Africa-Press – Gabon. Le président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, a décidé de mettre fin au contrat du Français Jean-Charles Solon, qui dirigeait depuis 13 ans le système stratégique d’interception des communications de la présidence. Selon Africa Intelligence, cette structure sensible sera désormais dirigée, pour la première fois de son histoire, par un haut responsable gabonais, le général Bernard Gnamankala.
Le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a mis fin aux fonctions du Français Jean-Charles Solon, qui dirigeait depuis plus d’une décennie le système stratégique d’écoute téléphonique et d’interception des communications électroniques de la présidence. L’information a été révélée par Africa Intelligence, ce vendredi 13 mars 2026.
Selon la publication, le chef de l’État a reçu l’expert français le 10 mars à Libreville pour lui notifier la fin de sa mission. Cette décision s’inscrit dans une réorganisation plus large du dispositif sécuritaire et du renseignement au sommet de l’État.
Un Gabonais pour diriger le Silam
Pour succéder au Français Jean-Charles Solon, Brice Clotaire Oligui Nguema a choisi le général Bernard Gnamankala. Officier supérieur de police, cette figure bien connue de l’appareil sécuritaire gabonais a longtemps évolué au cœur des services de renseignement. Il a été nommé directeur général de la Direction générale de la documentation et de l’immigration (DGDI), en remplacement du général Maurice Lendoye Engandzas, lors du Conseil des ministres du 14 août 2020. Cette structure stratégique – héritière du Cedoc – est chargée de collecter et centraliser les informations relatives à la sécurité du territoire, des institutions et de l’économie, tout en menant des actions préventives contre les menaces internes et externes.
Avant cette nomination, il occupait déjà des fonctions sensibles comme secrétaire permanent adjoint du Conseil national de sécurité, confirmant un parcours presque entièrement consacré au renseignement.
Dans le contexte de la transition ouverte après la prise de pouvoir du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), Bernard Gnamankala a conservé une influence notable au sein de l’appareil sécuritaire. Présenté comme un membre influent du dispositif de sécurité de la transition, il est resté à la tête de la DGDI jusqu’en mars 2026. Il a été remplacé à ce poste par le colonel Théophile Ndounda Leboussi, marquant la fin de son mandat à la tête du renseignement intérieur.
Fils de l’ancien patron des services de renseignement Laurent Nguetsara sous la présidence de Omar Bongo, Bernard Gnamankala s’inscrit dans une continuité historique au sein des cercles sécuritaires du pays. Sa formation internationale renforce également son profil: il est diplômé de la FBI National Academy, installée à Quantico aux États-Unis, et a suivi des formations spécialisées en France auprès de la Direction générale de la sécurité intérieure.
En prenant la direction du Silam, ce cadre expérimenté du renseignement devra désormais piloter l’un des dispositifs technologiques les plus sensibles de la présidence gabonaise, tout en accompagnant la volonté affichée des autorités de renforcer la souveraineté nationale dans le domaine du renseignement technique.
Une tradition franco-gabonaise remise en question
Pendant plus d’une décennie, cette structure stratégique a été dirigée par Jean-Charles Solon, ancien responsable technique de la DGSE, chargé notamment de l’acquisition d’équipements et de technologies d’interception pour la présidence gabonaise.
Cette configuration, héritée de la période de coopération étroite entre Libreville et Paris, avait suscité des tensions sous la présidence de Ali Bongo Ondimba. Certains membres de son entourage redoutaient alors d’être surveillés et plaidaient pour la mise en place d’outils souverains indépendants de l’expertise technique française.
Selon Africa Intelligence, cette infrastructure a également permis à la France de disposer d’une position d’observation privilégiée sur certaines évolutions stratégiques, notamment le développement des câbles télécoms sous-marins au large des côtes d’Afrique centrale.
Rééquilibrage des partenariats
La décision d’Oligui Nguema ne traduit toutefois pas une rupture avec Paris. Elle s’inscrit plutôt dans une volonté de réajuster la coopération sécuritaire tout en renforçant la souveraineté nationale dans les domaines sensibles.
Le chef de l’État gabonais cherche parallèlement à diversifier les partenariats stratégiques du pays. Dans cette optique, il a récemment effectué une visite officielle aux Émirats arabes unis où il a rencontré le président Mohamed bin Zayed Al Nahyan. Quelques semaines auparavant, il avait également accueilli à Libreville le président français Emmanuel Macron.
En confiant la direction du Silam au général Gnamankala, familier des cercles du renseignement français, le chef de l’État entend ouvrir une nouvelle phase de coopération sécuritaire entre Libreville et Paris, tout en marquant une étape vers une plus grande maîtrise nationale des outils de renseignement.





