité des prix. »
Zouhour Abdillahi
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