Héros du football djiboutien : portraits d’hommes d’exception

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Héros du football djiboutien : portraits d’hommes d’exception
Héros du football djiboutien : portraits d’hommes d’exception

Houssein Issa Djama, dit “Capitaine” : la mémoire vivante d’un football qui savait gagner

Ils ont fait vibrer les stades poussiéreux, porté les couleurs des clubs et de la sélection avec fierté, et écrit, souvent sans le savoir, les premières pages de l’histoire du football djiboutien. Aujourd’hui, loin des projecteurs et des clameurs, ces anciens joueurs mènent une existence paisible, presque effacée. Pourtant, leur héritage demeure immense. À l’heure où le football national peine à retrouver son éclat, leurs parcours, leur expérience et leur sagesse constituent une ressource précieuse, trop souvent négligée. À travers une série de portraits, La Nation souhaite rendre hommage à ces bâtisseurs de l’ombre. Parmi eux, un nom revient avec insistance dans la mémoire collective : Houssein Issa Djama, plus connu sous le surnom de “Capitaine”.

Avant d’être une légende, Houssein Issa Djama fut un enfant du quartier, animé par une passion instinctive pour le ballon rond. Comme beaucoup de jeunes de sa génération, il a grandi dans un environnement où le sport occupait une place centrale dans la vie quotidienne. Dans ces quartiers populaires, la rue faisait office de terrain d’entraînement, et la détermination compensait souvent le manque de moyens. Football, handball, basket-ball : les disciplines se côtoyaient, mais c’est bien le football qui captiva très tôt l’attention du jeune Houssein.

C’est dans ce creuset populaire qu’est née l’équipe Iftin, une formation de quartier dont le nom allait bientôt résonner dans toute la capitale. Iftin, c’était bien plus qu’une équipe: c’était une école de vie, un laboratoire de talents, un espace de fraternité et d’apprentissage. Adolescents, Houssein et ses coéquipiers (Mohamed Elmi, Mahamoud Gaucher, Faycal Jindi, Rachid Dhahar, Mohamed Said Abdi et Rachid Liban, dont l’équipe portait le nom — y forgèrent leur jeu à travers des matchs amicaux et des confrontations acharnées avec d’autres équipes de la ville.

Très vite, le talent de Houssein se distingue. Sa puissance, sa vivacité et surtout son intelligence de jeu attirent l’attention. Sélectionné, avec plusieurs de ses camarades, au sein de l’équipe A de l’École de la République, il se mesure alors à des joueurs plus âgés et plus expérimentés. Cette équipe scolaire dominera pendant de longues années les tournois interscolaires, imposant un style fait de discipline, d’engagement et de maîtrise technique. Pour Houssein, c’est une étape décisive : il comprend que le football peut être plus qu’un jeu, qu’il peut devenir une vocation.

Ambitieux et résolu à franchir un nouveau palier, il quitte en 1979 l’équipe Iftin pour rejoindre le Foyer, puis intègre rapidement l’équipe des Travaux publics (TP). Ce choix, difficile et parfois incompris par ses anciens coéquipiers, marque un tournant dans sa carrière. Aux TP, il évolue aux côtés de joueurs aguerris, dont le colonel Omar Hassan Matan et Day, qui contribuent à affiner son sens tactique et sa rigueur professionnelle.

Une carrière jalonnée de titres et de gloire

Mais c’est avec l’établissement Marill que Houssein Issa Djama atteint véritablement son apogée. Lors des saisons 1982-1983 et suivantes, il forme une redoutable ossature avec des joueurs comme Omar Hassan Matan, Osman Idriss et Said Nagueyeh.

Ensemble, ils dominent le football national. Le palmarès parle de lui-même : championnat national 1982-1983, Coupe du 27 juin remportée à deux reprises (1983-1984 et 1984-1985), sans oublier les distinctions individuelles qui consacrent Houssein meilleur buteur de l’année à plusieurs reprises.

Sur le terrain, “Capitaine” est un cauchemar pour les défenses adverses. Sa force physique, alliée à une rare finesse technique, oblige souvent les entraîneurs à mobiliser plusieurs joueurs pour tenter de le contenir. En vain, bien souvent. Dribbles courts, percées en profondeur, sens du but : Houssein possédait cette capacité précieuse à faire basculer un match à tout moment. Les spectateurs se souviennent encore de ces actions où, encerclé par quatre défenseurs, il trouvait une issue improbable, déclenchant l’ovation des tribunes. Mais au-delà du joueur spectaculaire, c’est l’homme qui force le respect. Fair-play irréprochable, discipline exemplaire, respect des adversaires et des arbitres : Houssein incarnait une certaine idée du football. À l’image de Gary Lineker, qu’il rappelait par son élégance et son comportement, il jouait dur mais juste, avec intensité mais sans brutalité. Cette éthique lui valut l’estime de tous, partenaires comme adversaires.

Logiquement, son talent le conduit à défendre les couleurs de l’équipe nationale. Aux côtés d’une génération dorée de joueurs, il contribue à écrire une page importante de l’histoire du football djiboutien. Même si les moyens étaient limités, l’engagement, la fierté et l’amour du maillot compensaient largement. Pour Houssein, porter les couleurs nationales était un honneur, une responsabilité, une manière de rendre à son pays ce que le football lui avait offert.

Aujourd’hui, Houssein Issa Djama vit loin de l’agitation sportive. Retiré des terrains, il mène une existence calme, presque discrète. Pourtant, son nom continue de circuler dans les conversations des passionnés. Son héritage, lui, reste intact. Il est unanimement considéré comme l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football djiboutien.

À l’heure où notre football traverse une période de contre-performances et de doutes, la trajectoire de “Capitaine” pose une question essentielle : que faisons-nous de la mémoire et de l’expérience de ces anciens? Leur savoir, leur vécu et leur sagesse pourraient nourrir les nouvelles générations, inspirer une reconstruction patiente et redonner une âme à notre football.

Houssein Issa Djama n’est pas seulement un souvenir glorieux. Il est un repère, un modèle, une preuve vivante que le talent, allié au travail et à l’éthique, peut élever tout un sport. Son histoire mérite d’être racontée, transmise et honorée. Car sans mémoire, aucun renouveau n’est possible.

Djibril Abdi Ali

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