Ali-Sabieh : la redevabilité citoyenne au cœur de l’action publique

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Ali-Sabieh : la redevabilité citoyenne au cœur de l’action publique
Ali-Sabieh : la redevabilité citoyenne au cœur de l’action publique

À Ali-Sabieh, la démocratie locale ne se résume pas à des principes inscrits dans les textes. Elle se vit, s’explique et se confronte à la réalité du terrain. C’est dans cet esprit qu’un atelier d’information et de redevabilité citoyenne s’est tenu, lundi dernier, au siège du Conseil régional. Consacrée à un audit populaire du Plan de développement régional (PDR) du quinquennat 2021–2025, cette rencontre a réuni autorités administratives, élus locaux, partenaires au développement et représentants de la société civile autour d’un objectif commun : rendre compte, écouter et préparer ensemble l’avenir. Bien plus qu’un simple exercice institutionnel, cette journée a constitué un moment fort de démocratie participative, illustrant la volonté affirmée des autorités régionales de placer le citoyen au cœur de l’action publique et de faire de la transparence un pilier de la gouvernance territoriale.

Organisé dans l’enceinte du Conseil régional, l’atelier a rassemblé un large éventail d’acteurs : le préfet de la région d’Ali-Sabieh, Abdoul-Malik Mohamed Banoïta, le président du Conseil régional, Charmake Hassan Allaleh, la représentante résidente du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à Djibouti, Alessandra Roccasolvo, accompagnée de son adjoint Philippe, ainsi que des conseillers régionaux, des fonctionnaires de l’État, des membres du milieu associatif, des jeunes et des femmes engagés, des chefs coutumiers et des oulémas.

Cette diversité de participants illustre à elle seule l’esprit de l’atelier : un espace de dialogue ouvert, inclusif et respectueux, où chaque voix a sa place. Car la redevabilité ne peut être effective que si elle s’adresse à l’ensemble des composantes de la société et si elle favorise un échange direct entre gouvernants et gouvernés.

Dès l’ouverture des travaux, le ton a été donné. Cette rencontre n’avait rien d’une formalité administrative. Elle incarnait une volonté politique claire : faire le bilan des actions menées, expliquer les choix opérés, reconnaître les difficultés rencontrées et, surtout, écouter les préoccupations et attentes des citoyens. Une démarche essentielle pour renforcer la confiance entre les institutions et la population.

Sous l’impulsion conjointe du préfet Abdoul-Malik Mohamed Banoïta et du président du Conseil régional Charmake Hassan Allaleh, les autorités régionales ont réaffirmé leur attachement à une gouvernance responsable, inclusive et participative. Une gouvernance où chaque citoyen compte, où chaque question mérite une réponse, et où l’action publique se construit dans la clarté et le dialogue.

La redevabilité, ont rappelé les intervenants, n’est pas un concept abstrait. Elle est le respect de la confiance accordée par les citoyens. Elle est l’obligation morale et politique de rendre compte des décisions prises et des ressources utilisées. Quant à la participation citoyenne, elle constitue la clé d’un développement durable, équitable et partagé.

Dans ce contexte, les autorités ont invité l’ensemble des citoyens, leaders communautaires, acteurs de la société civile et partenaires techniques et financiers à prendre part activement à cet exercice de vérité et de responsabilité collective.

Une reddition de comptes au service du développement partagé

Prenant la parole en premier, le président du Conseil régional et de l’instance régionale de la décentralisation, Charmake Hassan Allaleh, a souligné l’importance symbolique et politique de cette journée. « C’est avec un profond sens du devoir et de la responsabilité que je m’exprime à l’occasion de cet atelier de redevabilité », a-t-il déclaré, rappelant que rendre compte aux citoyens constitue un principe fondamental de la démocratie locale.

Il a insisté sur le fait que la redevabilité « n’est ni un slogan ni un exercice de communication », mais bien « un engagement moral et politique ». Selon lui, le pouvoir confié par le peuple n’est jamais un acquis définitif, mais une mission qui impose transparence, écoute et action concrète.

Revenant sur les débuts du mandat, le président du Conseil régional a rappelé le choix stratégique opéré dès l’origine : celui des concertations sociales inclusives et participatives. Les autorités régionales ont sillonné l’ensemble de la région afin de rencontrer les habitants, les notables, les jeunes, les femmes, les acteurs économiques, les membres du tissu associatif ainsi que les fonctionnaires et agents des services déconcentrés de l’État. L’objectif était clair : identifier collectivement les véritables priorités de développement socioéconomique et territorial.

De cette démarche est né un Plan de développement régional concerté, présenté comme le reflet fidèle des aspirations exprimées par les populations de tous les coins de la région.

Ce plan repose sur cinq orientations majeures : le développement économique inclusif, afin que la croissance profite à tous ; la préservation de l’environnement, considérée comme une condition indispensable à un développement durable ; la promotion de l’aménagement du territoire, pour réduire les déséquilibres et rapprocher les services des citoyens ; l’amélioration de la gouvernance locale, fondée sur la transparence, l’efficacité et la participation des usagers ; enfin, le développement du capital humain, les femmes et les hommes étant reconnus comme la première richesse de la région.

Pour traduire ces orientations en actions concrètes, le Conseil régional, a-t-il affirmé, n’a ménagé aucun effort. Les autorités ont activement mobilisé les partenaires techniques et financiers nationaux et internationaux, convaincues que le développement régional est avant tout une œuvre collective.

La représentante résidente du PNUD à Djibouti, Alessandra Roccasolvo, a salué la tenue de cet atelier, qu’elle a qualifié d’exemple de bonne gouvernance locale. « Présenter un bilan de redevabilité, ce n’est pas seulement revenir sur des activités », a-t-elle souligné. « C’est un acte de gouvernance, une manière directe de rendre compte aux citoyens, de clarifier les priorités et de renforcer la confiance des administrés. »

Elle a rappelé que cet exercice s’inscrit pleinement dans l’esprit de la décentralisation, où les collectivités locales occupent une place centrale dans la planification, la mise en œuvre et le suivi des actions de développement. Transparence et redevabilité sont, selon elle, essentielles pour améliorer l’équité et la qualité des services publics. Le PNUD, a-t-elle assuré, est fier d’accompagner les autorités et les habitants d’Ali-Sabieh dans cette démarche, aux côtés des partenaires locaux. Profitant de l’occasion, elle a présenté un aperçu des actions menées par le PNUD dans la région, notamment à Assamo, où un projet de relèvement post-inondation a été lancé en 2022 après les crues dévastatrices de l’année précédente.

Grâce à un appui financier de la Banque africaine de développement, ce projet a permis la réhabilitation de 66 puits et l’installation de 29 pompes solaires, améliorant significativement l’accès à l’eau. Les retombées ont été immédiates : reprise des activités agricoles et agropastorales, contribution à la sécurité alimentaire et soutien aux revenus de 146 agriculteurs, dont 31 femmes.

En conclusion de son intervention, Alessandra Roccasolvo a félicité le président du Conseil régional pour cette démarche exemplaire et a encouragé les participants à faire de cette rencontre un moment utile, exigeant et constructif, afin de consolider les acquis de la décentralisation et d’identifier des actions concrètes au service des citoyens.

De son côté, le préfet de la région, Abdoul-Malik Mohamed Banoïta, a qualifié l’organisation de cet atelier de preuve tangible d’engagement et de transparence. Examiner les projets réalisés, les difficultés rencontrées et ceux qui n’ont pu aboutir, a-t-il souligné, relève d’une démarche de responsabilité et de bonne conscience institutionnelle. Il a salué l’initiative du président du Conseil régional et de l’ensemble des conseillers régionaux.

Rappelant que le Plan de développement régional 2021–2025 a pris fin le 31 décembre 2025, le préfet a insisté sur la nécessité de consulter largement les porte-voix de l’ensemble des habitants de la région afin de préparer le nouveau plan du quinquennat 2026–2030.

À l’issue des interventions, une projection détaillée des projets réalisés a été présentée aux participants.

Parmi les réalisations figurent la construction de marchés et de maisons de vente à Ali-Sabieh, ainsi que dans les sous-préfectures de Holl-Holl et d’Ali-Addé, l’édification d’antennes du Conseil régional offrant des services d’état civil de proximité, et la création d’espaces de jeux et de loisirs à Aska, destinés à la jeunesse et aux familles.

Ces projets ont été mis en œuvre dans le cadre du programme Appui à la Décentralisation et aux Initiatives Locales (ADIL), financé par l’Union européenne, illustrant l’impact concret des politiques de décentralisation sur la vie quotidienne des citoyens.

Enfin, les contours du prochain Plan de développement régional 2025–2030 ont été esquissés, avec l’annonce de larges consultations populaires à venir.

Une manière de prolonger la dynamique engagée et de confirmer que, à Ali-Sabieh, le développement se pense et se construit avec les citoyens, pour les citoyens.

Ali Ladieh

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