Intelligence artificielle : pourquoi nous pourrions tous avoir un jumeau numérique dans une décennie

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Intelligence artificielle : pourquoi nous pourrions tous avoir un jumeau numérique dans une décennie
Intelligence artificielle : pourquoi nous pourrions tous avoir un jumeau numérique dans une décennie

Africa-Press – Djibouti. La plupart d’entre nous se sont déjà entendus dire qu’ils avaient un double, un inconnu croisé dans la rue qui leur ressemblait étrangement.

Mais imaginez si vous pouviez créer votre propre jumeau, une copie exacte de vous-même, mais qui vivrait une vie purement numérique ?

Nous vivons à une époque où tout ce qui existe dans le monde réel est reproduit numériquement – nos villes, nos voitures, nos maisons, et même nous-mêmes.

À l’instar du métavers, qui a fait l’objet d’un énorme battage médiatique – le projet d’un monde virtuel et numérique où se promènerait un avatar de vous-même -, les jumeaux numériques sont devenus une nouvelle tendance technologique qui fait couler beaucoup d’encre.

Un jumeau numérique est la réplique exacte d’un objet dans le monde physique, mais avec une mission unique : aider à améliorer la version réelle ou lui fournir un retour d’information.

À l’origine, ces jumeaux n’étaient que des modèles informatiques 3D sophistiqués, mais l’intelligence artificielle (IA) et l’internet des objets – qui utilise des capteurs pour connecter des objets physiques au réseau – ont permis de créer un objet numérique qui apprend constamment de son homologue réel et l’aide à s’améliorer.

L’analyste technologique Rob Enderle pense que nous aurons les premières versions de jumeaux numériques humains pensants “avant la fin de la décennie”.

“L’émergence de ces derniers nécessitera une énorme quantité de réflexion et de considération éthique, car une réplique pensante de nous-mêmes pourrait être incroyablement utile aux employeurs”, dit-il.

“Que se passera-t-il si votre entreprise crée un jumeau numérique de vous et vous dit ‘hé, vous avez ce jumeau numérique à qui nous ne versons aucun salaire, alors pourquoi continuons-nous à vous employer’ ?

M. Enderle pense que la propriété de ces jumeaux numériques deviendra l’une des questions déterminantes de l’ère imminente des métavers.

Nous avons déjà commencé le voyage vers le jumelage humain – sous la forme des avatars mentionnés ci-dessus – mais ceux-ci sont actuellement plutôt maladroits et primitifs.

Dans Horizon Worlds, la plateforme de réalité virtuelle de Meta (anciennement Facebook), par exemple, vous pouvez donner à votre avatar un visage similaire au vôtre, mais vous ne pouvez même pas lui donner des jambes, car la technologie en est encore à ses débuts.

Le professeur Sandra Wachter, chercheuse principal en IA à l’université d’Oxford, comprend l’attrait de la création de jumeaux numériques d’humains : “Cela rappelle les romans de science-fiction passionnants, et pour l’instant, c’est le stade où nous en sommes”.

Elle ajoute que le fait qu’une personne “réussisse à l’école, tombe malade ou commette un crime dépendra de la question toujours débattue de la “nature contre l’acquis”.

Cela dépendra de la chance et de la malchance, des amis, de la famille, de son milieu socio-économique et de son environnement, et bien sûr de ses choix personnels”.

Cependant, explique-t-elle, l’IA n’est pas encore capable de prédire ces “événements sociaux uniques, en raison de leur complexité inhérente. Et donc, nous avons un long chemin à parcourir jusqu’à ce que nous puissions comprendre et modéliser la vie d’une personne du début à la fin, en supposant que cela soit un jour possible.”

C’est plutôt dans les domaines de la conception de produits, de la distribution et de l’urbanisme que l’utilisation des jumeaux numériques est actuellement la plus sophistiquée et la plus étendue.

En Formule 1, les équipes McLaren et Red Bull utilisent des jumeaux numériques de leurs voitures de course.

Parallèlement, le géant de la livraison, DHL, crée une carte numérique de ses entrepôts et de ses chaînes d’approvisionnement afin de gagner en efficacité.

De plus en plus, nos villes sont reproduites dans le monde numérique ; Shanghai et Singapour ont toutes deux des jumeaux numériques, mis en place pour aider à améliorer la conception et le fonctionnement des bâtiments, des systèmes de transport et des rues.

À Singapour, l’une des tâches de son jumeau numérique est d’aider à trouver de nouvelles façons de se déplacer, en évitant les zones de pollution. D’autres endroits utilisent la technologie pour suggérer où construire de nouvelles infrastructures, comme des lignes de métro. Au Moyen-Orient, les nouvelles villes sont construites simultanément dans le monde réel et dans le monde numérique.

La société française de logiciels Dassault Systemes affirme que sa technologie de jumeaux numériques suscite désormais l’intérêt de milliers d’entreprises.

Jusqu’à présent, elle a notamment utilisé des jumeaux numériques pour aider une entreprise de soins capillaires à concevoir numériquement des flacons de shampoing plus durables, au lieu de procéder à d’interminables prototypages dans le monde réel. Cela permet de réduire les déchets.

Et cela permet à d’autres entreprises de concevoir de nouveaux projets futuristes – des jetpacks aux motos à roues flottantes, en passant par les voitures volantes. Chacun d’entre eux dispose également d’un prototype physique, mais l’affinage de ce modèle initial se fait dans l’espace numérique.

Mais c’est dans le domaine de la santé que les jumeaux numériques présentent une réelle valeur ajoutée.

Le projet Living Heart de Dassault a créé un modèle virtuel précis d’un cœur humain qui peut être testé et analysé.

Le projet a été fondé par le Dr Steve Levin, qui avait des raisons personnelles de vouloir créer un jumeau numérique. Sa fille est née avec une cardiopathie congénitale et, il y a quelques années, alors qu’elle avait une vingtaine d’années et un risque élevé d’insuffisance cardiaque, il a décidé de recréer son cœur en réalité virtuelle.

L’hôpital pour enfants de Boston utilise désormais cette technologie pour cartographier les pathologies cardiaques de patients réels, tandis qu’à l’hôpital Great Ormond Street de Londres, une équipe d’ingénieurs travaille avec des cliniciens pour tester des dispositifs susceptibles d’aider les enfants atteints de pathologies cardiaques rares et difficiles à traiter.

L’expérimentation d’un cœur numérique a également pour effet de réduire la nécessité de procéder à des tests sur des animaux, l’un des aspects les plus controversés de la recherche scientifique, explique Séverine Trouillet, directrice des affaires internationales chez Dassault.

L’entreprise prévoit maintenant d’autres jumeaux d’organes numériques, notamment l’œil et même le cerveau.

“À un moment donné, nous aurons tous un jumeau numérique, ce qui nous permettra d’aller chez le médecin, de faire de plus en plus de médecine préventive et de nous assurer que chaque traitement est personnalisé”, explique Mme Trouillet.

La course à la construction d’une version numérique de notre planète entière est peut-être encore plus ambitieuse que la reproduction d’organes humains.

La société américaine de logiciels Nvidia gère une plateforme appelée Omniverse, conçue pour créer des mondes virtuels et des jumeaux numériques.

L’un de ses projets les plus ambitieux consiste à construire un sosie numérique de la Terre, en capturant des images haute résolution de toute sa surface.

Earth-2, comme on l’appelle, utilisera une combinaison de modèles d’apprentissage profond et de réseaux neuronaux pour imiter les environnements physiques dans la sphère numérique et proposer des solutions au changement climatique.

En mars de cette année, la Commission européenne, en collaboration avec l’Agence spatiale européenne notamment, a annoncé son propre projet de création d’un jumeau numérique de la planète, baptisé Destination Earth.

D’ici à la fin de 2024, elle espère disposer de suffisamment de données issues d’observations et de simulations en temps réel pour créer un jumeau numérique qui se concentrera sur les inondations, les sécheresses et les vagues de chaleur, ainsi que sur les catastrophes naturelles telles que les tremblements de terre, les éruptions volcaniques et les tsunamis.

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