Africa-Press – Gabon. Dans un entretien exclusif accordé à GabonActu.com, le candidat à la présidence de la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT), Darneau Essia Ndong, se livre sans détour sur la crise institutionnelle qui secoue le football national. Contestation de la légalité du congrès, remise en cause des nouvelles règles électorales, appel à une mise en conformité avec la loi n°033/2020: il expose sa vision d’une refondation en profondeur de l’instance dirigeante. Entre fermeté juridique et ambition de réforme, il affirme vouloir restaurer la crédibilité et la gouvernance du football gabonais. Lecture !
Monsieur Darneau Essia Ndong, pourquoi avoir décidé de vous porter candidat à la présidence de la FEGAFOOT dans le contexte actuel?
Je me porte candidat parce que le football gabonais traverse une crise profonde, à la fois institutionnelle, juridique et morale. Nous ne pouvons plus continuer à gérer notre sport en marge des lois de la République. Ma candidature est avant tout un acte de responsabilité et de courage, avec une ambition claire: restaurer la légalité, la crédibilité et la confiance autour de la FEGAFOOT.
Vous affirmez que la FEGAFOOT n’est pas en conformité avec la loi gabonaise. Sur quoi fondez-vous cette position?
Je m’appuie sur la loi n°033/2020 du 22 mars 2021, qui encadre l’organisation et le fonctionnement du sport en République Gabonaise. Cette loi est très claire: les fédérations doivent disposer d’un agrément technique, avoir des statuts validés par le Ministère des Sports et fonctionner conformément aux textes en vigueur. Or, depuis l’entrée en vigueur de cette loi, la FEGAFOOT, tout comme plusieurs ligues et clubs, n’a pas satisfait à ces obligations. Nous sommes donc face à une illégalité de fait.
Quelles sont les conséquences de cette situation?
Un congrès organisé par une institution qui n’est pas juridiquement en règle ne peut produire d’effets légaux. C’est un principe fondamental de droit. J’estime donc que le congrès de la FEGAFOOT est nul et sans effet, tout comme les décisions qui en ont découlé.
Vous contestez notamment les nouvelles règles électorales adoptées lors de ce congrès. Pourquoi?
Parce qu’elles ont été adoptées dans des conditions juridiquement contestables. L’ajout de nouveaux électeurs au corps électoral et l’exigence de sept parrainages pour être candidat à la présidence portent atteinte à l’équité et à la transparence du processus électoral. Ces règles ne peuvent pas être opposables tant que la FEGAFOOT n’est pas mise en conformité avec la loi.
Certains vous accusent de vouloir bloquer le processus électoral. Que leur répondez-vous?
Je ne bloque rien. Je demande simplement que les choses se fassent dans le respect de la loi. Il n’y a pas de démocratie sportive sans légalité. Une élection organisée sur des bases juridiques fragiles ne fera que prolonger la crise. Mon combat n’est pas personnel, il est institutionnel.
C’est à dire?
Il faut d’abord assainir. Cela passe par la mise en conformité juridique de la FEGAFOOT, la clarification des rôles, la transparence financière et la redevabilité des dirigeants. Ensuite, il faut reconstruire la confiance entre les acteurs: clubs, ligues, joueurs, État et partenaires. Des institutions fortes sont la condition indispensable au développement durable du football. En d’autres termes la restauration de l’institution FEGAFOOT.
Vous évoquez souvent la nécessité de “bouger les lignes”. Concrètement, que voulez-vous changer?
Je veux rompre avec les pratiques opaques, le non-respect des textes et la gestion personnalisée de la fédération. Il faut avoir le courage d’aborder les vrais problèmes: la formation, les infrastructures, le financement du football local, la gouvernance et la protection des acteurs. Tant qu’on évite ces sujets de fond, le football gabonais restera à la traîne.
Quel rôle souhaitez-vous jouer aux côtés du nouveau ministre des Sports?
Je veux être un partenaire loyal et responsable. Le nouveau ministre a affiché une volonté claire d’assainir le sport gabonais, et je m’inscris pleinement dans cette dynamique et c’est la raison pour laquelle nous avons officiellement saisi le MINISTÈRE. La FEGAFOOT ne doit pas être en opposition avec l’État, mais travailler en intelligence avec la tutelle pour remettre le sport gabonais sur de bons rails.
Un dernier message aux acteurs du football gabonais?
Je les invite à ne pas avoir peur du changement. Le respect de la loi, la transparence et la bonne gouvernance ne sont pas des menaces, mais des opportunités. Ensemble, nous pouvons redonner au football gabonais la place qu’il mérite, dans la dignité, la légalité et l’ambition.
Qui est Darneau Essia Ndong?
Darneau Essia Ndong est un dirigeant sportif gabonais engagé dans le développement du football de base depuis plus d’une décennie. Fondateur et directeur de la Momentum Academy, une académie sport-études créée en 2016, il défend un modèle articulant formation scolaire et performance sportive, avec une priorité accordée à l’éducation et à l’encadrement des jeunes talents.
Acteur de terrain, il accompagne les clubs amateurs, soutient les écoles de football et participe à la formation d’éducateurs. En 2018, il est sélectionné par le programme Gazprom pour représenter le Gabon lors de la Coupe du monde en Russie, une reconnaissance internationale de son engagement dans le développement du football.
Ces dernières années, il renforce son action avec la création d’une section sport-études élite dotée d’un internat gratuit, puis le lancement en 2024 du Momentum Challenge U13, tournoi dédié à la détection des jeunes talents.
Parallèlement à son parcours sportif, Darneau Essia Ndong s’est illustré très tôt par des responsabilités académiques: chef de classe au lycée d’État de Makokou, puis à Oyem, à l’Institut des Sciences de Gestion, avant d’être élu président du Student Government Association au Florida National College aux États-Unis.
Marié et père de quatre enfants, il met en avant la stabilité, la constance et le sens de l’engagement comme lignes directrices de son parcours. Aujourd’hui candidat à la présidence de la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT), il défend une vision axée sur la légalité, la gouvernance et la restructuration du football gabonais.
Propos recueillis par Nkili Akieme





