Petite maïeutique et questions populaires autour du décès de Michaël Moussa-Adamo

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Petite maïeutique et questions populaires autour du décès de Michaël Moussa-Adamo
Petite maïeutique et questions populaires autour du décès de Michaël Moussa-Adamo

Africa-Press – Gabon. Le questionnement «un peu bête» du public suite au décès brutal, le 20 janvier, du ministre gabonais des Affaires étrangères, est une petite maïeutique amenant à une vérité : le laxisme et la carence en intelligence des situations tuent, même au cœur du pouvoir politique ! Synthèse des interrogations et remarques de l’opinion publique quant à ce décès inédit dont les prémices sont survenues en plein palais présidentiel devant l’élite décisionnelle du pays.

Quelques heures après le décès de Michael Moussa, la province gabonaise de la toile mondiale s’est enflammée. Si diverses sources soutiennent que le malaise de Michaël Moussa-Adamo est survenu un peu avant la tenue du Conseil des ministres, nombreux sont surtout ceux qui s’interrogent sur les circonstances de la mort du ministre des Affaires étrangères, son malaise étant tout de même survenu en plein palais de la présidence de la République.

Lancinante, une question continue d’être posée : comment ne peut-on ne pas survivre à une attaque cardiaque survenue au sein de la présidence de la République et à 5 mn du Centre hospitalier universitaire de Libreville (CHUL) ou de la Polyclinique Dr Chambrier, connus comme les meilleurs structures hospitalières du pays ? Tous les Gabonais ont encore en mémoire qu’en octobre 2018 à Riyad, en Arabie saoudite, le président Ali Bongo, victime d’un «malaise», fut si bien et si rapidement pris en charge à l’hôpital King Faisal que le pire a été évité pour aboutir, aujourd’hui, à un happy end.

À 5 mn du palais, le CHUL et la polyclinique Dr Chambrier… quand l’hôpital militaire «flingue des opposants»

Si, du fait d’appartenir à la famille d’un opposant – Alexandre Barro Chambrier – la Polyclinique Dr Chambrier, établissement de soins privé disposant du meilleur plateau technique du Gabon, peut être appréhendée par les acteurs du pouvoir central, on ne saurait tout de même douter de la moralité, de la probité et du dévouement de ses médecins exerçant, naturellement, sous le serment d’Hippocrate. Autrement, cela accréditerait la légende urbaine selon laquelle l’Hôpital d’instruction des armées du PK 9 achève ou donne le coup de grâce aux opposants y ayant recours. Dans l’inconscient collectif gabonais, en effet, c’est ce qui serait notamment arrivé à Pierre Claver Zeng, célèbre artiste, ancien ministre d’Omar Bongo passé à l’opposition et cofondateur de l’Union nationale (UN).

Également à la périphérie immédiate du palais président, le Centre hospitalier universitaire de Libreville (CHUL) est officiellement crédité du niveau 3 des soins selon les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pourquoi donc n’y avoir pas transféré d’urgence la victime du malaise du 20 janvier avant le Conseil des ministres ? Le gouvernement ne ferait-il pas confiance en cette structure sanitaire ? Devrait-on désormais penser que le CHUL («Hôpital général» dans le langage populaire) est une structure sanitaire réservée au gueux et au petit peuple ? C’est pourtant l’«un des établissements les plus modernes du continent. C’est un fleuron de l’égalité des chances», déclarait Ali Bongo le 31 mai 2016, lors de l’inauguration de la deuxième phase des travaux du plus grand hôpital du Gabon. Si Emmanuel Issozé Ngondet y avait été hospitalisé avant son décès, c’est que l’ancien Premier ministre avait toute sa confiance en ce centre hospitalier. Pourquoi, dans l’urgence, n’y avoir pas conduit Michaël Moussa ?

Slalom et saute-mouton sur la carte sanitaire de Libreville

Diverses et sous bien d’autres angles, les interrogations pullulent en tout cas sur les réseaux sociaux.

Un post résume très bien les interrogations du public sur ce décès soudant. «Le monsieur fait un malaise pendant le Conseil des ministres. On isole le PR. On met le concerné à la disposition des services d’urgence de la santé militaire alors qu’au sein de la présidence il y a des services d’urgence médicaux. On saute Chambrier, le CHU de Libreville, Union médicale et tous les services de pointe du centre-ville pour le transporter à l’Hôpital des instructions des armées Omar Bongo Ondimba. Où ils ont juste constaté le décès. Une enquête doit être ouverte afin que l’on sache ce qui s’est réellement passé», interroge sur sa page Facebook une militante bien connue de l’Union nationale (UN).

Exclusivité du chef de l’Etat ou laxisme et zèle idolâtre à la prise de décision ?

Une autre question revenant sans cesse porte sur le dispositif sanitaire déployé autour du chef de l’Etat. Il y a toujours eu, en effet, dans le cortège présidentiel, une ambulance médicalisée avec les meilleurs médecins urgentistes du pays. Dans l’opinion publique, depuis que le chef de l’État a été victime d’un accident vasculaire cérébral, ce dispositif n’est jamais bien loin de lui et il a nécessairement été suréquipé pour des traitements neurochirurgicaux ou vasculaires d’urgence. Pourquoi ne l’avoir pas déployé pour le ministre des Affaires étrangères ? Ce dispositif sanitaire d’urgence serait-il privé ? Serait-il à l’usage exclusif d’Ali Bongo ? Son utilisation pour un autre humain entache-t-il son bon fonctionnement ultérieur ?

Il a vraisemblablement eu de la panique au moment du malaise de Michaël Moussa et comme toujours, à la prise de décision devaient se trouver des sécurocrates et zélés idolâtres, pour interdire l’utilisation du dispositif sanitaire du président de la République pour «un ami, loyal et fidèle», «un très grand diplomate», «un véritable homme d’État», selon l’hommage, après décès, d’Ali Bongo lui-même.

Dans l’opinion publique ou au sein de sa famille et de son cercle amical proche, tout le monde connaissait les carences cardiaques de Michaël Moussa : il portait un stimulateur cardiaque, appareil plus connu sous le nom de pacemaker. Pour le pays, il n’a pas hésité à enchainer les missions, allant de Guinée Equatoriale au Congo Brazzaville sur les deux derniers jours de sa vie. Personne ne saurait le nier : la vie de ministre comporte de lourdes charges et des pressions. Aussi, ce qui est arrivé au natif de Makokou, pourrait donc arriver à n’importe quel autre membre du gouvernement, et pourquoi pas au chef de l’Etat. Le laxisme de l’exécutif sur ce coup a été résolument absurde, estiment bien d’observateurs ou de béotiens.

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