Tu es à la retraite

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Tu es à la retraite
Tu es à la retraite

Africa-Press – Djibouti. Tu es à la retraite.” Ces quelques mots suffisent pour s’attirer le courroux d’un homme dont le calme naturel tranche pourtant avec le tohu-bohu qui règne habituellement sur les lieux.

Abdi N., 59 ans, sort aussitôt de ses gonds. On entend alors sa voix caverneuse s’élever au-dessus de toutes les autres, dominer le mabraze d’ordinaire bruyant, avant de se perdre dans de vives protestations.

Depuis qu’il sait que l’heure fatidique approche, cet anesthésiste de formation n’est plus le même. Tout ce qui le renvoie à cette “terrible échéance” qu’est le départ à la retraite l’agace au plus haut point. Il s’irrite, se cabre, s’embrouille, jure, injurie, agitant ses longs bras décharnés.

Comme s’il cherchait à puiser en lui les ressources nécessaires pour assumer la fin de sa vie professionnelle à défaut de la repousser. Comme si ses cris et ses vociférations pouvaient changer quelque chose… Même si cela ne l’amuse guère, ses amis du mabraze en ont fait un sujet de plaisanterie. Désillusion ? Choc du réel ? Quoique anecdotique, l’histoire d’Abdi a ceci de particulier qu’elle ne relève pas d’un cas isolé. Parce qu’elle n’offre aucune alternative à l’activité, la retraite est une perspective qui effraie.

A fortiori quand elle ne s’accompagne pas de vrais projets, de réelles opportunités, de véritables enjeux que l’on a imaginés soi-même. S’il est possible d’embrasser un métier par accident, tout, en revanche, conduit à penser que le départ à la retraite ne peut pas ne pas se produire dans des conditions différentes, voire diamétralement opposées. Ce serait un défi lancé à l’intelligence que de croire qu’il y a un lien de causalité. Il n’empêche que “négocier sa sortie” constitue une entreprise complexe.

Celles et ceux qui ont vécu cette épreuve – si l’on peut appeler cela ainsi- en témoignent.”La retraite, ce n’est pas l’avant-dernière porte avant l’antichambre de l’enfer. Quel que soit le parcours ou la carrière, il y a toujours une vie possible après…”, s’exclame la sexagénaire A. Houmed dont la reconversion dans le commerce du bétail, au même titre que la forte personnalité et le caractère affirmé qui lui permettent aujourd’hui d’exercer une activité réservée traditionnellement aux hommes, ne laisse rien entrevoir de son passé de docile secrétaire dactylographe.

Mais c’était une autre époque.En clair, faire son entrée dans le monde peu envieux des retraités n’est pas synonyme d’une condamnation à l’inertie, encore moins à la précarité.”Comme si le retraité que je suis n’a plus rien à faire, plus rien à dire.

Le rejet d’une mentalité aussi rétrograde est justement ce qui ouvre la voie à une reconversion plus ou moins réussie. Cela suppose aussi un état d’esprit réfractaire aux préjugés. Ça peut paraître anodin, mais ça aide à rompre la chaîne infernale des a priori en mettant en sourdine les discours convenus. A ce stade, il faut avoir en tête un projet qui vous tient à coeur – autant dire “chevillé au corps”.

Ficelé en amont, on s’empresse de le concrétiser au moment venu”, renchérit Hadi B. qui, du haut de ses 72 ans, se dit résolument tourné vers l’avenir. Il sait de quoi il parle. Fraîchement retraité, l’homme a entrepris ce qu’il appelle son “propre recyclage”.

Le rapprochement avec ce qui fut sa première activité de retraité désireux de transcender sa condition est évident : il achète des matériels de construction d’occasion qu’il revend sur le marché. Ce qui, dit-il, lui permet non seulement d’affecter sa pension à financer les études du benjamin de ses enfants, mais à faire des économies dans la perspective de création de sa propre quincaillerie. Un rêve devenu réalité à force de persévérance et de convictions que rien ne saurait entamer. Pas même les injures du temps. Pas même les injustices des hommes.

“Tu es à la retraite.” Ces quelques mots suffisent pour s’attirer le courroux d’un homme dont le calme naturel tranche pourtant avec le tohu-bohu qui règne habituellement sur les lieux.

Abdi N., 59 ans, sort aussitôt de ses gonds. On entend alors sa voix caverneuse s’élever au-dessus de toutes les autres, dominer le mabraze d’ordinaire bruyant, avant de se perdre dans de vives protestations.

Depuis qu’il sait que l’heure fatidique approche, cet anesthésiste de formation n’est plus le même. Tout ce qui le renvoie à cette “terrible échéance” qu’est le départ à la retraite l’agace au plus haut point. Il s’irrite, se cabre, s’embrouille, jure, injurie, agitant ses longs bras décharnés.

Comme s’il cherchait à puiser en lui les ressources nécessaires pour assumer la fin de sa vie professionnelle à défaut de la repousser. Comme si ses cris et ses vociférations pouvaient changer quelque chose… Même si cela ne l’amuse guère, ses amis du mabraze en ont fait un sujet de plaisanterie. Désillusion ? Choc du réel ? Quoique anecdotique, l’histoire d’Abdi a ceci de particulier qu’elle ne relève pas d’un cas isolé. Parce qu’elle n’offre aucune alternative à l’activité, la retraite est une perspective qui effraie.

A fortiori quand elle ne s’accompagne pas de vrais projets, de réelles opportunités, de véritables enjeux que l’on a imaginés soi-même. S’il est possible d’embrasser un métier par accident, tout, en revanche, conduit à penser que le départ à la retraite ne peut pas ne pas se produire dans des conditions différentes, voire diamétralement opposées. Ce serait un défi lancé à l’intelligence que de croire qu’il y a un lien de causalité. Il n’empêche que “négocier sa sortie” constitue une entreprise complexe.

Celles et ceux qui ont vécu cette épreuve – si l’on peut appeler cela ainsi- en témoignent.”La retraite, ce n’est pas l’avant-dernière porte avant l’antichambre de l’enfer. Quel que soit le parcours ou la carrière, il y a toujours une vie possible après…”, s’exclame la sexagénaire A. Houmed dont la reconversion dans le commerce du bétail, au même titre que la forte personnalité et le caractère affirmé qui lui permettent aujourd’hui d’exercer une activité réservée traditionnellement aux hommes, ne laisse rien entrevoir de son passé de docile secrétaire dactylographe.

Mais c’était une autre époque.En clair, faire son entrée dans le monde peu envieux des retraités n’est pas synonyme d’une condamnation à l’inertie, encore moins à la précarité.”Comme si le retraité que je suis n’a plus rien à faire, plus rien à dire.

Le rejet d’une mentalité aussi rétrograde est justement ce qui ouvre la voie à une reconversion plus ou moins réussie. Cela suppose aussi un état d’esprit réfractaire aux préjugés. Ça peut paraître anodin, mais ça aide à rompre la chaîne infernale des a priori en mettant en sourdine les discours convenus. A ce stade, il faut avoir en tête un projet qui vous tient à coeur – autant dire “chevillé au corps”.

Ficelé en amont, on s’empresse de le concrétiser au moment venu”, renchérit Hadi B. qui, du haut de ses 72 ans, se dit résolument tourné vers l’avenir. Il sait de quoi il parle. Fraîchement retraité, l’homme a entrepris ce qu’il appelle son “propre recyclage”.

Le rapprochement avec ce qui fut sa première activité de retraité désireux de transcender sa condition est évident : il achète des matériels de construction d’occasion qu’il revend sur le marché. Ce qui, dit-il, lui permet non seulement d’affecter sa pension à financer les études du benjamin de ses enfants, mais à faire des économies dans la perspective de création de sa propre quincaillerie. Un rêve devenu réalité à force de persévérance et de convictions que rien ne saurait entamer. Pas même les injures du temps. Pas même les injustices des hommes.

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