Catalogue D’Hipparque Révèle Nouveaux Secrets Astronomiques

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Catalogue D'Hipparque Révèle Nouveaux Secrets Astronomiques
Catalogue D'Hipparque Révèle Nouveaux Secrets Astronomiques

Africa-Press – Gabon. L’existence du catalogue d’étoiles d’Hipparque, rédigé par l’astronome grec, entre -170 et -120 avant notre ère, longtemps hypothétique, s’est concrétisée en 2022 avec la découverte d’extraits de ce texte fondateur, cachés dans un manuscrit du Moyen Âge, le Codex Climaci Rescriptus, provenant du monastère de Sainte Catherine, au Sinaï. Le texte a été rédigé sur des feuillets bien plus vieux et effacés pour être réutilisés, ce que les spécialistes nomment des palimpsestes. Mais l’ancien texte n’a pas totalement disparu et certains folios ont révélé l’existence d’un poème grec, Les Phaenomena d’Aratos de Soles écrit 300 ans avant notre ère, avec, parmi les éléments de commentaire de ce poème, des annotations issues du catalogue d’Hipparque, probablement couchées sur parchemin au 6e siècle après J.-C.

Lire plus loin sous le texte médiéval

Une nouvelle campagne d’analyses permet désormais d’aller plus loin et de lire davantage de lignes de ce catalogue longtemps considéré comme perdu. Le support est le Codex Climaci Rescriptus, un palimpseste. Après l’imagerie multispectrale, qui avait déjà révélé des coordonnées associées à certaines constellations, les chercheurs exploitent désormais la fluorescence X au Centre de l’accélérateur linéaire de Stanford (SLAC) à l’aide du synchrotron du Stanford Synchrotron Radiation Lightsource. Cette approche repose sur la composition chimique distincte des encres. L’encre médiévale, riche en fer, se distingue nettement de l’encre antique, dominée par le calcium.

Onze folios, recto et verso, ont ainsi été analysés et « les résultats vont bien au-delà de nos espérances », se réjouit Victor Gysembergh du Centre Léon Robin de recherche sur la pensée antique qui coordonne ces travaux. La fluorescence X a permis de révéler l’existence de nouvelles coordonnées équatoriales d’étoiles ainsi que des illustrations représentant des constellations dont l’identification est en cours. « Ces nouvelles données corroborent l’idée qu’Hipparque avait réalisé un catalogue de l’ensemble du ciel visible », souligne le chercheur.

Les observations de l’astronome ont probablement été réalisées depuis l’île de Rhodes. Elles vont également concourir à mieux comprendre les méthodes d’observation des Grecs. Leur précision permet de dater les observations. En tenant compte de la précession de l’axe de rotation de la Terre, les calculs convergent vers une période située autour de 129 avant J.-C., date qui coïncide avec l’activité d’Hipparque. Les mesures sont exactes à environ un degré, une performance notable pour des observations réalisées à l’œil nu « mais les nouvelles coordonnées obtenues vont aussi permettre d’affiner le niveau de précision qu’avait Hipparque ».

La poursuite des analyses renforce aussi la comparaison avec le catalogue de Claude Ptolémée. Les différences de coordonnées confirment que Ptolémée n’a pas simplement recopié le travail de son prédécesseur, mais qu’il a combiné plusieurs sources. À terme, la lecture de nouveaux feuillets pourrait permettre de mieux estimer comment a travaillé Ptolémée.

La poursuite des textes anciens

Cette recherche s’inscrit dans un contexte bien plus vaste. Le monastère de Sainte Catherine conserve des milliers de parchemins anciens qui n’ont encore jamais été analysés avec ces méthodes. En sondant sous les textes visibles, les chercheurs peuvent aussi bien faire apparaître des traités scientifiques que des textes littéraires ou religieux, y compris d’anciennes versions de la Bible. « Retrouver des morceaux du catalogue d’Hipparque revient à chercher une aiguille dans une botte de foin, mais on peut trouver d’autres aiguilles tout aussi intéressantes », avertit le chercheur.

Cette approche est au cœur du projet PALAI (pour « PALimpsests: Artificial Intelligence applied to advanced imaging of recycled manuscripts »), récemment lancé par une équipe dirigée par Victor Gysembergh. Ce projet, financé par une bourse européenne, vise à étudier à grande échelle un corpus exceptionnel de palimpsestes produits en Italie du Nord au début du Moyen Âge, en combinant imagerie avancée et intelligence artificielle afin d’accélérer la lecture des textes effacés. L’objectif n’est pas seulement de révéler des textes enfouis, mais de comprendre comment ces manuscrits ont été produits, recyclés et transmis, et de constituer des corpus exploitables pour les historiens et les philologues.

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