Africa-Press – Gabon. Alain-Claude Bilie-By-Nze, tout récemment porté 2ème vice-président du Parti Démocratique Gabonais (PDG), a pris la décision abrupte de quitter ses fonctions au sein du directoire provisoire mis en place le 16 mars dernier. Sa lettre de démission, adressée avec une gravité palpable à la direction du parti, révèle non seulement une fracture profonde au sein de cette formation politique autrefois inébranlable mais pose aussi des questions brûlantes sur l’avenir du PDG et de la politique gabonaise dans son ensemble.
Évènement spectaculaire au Gabon: Alain-Claude Bilie-By-Nze, ex-Premier ministre sous Ali Bongo Ondimba et deuxième vice-président du Parti Démocratique Gabonais (PDG) au sortir, le 16 mars dernier, des Assisses d’autocritique et de refondation de cette formation politique, a annoncé sa démission de ce poste clef du directoire provisoire.
Dans une lettre, consultée par GabonReview, datée du 2 avril 2024 et adressée à Paul Biyoghe Mba, premier vice-président du directoire provisoire du PDG, Bilie-By-Nze exprime avec gravité les raisons de sa démission, mettant en lumière les profondes dissensions internes au sein de l’ancienne formation au pouvoir.
«Leçons tirées des 55 ans d’exercice du pouvoir d’État»
L’initiative de Bilie-By-Nze survient dans un contexte de refondation critique du PDG, suite au coup d’État ayant renversé Ali Bongo Ondimba fin août 2023. Dans le climat post-Assises d’autocritiques de mars dernier, le désormais ex-vice-président du directoire provisoire du PDG exprime sa déception face à l’incapacité du parti à tirer les leçons nécessaires de son long règne. Il souligne, dans sa lettre, que son acceptation du poste était motivée par le désir de contribuer à une «réforme en profondeur» du PDG, insistant sur l’importance de réviser les méthodes de travail, les mécanismes de prise de décisions, et les structures organisationnelles.
Il affirme que «l’essence de cette réforme de fond […] doit résider notamment dans les leçons tirées des 55 ans d’exercice du pouvoir d’État par notre Parti mais aussi et surtout dans l’écoute des critiques parfois sévères qui sont formulées à notre encontre par nos compatriotes.»
Commission vérité justice réparation et réconciliation
La lettre de démission d’Alain-Claude Bilie-By-Nze révèle ainsi un fossé idéologique et stratégique au sein du parti concernant la voie à suivre pour sa refondation et, surtout, ainsi qu’il l’écrit, le «refus de notre Directoire Provisoire d’aborder la question essentielle de la vérité sur les événements d’août 2009 et d’août 2016… il m’avait semblé impérieux d’aborder la question avant la tenue du Dialogue National et d’exiger à notre tour la mise en place de cette Commission Vérité Justice Réparation et Réconciliation tant réclamée par l’opposition, la société civile et l’église.»
«Cette démarche me semble d’autant plus importante aujourd’hui que le Président Ali Bongo Ondimba et son Gouvernement, qui étaient accusés de faire obstruction à la manifestation de la vérité, ont été déposés par les militaires du CTRI. Dès lors, qu’est-ce qui empêche que le débat soit ouvert sur cette épineuse question ? Pourquoi renvoyer sine die un sujet qui cristallise tant l’opinion et qui semblait faire consensus il y a quelques temps encore ? Qui cherche-t-on à protéger ?», questionne Bilie-By-Nze. Des interrogations soulevant des doutes sur la sincérité du processus de réconciliation nationale et sur l’engagement du PDG à se réformer véritablement.
Pour lui, l’attitude du directoire provisoire du PDG «participe à faire de certains d’entre nous des boucs émissaires sur qui on voudrait faire porter toutes les fautes, y compris celles commises du temps où certains grands opposants devenus, étaient des barons intouchables de ce qu’ils nomment le système ‘’Bongo-PDG’’».
Obséquiosité envers Oligui et «rupture de confiance»
Bilie-By-Nze déplore également le soutien inconditionnel du Bureau provisoire du PDG à toutes les initiatives du président de la transition, sans consultation préalable, y compris celles «préjudiciables au PDG».
Questionnant donc l’absence de débat sur ces sujets sensibles, s’interrogeant sur les raisons du silence sur les événements d’août 2009 et d’août 2016 et sur les intérêts protégés par cette omission, il déduit à une «rupture de confiance», le poussant à démissionner avec effet immédiat, tout en affirmant son intention de rester militant du PDG, et «avec les autres compatriotes qui le jugeront utile, nous nous emploierons dans les jours, les semaines et les mois à venir, à faire entendre une voix différente.»
La démission d’Alain-Claude Bilie-By-Nze du bureau provisoire du PDG marque un tournant potentiellement significatif dans le processus de refondation de ce parti, soulignant les défis internes et les divisions profondes au sein de la structure politique historiquement dominante du Gabon. Cette situation expose les complexités du paysage politique gabonais post-coup d’État, où les questions de réconciliation, de justice, et de réforme démocratique restent crucialement en suspens.
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