Bilie-By-Nze Critique le Pouvoir et les Institutions

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Bilie-By-Nze Critique le Pouvoir et les Institutions
Bilie-By-Nze Critique le Pouvoir et les Institutions

Africa-Press – Gabon. Face à une presse fragilisée, une école secouée par les arrestations de syndicalistes et des institutions qu’il juge «bricolées», Alain-Claude Bilie-By-Nze a livré, le 23 janvier, une charge politique d’une rare frontalité. Liberté de la presse menacée, répression syndicale jugée inacceptable, soupçons graves autour de la Gabon Oil Company, et appel à une refondation républicaine: lors de ses vœux à la presse, le président d’EPG a mis en cause, sans détours, la cohérence, la méthode et la crédibilité du pouvoir actuel, sommant l’État de répondre, preuves à l’appui, devant la nation.

Lors de la cérémonie de présentation des vœux à la presse, Alain-Claude Bilie-By-Nze, président de EPG, n’a pas hésité à encourager la presse à être libre et à travailler dans l’éthique et la rigueur. Il est également revenu sur les arrestations qui minent actuellement le secteur de l’éducation avec les arrestations de Marcel Libama et de Simon Edzo.

Ouvrant son allocution sur la symbolique du 10ème anniversaire de la législation sur la communication de 2016, Bilie-By-Nze a exprimé son inquiétude face aux «nuages sombres» qui pèsent sur les médias. Pour lui, la liberté d’informer est le premier rempart contre l’arbitraire. «Je voudrais vous assurer que le parti Ensemble pour le Gabon se tient à vos côtés… L’orage de la tyrannie menace nos libertés fondamentales, au premier rang desquelles la liberté de la presse». Poursuivant, il a fustigé une atmosphère de peur qui paralyse la profession: «Les journalistes ont peur de donner l’information. Vous avez la liberté d’applaudir le pouvoir et d’insulter l’opposition. Ça ne peut pas être cela», a-t-il souligné. Dénonçant cette «liberté sélective», le président d’EPG rappelle qu’une presse qui ne sert qu’à encenser le pouvoir sans pouvoir l’interroger n’est plus un outil d’information, mais un instrument de propagande qui fragilise les fondements mêmes d’un État de droit.

«Ceux qui se plaignent, il faut les recevoir»

Toujours dans sa présentation de vœux, le président d’EPG a vivement critiqué la gestion de la crise scolaire actuelle en République gabonaise. Selon lui, l’architecture institutionnelle actuelle est inefficace et crée un flou entre les rôles du chef de l’État et du gouvernement. «Nous voyons bien comment l’exécutif est en panne, entre un chef d’État qui oublie l’échec du gouvernement mais qui s’oblige ensuite à recevoir à 4h du matin des syndicats».

Sur la question de la répression syndicale, Bilie-By-Nze s’est montré intraitable: «Moi, je n’ai jamais vu un syndicaliste en prison. Jamais. J’ai été ministre, il y a eu des grèves, mais j’ai toujours négocié. Si la prison est devenue le règlement des différends politiques et sociaux, il y a un problème». D’après l’ancien Premier ministre, les syndicalistes, Marcel Libama et Simon Edzo n’ont rien à faire en prison. Plaidant pour la libération immédiate de ces figures de l’éducation, il souligne qu’un pouvoir fort se mesure à sa capacité d’écoute et de dialogue, et non à l’usage systématique du mandat de dépôt pour faire taire les revendications sociales.

Siphonnage de la GOC et instabilité institutionnelle

L’un des moments les plus électriques de son intervention concerne la gestion de Gabon Oil Company (GOC) et les flux financiers vers le groupe Ebomaf. «La GOC est obligée de payer chaque trimestre 20 millions de dollars à Ebomaf, soit 11 milliards de F CFA qu’on donne à Ebomaf. Quel est le lien? Quel est le contrat qui lie Ebomaf à la GOC pour que l’argent du pétrole carboné soit payé à ce monsieur?», s’est-il interrogé, ajourant: «Il faut que le gouvernement s’explique. Il faut qu’on nous apporte des éléments»

Et de poursuivre en dénonçant l’utilisation des fonds de la société pétrolière nationale comme une réserve occulte qui serait devenue quasiment une caisse noire pour le sommet de l’État. «On a dénoncé hier la question de la GOC qui servait à financer tout et rien. Aujourd’hui, le même système se poursuit». Et de marteler: «Ceux qui faisaient les communiqués 0000, là et qui annonçaient les audits, on n’a jamais eu aucun résultat positif. Mais sur GOC, nous exigeons qu’il y ait un audit indépendant. Et l’année qui vient, on va avoir des éléments clairs sur ce que rapporte la GOC et comment l’argent de la GOC est géré», a-t-il sommé.

Refusant l’idée d’un énième dialogue, Bilie-By-Nze propose une refondation totale, estimant que les institutions post-transition manquent de solidité. «Les institutions de notre pays ont été bricolées. Elles ont été conçues dans la précipitation. Elles portent en elles des contradictions profondes… Il s’agit là d’un édifice déséquilibré qui ne peut conduire qu’à l’instabilité».

Pour président de EPG, le moment est venu pour un sursaut national: «60 ans après l’indépendance, 35 ans après la Conférence nationale, le moment est venu de marquer une pause collective… Ne rien faire serait une faute historique. Refonder maintenant est un devoir républicain».

«Puisqu’ils ont des preuves contre moi»

Alain-Claude Bilie-By-Nze a également réitéré sa demande de transparence sur les événements passés et présents, refusant que l’on jette l’opprobre sur certains sans preuves. «Les Gabonais ont soif de vérité. Ce n’est pas pour la vengeance, mais parce qu’on a entraîné les Gabonais dans la haine des autres. Puisqu’ils ont des preuves contre moi, qu’on en parle devant la nation !». Assurant qu’on met toujours la faute sur l’ancien système, alors que de nombreux acteurs de l’ancien système sont également dans le gouvernement actuel, il s’est demandé de qui on parle quand on pointe du doigt l’ancien système.

Ainsi donc, en déplaçant le débat sur le terrain de la cohérence politique, Alain-Claude Bilie-By-Nze ne s’est pas contenté de se défendre ; il a également mis le pouvoir actuel face à ses propres paradoxes, rappelant que la «vérité» ne peut être sélective si l’on prétend reconstruire une nation sur des bases saines.

Thécia Nyomba

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