Le Scanner Anti-Oligui de Bilie-By-Nze en Action

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Le Scanner Anti-Oligui de Bilie-By-Nze en Action
Le Scanner Anti-Oligui de Bilie-By-Nze en Action

Africa-Press – Gabon. Lors de ses vœux à la presse jeudi dernier, le président de l’EPG a livré un réquisitoire implacable contre la gouvernance actuelle, alternant analyses techniques et formules cinglantes dans un discours-programme qui sonne comme une déclaration de guerre politique et qu’il articule autour de «huit points essentiels». Ci-après, sa grille de lecture d’un pouvoir qu’il juge défaillant, et d’un pays engagé, selon lui, sur une pente dangereuse.

Alain-Claude Bilie-By-Nze n’a pas fait dans la dentelle. Le 23 janvier, face aux journalistes, l’ancien Premier ministre a dégainé ce qu’il présente comme «huit points essentiels» d’une vision alternative pour le Gabon. Un exercice de démolition méthodique du régime de transition qui, trois ans après le coup d’État, vacille selon lui dans «l’incompétence» et le «bricolage».

États généraux: refonder ou périr

Premier axe de son offensive: la convocation d’États généraux de la nation. «60 ans après l’indépendance, 35 ans après la Conférence nationale, le moment est venu de marquer une pause collective», martèle Bilie-By-Nze, dénonçant des institutions «bricolées, conçues dans la précipitation» et porteuses de «contradictions profondes» et d’«une concentration excessive des pouvoirs». La transition? «Une occasion manquée.» La Constitution Oligui? Un «édifice déséquilibré» adopté «à marche forcée parce que quelqu’un voulait le pouvoir». Pour l’opposant, ces États généraux ne doivent pas être «un énième dialogue» de façade, mais un exercice authentique pour «repenser notre vivre ensemble, interroger notre modèle économique et social avec lucidité, pragmatisme et patriotisme». «Ne rien faire serait une faute historique. Refonder maintenant est un devoir républicain», assène-t-il.

Le piège institutionnel: un exécutif en panne

Deuxième salve, chirurgicale: la correction de l’architecture institutionnelle. Bilie-By-Nze rappelle avec une ironie mordante que tous les pays francophones ayant supprimé le poste de Premier ministre «ont fini par y renoncer». Pourquoi? «Le mélange de responsabilités ne fonctionne pas.» La crise actuelle de l’éducation lui sert d’illustration: «Un chef d’État qui oublie qu’il est chef du gouvernement, mais qui s’oblige ensuite à recevoir à 4h du matin des syndicats (…) alors que les techniciens du domaine ne travaillent pas ailleurs. On voit bien que l’exécutif est en panne, en panne fonctionnelle et en panne de solution.» Le Sénégal et le Congo-Brazzaville, qui avaient tenté l’expérience avant d’y renoncer, servent d’arguments massue: «Pourquoi commettre les mêmes erreurs quand on peut les éviter?» Verdict sans appel: «Si ça continue comme ça, je ne donne pas deux ans avant la catastrophe politique. Pas deux ans !»

L’«ancien régime», un bouc émissaire épuisé

Le troisième point achève de refermer le piège rhétorique: «Il faut qu’on cesse un peu cette histoire. ‘’On a hérité’’. Vous n’avez hérité de personne. Personne ne vous a transmis. Vous avez récupéré.» L’argument, ravageur, poursuit: «Quand vous prenez de force un pouvoir, il n’y a pas d’héritage. Vous avez battu, vous prenez ce qu’il y a dans la maison.» Bilie-By-Nze enfonce le clou: après trois ans, on ne peut plus «invoquer les anciens régimes» car «de manière délibérée, les mêmes personnes ont été reconduites quasiment aux mêmes fonctions, notamment dans la haute administration. Impôts, douanes, trésor, éducation nationale, budget, etc.» La conclusion tombe comme un couperet: «La gouvernance actuelle apparaît désormais plus défaillante que la précédente. Il y a plus de dégâts !» Une phrase qui résonne comme un coup de poignard politique pour un régime qui a construit toute sa légitimité sur la rupture avec le passé.

Fiscalité: quand l’État rackette ses citoyens

«Les ménages suffoquent et les entreprises étouffent», lance Bilie-By-Nze en abordant la question fiscale. Il dénonce «l’avalanche de taxes mal pensées, mal calibrées» qui menacent «notre pouvoir d’achat, l’emploi et la sécurité même des entreprises». La SEEG a déjà multiplié par deux certaines taxes, «et aujourd’hui, sur son bulletin de salaire, le travailleur gabonais a vu son salaire être diminué alors que tout augmente sur le marché». Il épingle la Taxe foncière d’habitation dont personne ne connaît les modalités, l’augmentation des droits d’accise sur l’alcool que le gouvernement «a du mal à assumer», et même les nouvelles normes environnementales qui obligent Sobraga à «ajuster ses lignes de production.» Mais qui va payer? «Vous pensez que M. Castel et ses équipes vont prendre ça sur leur marge bénéficiaire? Pas du tout. Et donc, c’est le consommateur qui va payer». Son diagnostic: «Nous avons un gouvernement qui a fait le choix de chercher à réduire ses déficits budgétaires en augmentant les impôts des Gabonais, sans baisser la question des charges d’État.»

Budget: un château de cartes sur fond de mensonges

Sur le plan budgétaire, Bilie-By-Nze sort l’artillerie lourde. Il exige «une loi de finances rectificative» pour corriger un budget qu’il qualifie de «faux, reposant sur des hypothèses infinançables». Les chiffres qu’il avance sont accablants: «Lorsque vous avez adopté un budget à 5 233 milliards de francs, et en quelques semaines, quelques jours même, il passe de ce montant à 6 358, sans explication aucune…» Pire, ce budget a été adopté par «un Parlement illégitime» dont «80% des députés avaient été renouvelés» et qui n’avaient donc «pas de légitimité à porter» ces engagements. Puis viennent les «dépenses de prestige »: «La Cité de la Démocratie à 400 milliards. Quelle utilité quand on n’a pas de médicaments dans les hôpitaux? Quelle utilité quand on n’a pas d’université? » L’achat de Assala à «700 milliards de francs CFA»? «Une mauvaise opération», tranche-t-il. Et surtout: «52 milliards de francs CFA ont été exécutés au sein de la GOC pour financer la RSE» afin de construire Oligui-Ville, «une ville fantôme», pendant que «les fonctionnaires, les enseignants attendent d’avoir des salaires convenables».

GOC et Ebomaf: le scandale à 20 millions de dollars trimestriels (plus de 11 milliards de francs CFA)

Plus explosif encore, le leader d’EPG lâche une bombe: «La GOC est obligée de payer chaque trimestre 20 millions de dollars à Ebomaf. Quel est le lien entre Ebomaf et la GOC? Quel est le contrat qui lie Ebomaf à la GOC pour que l’argent du pétrole gabonais soit payé à ce monsieur, au titre de quoi?» Soit «plus de 11 milliards de francs CFA qu’on donne à Ebomaf chaque trimestre», s’insurge-t-il, exigeant un audit indépendant. Sa charge est frontale: «C’est devenu quasiment une caisse noire pour le sommet de l’État.» Il rappelle que la GOC, «pour la première fois de son histoire, en 2025, va être rouge. Le solde sera négatif», conséquence directe selon lui de cette gestion calamiteuse. Et d’ajouter, provocateur: «La GOC, puisque je suis devant les médias, là, c’est moi qui parle. Ce n’est pas vous qui l’avez dit, c’est moi qui l’ai dit. Donc ça, vous pouvez me citer sans être menacé d’être mis en prison.»

Crise sociale: libérez les syndicalistes !

Sur le volet social, l’ancien chef du gouvernement monte au créneau pour défendre les enseignants et syndicalistes emprisonnés. «Libama n’a rien à faire en prison. Il n’a tué personne. C’est un syndicaliste, il a le droit de défendre ses droits.» Et d’ajouter, avec une pointe de fierté personnelle: «Moi, je n’ai jamais mis un syndicaliste en prison. Jamais. J’ai été ministre. Il y a eu des grèves dans mes départements ministériels, mais j’ai toujours négocié.» Il appelle le pouvoir à «cesser les intimidations, à cesser d’emprisonner les gens. Il faut dialoguer.» Au-delà de l’urgence, il plaide pour une déconcentration administrative: «Il n’est pas normal que la carrière d’un fonctionnaire soit gérée à Libreville, alors qu’il travaille à Makokou, à Oyem.» Pourquoi pas de directions provinciales du budget, du trésor, de la Fonction publique dans les provinces? «Déconcentrons», martèle-t-il. Il réclame également la mise en place de la Commission Vérité, Justice et Réparation, promesse non tenue de la transition: «Les Gabonais ont soif de vérité. Ce n’est pas pour la vengeance.»

Liberté de la presse: un engagement ferme

Son huitième point réaffirme son engagement pour la liberté de la presse, «menacée» selon lui par un pouvoir autoritaire. L’ancien Premier ministre célèbre le dixième anniversaire du Code de la communication, adopté en 2016, qui «a consolidé les garanties essentielles à l’exercice du métier de journaliste» en levant notamment «les peines d’emprisonnement pour les délits de presse». «Il n’y a pas d’État moderne sans une presse libre, démocratique», assène-t-il, dénonçant un climat où «vous avez la liberté à deux temps: vous avez la liberté d’applaudir le pouvoir et d’insulter l’opposition.» Le leader politique promet aux journalistes qu’il «se tient à [leurs] côtés» face à «l’orage de la tyrannie» qui «menace nos libertés fondamentales, au premier rang desquelles la liberté de la presse».

En filigrane de ces huit points, la conclusion politique est glaçante: «Si c’était aux États-Unis, il [Oligui] serait à la fin de son mandat.» Traduction: les trois ans d’Oligui au pouvoir équivalent déjà à un mandat présidentiel complet ailleurs. «7 ans, c’est trop. Il faut arrêter la mascarade», assène Bilie-By-Nze, qui annonce travailler avec «d’autres forces politiques» à organiser «la vraie alternance dans le pays, qui n’a jamais eu lieu». Un programme de rupture qui place désormais l’opposition structurée face au pouvoir militaire.

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