L’Afrique pourrait-elle « redresser » la voie démocratique défaillante en 2023 ?

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L’Afrique pourrait-elle « redresser » la voie démocratique défaillante en 2023 ?
L’Afrique pourrait-elle « redresser » la voie démocratique défaillante en 2023 ?

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Gabon. D’après les observations faîtes par certains experts dans les affaires africaines, l’Afrique est inquiétée par le recul préoccupant de la voie démocratique sur le continent brun.

Pour eux, si l’Afrique a connu des progrès démocratiques au cours des dernières décennies, cela peut être considéré comme une « merveilleuse réussite », cependant, il y a des indications que les pays africains ont récemment commencé à assister à un recul alarmant du cap et des acquis démocratiques.

Cette nouvelle situation, certes, ne semble pas caractérisée par la fraude et la manipulation excessive dont ces observateurs auraient été témoins ces dernières années, mais avec des reculs limités et réguliers des normes et institutions démocratiques.

Face à cette délicate situation, les observateurs estiment que les États-Unis sont dans une position idéale pour jouer le rôle de partisan d’une telle voie, car tout recul démocratique en Afrique menacerait non seulement la stabilité régionale et mondiale, mais entraînerait également des répercussions dangereuses sur les intérêts américains en termes de sécurité, d’économie et de droits de l’homme.

On note déjà que l’année 2023 sera politiquement chargée en Afrique, car des élections présidentielles et parlementaires auront lieu dans 17 pays africains, ce qui aura des impacts significatifs sur le continent brun, selon ce qui a été révélé par « Economist Intelligence Unit ».

Le continent africain devrait connaître six présidentielles en 2023

En effet, l’année en cours va vivre un certain nombre d’élections décisives dans plusieurs pays africains, qui représenteront un test pour la voie de la démocratie sur le continent africain, au milieu des avertissements de la poursuite des crises dans ces pays, qui connaissent de temps à autre des troubles et coups d’État.

On a enregistré six élections présidentielles qui vont donc être organisées :
• au Nigeria en février (élections présidentielle, législatives, locales),
• en Sierra Leone en juin (élections présidentielle, législatives, locales),
• au Liberia en octobre (élection présidentielle),
• au Madagascar en novembre (élection présidentielle),
• en République Démocratique du Congo en décembre (élection présidentielle),
• et enfin au Gabon, durant le second semestre (élection présidentielle).

Et des élections législatives :
• au Bénin (élections législatives tenues le 8 janvier dernier).

Des échéances parfois incertaines, souvent tendues, et même critiques dans les pays qui n’offrent guère d’alternance pacifique. Sans compter, la Libye et le Soudan du Sud (initialement prévues en février 2023, les élections sud-soudanaises ont été reportées, car en août 2022, le gouvernement d’union nationale a annoncé qu’il resterait en place jusqu’en février 2025).

Par ailleurs la Tunisie achèvera le 2ème tour de ses législatives le 29 février2023.

Des libertés en baisse en Afrique

Le « Freedom in the World Report 2020 », publié chaque année par la « Freedom House Foundation », indique que la marge de liberté a diminué dans 22 pays africains.

De son côté, l’ « Indice de gouvernance en Afrique », élaboré par la « Fondation Mohamed Ibrahim (Mo Ibrahim Foundation) », spécialisée dans les affaires de leadership et de gouvernance sur le continent, a révélé la toute première baisse de la gouvernance moyenne dans les pays du continent, depuis la création de l’institution. en 2006.

Cependant, malgré ces indications, les signes avant-coureurs du déclin de la démocratie sur le continent sont souvent moins clairs, selon les observateurs, car les coups d’État constitutionnels du passé ont cédé la place à des formes plus intelligentes de manipulation de la loi, et de nombreux présidents en particulier ont commencé à ignorer les limites des mandats présidentiels en affirmant que les changements constitutionnels, qui ont été promulgués pendant leur règne, ont ramené à zéro le nombre de mandats autorisés.

Dans ce contexte, beaucoup d’experts et de chercheurs estiment que les régimes autoritaires complets possèdent des pouvoirs répressifs suffisants pour contrôler toute tentative de rébellion et de violence, tandis que les régimes pleinement démocratiques permettent à l’opposition de participer sans recourir à la violence.

Par conséquent, les régimes autoritaires et les démocraties complètes sont à l’abri des guerres civiles. Mais lorsque le pouvoir des régimes autoritaires s’affaiblit, ou que les régimes démocratiques ne parviennent pas à protéger les valeurs libérales, alors l’État devient «autocratique», et alors la possibilité de troubles civils et d’instabilité politique peut augmenter.

Par ailleurs, il y a des pays qui se situent au milieu, c’est-à-dire dans une phase de transition entre le régime absolu et démocratique, quelle que soit la direction de la transition, et que l’on qualifie de « Anocratiques », qui signifie que le gouvernement en tant qu’entité existe bel et bien, mais que la gouvernance est absente.

Au cours de cette période de transition, la plupart des guerres civiles éclatent souvent, avec deux fois plus probable que les régimes autoritaires complets et trois fois plus probable que les démocraties, et il convient de noter que la majorité des pays du monde peuvent être considérés comme des « autocraties », y compris les États-Unis, et peuvent prendre l’une des deux formes ci-après décrites :

• Premièrement : Transition de l’autoritarisme à la démocratie

La voie de la transition d’un régime absolu à une démocratie totale est « semée d’embûches », et les pays souffrent souvent du chaos de la transition. Le gouvernement dans le contexte de la transition démocratique est faible par rapport au régime autoritaire sortant politiquement, institutionnellement et militairement. En outre, ce gouvernement souffre souvent de divisions internes, d’une incertitude généralisée et d’un manque de confiance dans les nouvelles autorités. Il existe de nombreux exemples de pays dans lesquels la transition démocratique a créé un environnement propice à l’escalade des conflits civils entre des factions politiques, religieuses et ethniques rivales. Par exemple, quelques mois après l’effondrement du régime de l’ancien président irakien Saddam Hussein en 2003, les Irakiens se sont précipités pour rejoindre les factions sectaires armées et plonger l’État dans une guerre civile. De plus, les plus grandes guerres civiles qui existent actuellement, que ce soit en Libye, en Syrie et au Yémen, ont commencé à la lumière des tentatives de transition vers la démocratie.

• Deuxièmement : Transition de la démocratie à l’autoritarisme

Inversement, un certain nombre de pays démocratiques stables ont commencé à évoluer dans la direction opposée, c’est-à-dire ils ont connu une baisse de l’indice de leur système politique, car environ 25 pays démocratiques, dont le Brésil, l’Inde et les États-Unis, ont été touchés par la vague de tyrannie internationale.

Lorsque certains dirigeants démocratiques ont commencé à consolider un régime autoritaire après leur arrivée au pouvoir par des élections, ils ont donné la priorité à leurs objectifs politiques par rapport aux exigences d’une démocratie saine, et ont accusé la démocratie de provoquer l’échec et la corruption, et ils ont gagné le soutien des citoyens, en exploitant leurs craintes concernant l’emploi, l’immigration et la sécurité.

L’anocratie, surtout si le régime est plus proche de la démocratie que de l’autoritarisme, permet aux citoyens de prendre les armes et de se battre. Gardant à l’esprit que le déclin des démocraties libérales est un phénomène nouveau et qu’aucune d’entre elles n’a jusqu’à présent sombré dans une guerre civile totale.

Selon l’African Security Sector Network (Réseau africain du secteur de la sécurité), tous les manquements constatés au cours de ces 15 dernières années envers les principes démocratiques, dans les pays où l’armée a pris le pouvoir, expliquent la désaffection actuelle des populations pour le modèle démocratique.

Ainsi, tout laisse à croire que la résurgence des coups d’État ces dernières années dans certains pays comme le Mali, la Guinée et le Burkina Faso confirme que la démocratie est une chimère en Afrique.

Va-t-il y avoir une démocratie électorale dans le futur ?

L’enjeu scientifique actuel est d’interpréter les processus mis en jeu dans le passage à la démocratie électorale, autant de ceux qui facilitent ce passage que de ceux qui le contrarient, car ils fournissent des indications sur les capacités de changement des systèmes politiques. Et par là, ils informent sur les caractéristiques de la gouvernabilité des sociétés. Ceci suppose la mise en place d’un dispositif, théorique et pratique, qui soit adapté à l’observation de la démocratie électorale et à l’ensemble des mécanismes sociaux qui la déterminent.

On devrait s’intéresser au cadre socioculturel dans lequel vivent les personnes désireuses d’exercer leur droit de vote ou leur droit d’occuper une charge publique et à la finalité de ces deux droits.

C’est pourquoi, le plus grand défi pour l’Afrique, en 2023, sera de savoir comment cela affectera le cours de la démocratie, sera-t-elle renforcée ou va-t-elle reculer.

Il importer de noter, entre-autres, que les principales économies du Nigéria et de l’Afrique du Sud devraient croître, bien qu’à un rythme lent, mais que les prix des matières premières augmenteront, en particulier les produits énergétiques et métalliques, tandis que les investisseurs essaieront de diversifier les chaînes d’approvisionnement loin de la Russie et que les consommateurs auront recours aux produits alternatifs. Selon les observateurs, cela serait dans l’intérêt de pays africains tels que l’Angola, le Nigeria, la République démocratique du Congo, la Namibie, la Tanzanie et la Zambie.

Pour l’instant, nous revenons ci-après sur trois cas bien définis :

• Le Nigeria et la nécessité du changement

Le pays qui possède la plus grande économie d’Afrique et qui compte 217 millions d’habitants, peine toujours à se remettre des répercussions de la crise du Covid et de la guerre russo-ukrainienne, qui ont entraîné une hausse des prix du carburant et des denrées alimentaires sur le continent.

Et quelques mois seulement avant les élections, l’atmosphère politique au Nigeria se retrouve bien tendue, en particulier à la suite de la décision de l’actuel président Muhammadu Buhari (en fonction depuis le 29 mai 2015) de ne plus se présenter aux élections.

Ceci nous amène à dire que les prochaines élections seront l’occasion d’apporter des changements dans ce grand pays d’Afrique de l’ouest, et précisément du golfe de Guinée.

On ne peut nier que le Nigéria a été témoin d’un élan croissant des forces civiles et politiques de la jeunesse avant les élections présidentielles qui se tiendront notamment à la fin du mois de février prochain, mais le pays a également connu une vague de violence politique ainsi que de multiples troubles.

A l’approche des élections dans ce pays qui fait face à des défis sécuritaires, tous les regards sont tournés vers ces jeunes qui ont une opportunité pour changer le rapport de force entre les principaux partis politiques dans ce pays, sachant que l’Afrique de l’Ouest est affligée par une situation sécuritaire instable en raison des nombreux attentats terroristes qui s’y déroulent.

Il n’échappe donc à personne que la scène politique nigériane est le théâtre d’une compétition entre les deux plus grands partis politiques du pays, à savoir le « Parti du Congrès progressiste » au pouvoir et le « Parti démocratique populaire » d’opposition, sans compter le fait que le « Parti travailliste » et son candidat, Peter Obi, pourraient provoquer une surprise électorale, surtout à la lumière du large soutien des jeunes au Nigeria.

En conclusion, et afin que cette élection se déroule dans les meilleures conditions, les quatre principaux candidats:

– Atiku Abubakar, leader du principal parti d’opposition, le PDP, Parti démocratique populaire,
– Peter Obi, leader du Parti travailliste,
– Rabiu Kwankwaso du New Nigerian Peoples Party,
– et Bola Ahmed Tinubu, le candidat du parti au pouvoir, APC, le Congrès des progressistes – se sont engagés à éviter toutes formes de violences jusqu’au 25 février prochain, date du scrutin.

Buhari quitte le pouvoir à l’âge de 79 ans, alors que le Nigeria lutte pour mettre fin à plus d’une décennie de conflit djihadiste dans le nord-est du pays et d’enlèvements et de banditisme dans le nord-ouest, sachant qu’il n’a soutenu aucun candidat pour le remplacer, et certains analystes s’attendent à ce qu’il recherche un candidat de consensus pour éviter toute division au sein de son parti avant les élections présidentielles et législatives de février 2023.

• Le Sénégal ou la tentative de réélection de Macky Sall

Les élections présidentielles au Sénégal, qui se tiendront le 24 février 2023, avec des fortunes et des forces diverses, et la scène électorale sénégalaise sera au rendez-vous avec de nombreuses alliances qui changeront l’équilibre du jeu. Les ordres soufis restent des déterminants importants des chances de tout candidat à la présidentielle au Sénégal.

Le Sénégal est considéré comme le pays détenant le plus de partis politiques au monde.

Rappelons qu’au mois d’avril 2018, le gouvernement sénégalais avait ratifié la loi « recommandation électorale », qui stipule que chaque candidat aux élections, pour que son dossier de candidature soit retenu, doit obtenir entre 53 et 65 mille recommandations électorales.

Les défenseurs de cette loi, emmenés par les partisans du président sortant, Macky Sall, estiment que sa philosophie consiste à barrer la route à des nominations qui n’ont aucune crédibilité électorale pour leurs titulaires, tandis que les opposants à cette loi voient qu’elle est contraire aux valeurs démocratiques.

Lors de l’élection présidentielle prochaine, alors que le maire de Dakar, Khalifa Sall et Karim Wade, le fils de l’ex-président sénégalais, ont été écartés du scrutin, le président sortant, Macky Sall, affrontera quatre candidats pour le poste suprême.

Qui sont-ils ?
– Issa Sall (le conservateur)
– Ousmane Sonko (la figure montante de l’opposition)
– Idrissa Seck (le persévérant)
– Madické Niang (le dissident)

• En OUGANDA : Yoweri Museveni, bien parti pour être président à vie ?

Yoweri Museveni est président de la République ougandaise depuis 1986. En 1980, il avait perd l’élection présidentielle, et à la tête de l’Armée de résistance nationale, son mouvement de guérilla, il chasse le président Obote du pouvoir pour prendre sa place en 1986. Il sera officiellement élu en 1996, 2001, 2006 puis en 2011 avec plus de 60 % des voix.

Cupidité et avidité du pouvoir : Après quarante années au pouvoir, le président a encore des choses « fondamentales » à réaliser, explique un de ses conseillers.

Le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Museveni, qui prétendait être à l’écoute du « cri du peuple ougandais pour le changement » alors qu’il se présentait comme le possible prochain président, affirmait que « ce que le NRM* est devenu ne représente certainement pas le peuple ougandais ».

*Le NRM (Mouvement de Résistance Nationale), appelé communément le Mouvement, est l’organisation politique au pouvoir en Ouganda.

Verra-t-on le fils l’emporter sur son paternel en 2023 ?

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