Africa-Press – Gabon. La justice française a demandé le renvoi de 18 personnes et cinq entreprises devant le tribunal pénal dans le cadre de la section gabonaise de l’affaire des « biens acquis de manière illégale », qui concerne des biens immobiliers et des actifs soupçonnés d’avoir été achetés avec des fonds publics détournés, estimés à environ 85 millions d’euros, selon les estimations de la justice française.
La demande de renvoi inclut neuf des enfants du président gabonais décédé Omar Bongo, qui a dirigé le pays de 1967 à 2009, ainsi qu’un certain nombre de personnalités liées à la famille Bongo, qui est restée au pouvoir jusqu’en 2023.
Parmi les principaux accusés figure Pascaline Bongo, la fille aînée d’Omar Bongo et ancienne cheffe de son cabinet, qui fait face à des accusations de dissimulation de fonds détournés, de blanchiment d’argent, de corruption active et passive, et d’abus d’actifs d’entreprise, en raison de sa possession de plusieurs appartements dans des quartiers huppés de la capitale Paris.
La demande de renvoi inclut également Omar Denis Bongo Junior, l’un des fils du président décédé, tandis que le nom de l’ancien président Ali Bongo, qui a exercé le pouvoir de 2009 à 2023, n’apparaît pas dans ces procédures judiciaires.
La liste des personnes à renvoyer comprend également la première dame de la République du Congo, Antoinette Sassou Nguesso, ainsi que Sonia Roland, ancienne Miss France, qui a reçu en 2003 un appartement d’Édith Bongo, l’épouse d’Omar Bongo, et affirme que le bien était un « cadeau ».
En ce qui concerne les entreprises, le parquet a demandé le renvoi de la banque BNP Paribas et de quatre sociétés immobilières, indiquant que la banque avait transféré au moins 35 millions d’euros soupçonnés d’être issus de fonds illégaux, tandis que les sociétés immobilières ont bénéficié de dizaines de millions d’euros injectés par la famille Bongo.
Les enquêtes portent également sur la société Atelier 74, spécialisée dans la décoration intérieure, fondée en 1987, qui a été chargée jusqu’en 2009 de rechercher et de rénover des biens pour la famille Bongo. Les documents de l’affaire indiquent que la société a reçu plus de 53 millions d’euros en espèces durant cette période.
De son côté, la banque BNP Paribas a nié toute responsabilité dans les faits qui lui sont reprochés, bien qu’un de ses responsables ait précédemment reconnu devant les enquêteurs des lacunes dans les procédures de contrôle. Les avocats de la famille Bongo rejettent également les accusations, considérant que l’affaire a des motivations politiques et vise à confisquer les biens de la famille.
Des organisations non gouvernementales avaient déposé les premières plaintes dans cette affaire en 2007 et 2008, avant qu’une enquête judiciaire ne soit officiellement ouverte en 2010, et les enquêtes se sont terminées en avril 2025.
Jusqu’à présent, l’affaire a conduit à la confiscation de 52 biens en France, tandis que la décision finale concernant l’organisation du procès revient au juge d’instruction compétent. Cette affaire s’inscrit dans le cadre du dossier des « biens acquis de manière illégale » qui a visé plusieurs responsables africains, dont la condamnation la plus notable est celle de Teodorin Obiang Nguema, vice-président de la Guinée équatoriale, en 2020, à trois ans de prison avec sursis et une amende de 30 millions d’euros.





