Africa-Press – Gabon. Dix ans après le début de l’escroquerie qui a lésé près de 18 000 épargnants gabonais pour un montant estimé à 75 milliards FCFA, l’affaire BR SARL n’a toujours pas trouvé son épilogue judiciaire. Le 24 février 2026, le Tribunal de commerce de Libreville a rejeté la procédure engagée par le Congrès des agents publics (CAP) contre trois banques, non sur le fond, mais pour des motifs de forme. Une décision qui relance le débat sur l’accès à la justice pour les victimes de cette microfinance illégale.
C’est devant une salle comble, où s’étaient massés de nombreux investisseurs et épargnants floués, que le Tribunal de commerce de Libreville a rendu son verdict le 24 février 2026. L’issue est amère pour le CAP, qui avait assigné en 2024 trois établissements bancaires Orabank, Ecobank et UBA Gabon pour manquement à leurs obligations de vigilance en matière de conformité KYC, réclamant 49 milliards FCFA de dommages et intérêts.
Le tribunal a examiné trois points de procédure. Il s’est d’abord prononcé sur sa propre compétence, après qu’une banque défenderesse avait soulevé une exception d’incompétence d’attribution. Il a ensuite rejeté une demande de sursis à statuer, au motif que l’affaire serait déjà pendante devant un juge d’instruction. C’est finalement sur le troisième point que la procédure a échoué: l’irrecevabilité de l’action du CAP pour défaut de capacité à agir.
Le président du CAP, Emmanuel Mve Mba, a tenu à relativiser la portée de cette décision. «Le tribunal s’est prononcé sur trois éléments, essentiellement sur la forme», a-t-il précisé, soulignant l’essentiel: «La question de fond n’a pas été tranchée. Le tribunal n’a pas répondu à la question de savoir si les banques ont tort ou non.»
Loin de baisser les bras, le responsable syndical a affiché une détermination sans faille face aux épargnants présents. «Nous restons sereins et nous avons la ferme conviction que les banques ne peuvent pas sortir de cette question sans avoir à nous payer 49 milliards», a-t-il martelé, tout en annonçant que l’organisation étudiera «au vu de la décision, l’opportunité de faire appel ou pas».
Cette nouvelle étape judiciaire intervient dans un contexte déjà marqué par une condamnation solidaire de BR SARL, de l’État gabonais et de la COBA par la Cour de justice de la CEEAC en juillet 2025. Une victoire partielle qui n’a pas encore permis aux milliers de victimes de recouvrer leurs économies, englouties depuis 2015 par une structure de microfinance opérant sans agrément de la BEAC.





