CEMAC: Réseaux Sociaux Décryptent Crise Masquée

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CEMAC: Réseaux Sociaux Décryptent Crise Masquée
CEMAC: Réseaux Sociaux Décryptent Crise Masquée

Africa-Press – Gabon. Pendant que les chefs d’État de la CEMAC se réunissaient en urgence à Brazzaville pour sauver les apparences face au FMI, un jeune Gabonais de 35 ans a livré sur TikTok l’analyse que personne n’osait formuler dans les palais présidentiels. SW Decrypte, suivi par 25 000 abonnés, décortique sans filtre la débâcle économique d’une zone où «on a fini de construire des barrages avant de se rendre compte qu’on n’avait pas les moyens de transporter l’énergie». Entre projets pharaoniques inutiles et risque d’effondrement bancaire, son verdict tombe comme un couperet: «L’argent des déposants risque de partir totalement en fumée.» Quand les réseaux sociaux disent ce que les communiqués officiels cachent.

Le sommet extraordinaire de Brazzaville du 22 janvier a accouché d’un plan d’action d’urgence censé sauver la zone CEMAC de l’asphyxie financière. Mais pendant que les chefs d’État déployaient la rhétorique rassurante des communiqués officiels, un autre discours, plus cru, plus direct, s’est fait entendre sur les réseaux sociaux. Celui de SW Decrypte, créateur de contenu gabonais suivi par 25 000 abonnés sur TikTok, qui a livré une analyse sans concession de la débâcle économique régionale.

«Des projets foireux» financés par de la dette coûteuse

Là où le communiqué final du sommet évoque pudiquement des «déficits budgétaires croissants» et des «politiques expansionnistes», SW Decrypte enfonce le clou: «Pendant de nombreuses années, les pays de cette zone ont vécu au-dessus de leurs moyens. Et lorsqu’ils se sont endettés, ce fut à des taux d’intérêt très importants. Les projets financés ont été soit des projets foireux, soit des projets qui n’ont même pas vu le jour.»

L’accusation fait mouche. Comment ignorer que le Gabon, dont le sommet a salué le rapatriement «historique» de 270 millions de dollars, affiche désormais un taux d’endettement dépassant 80% (bien au-delà du plafond communautaire de 70%) avec un déficit budgétaire projeté à 3 213 milliards de FCFA en 2026, soit le triple des 1 200 milliards de 2025? Comment ne pas tiquer devant ces chantiers pharaoniques (palais présidentiel, tours en front de mer) lancés par un régime de transition qui prétend assainir les finances publiques?

Le Cameroun et son barrage sans électricité

L’analyse devient chirurgicale lorsque SW Decrypte évoque, avec un insert vidéo, le barrage de Sanaga au Cameroun, capable de produire 420 mégawatts alors que le pays se révèle maintenant incapable de transporter cette énergie: «On a fini de construire le barrage avant de se rendre compte qu’on n’a pas les moyens de transporter toute cette énergie.» Ce cas d’école illustre parfaitement le paradoxe d’une zone qui doit mobiliser 3 906,5 milliards de FCFA d’émissions de titres publics en 2026 tout en ayant perdu 1 335,7 milliards de réserves de change entre mars et novembre 2025.

Première économie de la CEMAC, censée être le «moteur» de la zone, le Cameroun présente un visage inquiétant: 14 591 milliards de FCFA de dette publique (43,9% du PIB), un service de la dette bondissant à 2 423 milliards en 2026. Pendant ce temps, le président Biya autorise son ministre des Finances à lever 1 600 milliards supplémentaires sur les marchés, «alors même que les services de renseignement camerounais ont envoyé une note au président Biya l’informant qu’il pouvait y avoir des risques de prédation financière», révèle SW Decrypte.

«L’argent des déposants risque de partir en fumée»

Le créateur de contenu n’hésite pas à évoquer le scénario catastrophe que les technocrates préfèrent taire: «Si les États ne remboursent pas leurs dettes auprès des établissements financiers, elles pourraient faire défaut. Et si elles font défaut, c’est l’argent des déposants qui risque de partir totalement en fumée.»

Cette crainte n’est pas fantasmée. Fin août 2025, les banques de la zone détenaient plus des trois quarts (78%) des dettes des États, soit 7 300 milliards de FCFA sur un total de 9 139 milliards. Autrement dit, si un État ne peut plus rembourser, ce sont les banques qui risquent de s’effondrer, entraînant l’épargne des citoyens dans leur chute. Le Congo-Brazzaville illustre parfaitement ce cercle vicieux: avec une dette représentant 84,6% de toutes les richesses produites dans le pays, l’État consacre tout son argent à rembourser ses créanciers au lieu d’investir dans les écoles et les hôpitaux ; d’où les grèves permanentes des enseignants et du personnel soignant.

L’austérité pour prix de l’incurie

SW Decrypte conclut en décrivant la facture que les populations devront payer: «Des coupes dans les services publics, une augmentation de la fiscalité, moins de travail, des licenciements, des privatisations.» Au Gabon, «la grève des enseignants ne va pas connaître d’épilogue parce que les caisses sont vides, parce qu’on a fait des choix égoïstes. On a préféré augmenter les généraux, les parlementaires.» L’arrestation de deux syndicalistes traduit la tentation autoritaire face aux revendications sociales.

Pendant que le sommet de Brazzaville appelle à «préserver l’indépendance de la BEAC», les réseaux sociaux rappellent une vérité dérangeante: cette crise n’est pas une fatalité économique, mais le fruit d’années de gestion calamiteuse. Entre le discours lénifiant des sommets et l’analyse sans fard des influenceurs, les populations de la CEMAC savent désormais de quel côté se trouve la vérité.

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