Céréulide, Toxine Liée Aux Rappels De Laits Infantiles

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Céréulide, Toxine Liée Aux Rappels De Laits Infantiles
Céréulide, Toxine Liée Aux Rappels De Laits Infantiles

Africa-Press – Gabon. Le 5 janvier 2026, Nestlé a engagé un vaste rappel de laits infantiles en poudre, en raison de la présence potentielle de céréulide. Deux semaines plus tard, Lactalis puis Danone lui emboîtent le pas en indiquant sur le site gouvernemental « Rappel conso » des numéros de lots également suspectés de contenir cette toxine.

Causant nausées et vomissements, le céréulide peut s’avérer dangereux voire mortel pour des individus vulnérables, comme des prématurés, des nouveau-nés ou des personnes immunodéprimées.

Le céréulide, une toxine sécrétée par Bacillus Cereus

D’où vient le céréulide? C’est une toxine bactérienne, produite par certaines souches de la famille Bacillus cereus. Ces bactéries sont naturellement présentes dans le sol sous forme de spores, germent dans la faune du sol, puis migrent sur des végétaux. « La principale voie de transmission de cette bactérie à l’Homme est alimentaire. En effet, du fait de son abondance dans le sol et la résistance de ses spores, B. cereus peut contaminer pratiquement toutes les matières premières et particulièrement les végétaux », rappelle l’Anses. Ainsi, elles peuvent être retrouvées dans de nombreux aliments (produits secs ou déshydratés, épices, herbes aromatiques, certains légumes, céréales, farines) ou dans des produits composés de matières premières contaminées.

Mais toutes les bactéries B. cereus ne sont pas nocives. Parmi les souches responsables d’intoxications alimentaires, on distingue celles qui déclenchent des troubles diarrhéiques et celles qui sécrètent du céréulide, à l’origine de symptômes émétiques (nausées, vomissements).

CDC/Dr. William A. Clark Wikimedia Commons

Chez ces dernières, le céréulide est émis lorsque les bactéries sont réchauffées à une température insuffisante pour les éliminer, puis refroidies. Une fois produite, la toxine est extrêmement résistante. Ainsi, pour se prémunir de potentielles contaminations, l’Anses a établi que seul un traitement thermique de 126 °C pendant 90 minutes pouvait l’éliminer. Le cas échéant, la dose de céréulide suffisant à provoquer des symptômes émétiques est évaluée entre 5 à 10 μg/kg (microgrammes par kilogramme) de masse corporelle – ce qui explique la vulnérabilité des nourrissons. Les symptômes ont une durée d’incubation de 30 minutes à 5 heures, et durent moins de 24 heures.

Le ministère de l’Agriculture rappelle néanmoins que les infections par Bacillus cereus sont rares – environ cinq cas par million d’habitants par an – et « très généralement bénignes ».

Une huile riche en oméga 6 à l’origine de la contamination?

Comment ces bactéries B. cereus se sont-elles retrouvées dans des aliments aussi contrôlés que des laits infantiles? Selon les ministères de l’Agriculture et de la Santé, l’ingrédient soupçonné d’être source de la contamination est « une huile riche en acide arachidonique utile au bon développement des bébés, produite par un fournisseur chinois ».

En effet, les laits infantiles sont constitués de lait de vache – la plupart du temps – dans lequel la composition en nutriments est modifiée pour répondre aux besoins du nourrisson. Parmi les lipides ajoutés, on peut citer l’acide arachidonique (ARA), qui est naturellement présent dans le lait maternel et riche en oméga-6. Il est essentiel au développement neurologique de l’enfant et au fonctionnement de la rétine.

La production d’acide arachidonique pour supplémenter le lait est réalisée auprès d’industries spécialisées, car celle-ci est très réglementée en Europe et fait appel à des procédés biotechnologiques sophistiqués. La méthode prédominante sur le marché consiste en une fermentation microbienne. L’ARA synthétisé est ensuite intégré dans une huile, qui est elle-même ajoutée au lait. De fait, les hypothèses de contamination à B. cereus se concentrent aujourd’hui sur l’huile végétale utilisée par le fournisseur Cabio Biotech.

« À ce jour, l’ensemble des fabricants de lait infantile au niveau mondial, dès lors qu’ils ont eu recours à de l’huile riche en acide arachidonique de ce fournisseur, doivent conduire une analyse de risque leur permettant d’évaluer la sécurité de chacun des lots », a assuré Nestlé.

Une surveillance sanitaire complexe et peu réglementée

Finalement, la surveillance sanitaire de ce type de contamination repose sur une responsabilité partagée entre les fabricants, qui doivent réaliser des prélèvements de routine et les autorités, qui contrôlent le respect des normes. Toutefois, bien qu’un seuil maximum de bactéries soit établi à 100.000 bactéries par gramme de denrée, aucune valeur n’est définie pour le céréulide.

En outre, une fois qu’un aliment contaminé est consommé, il est bien plus difficile de détecter la présence de céréulide. « S’il n’est pas possible de détecter directement la toxine céréulide dans les prélèvements biologiques (selles), le Centre national de référence des bactéries anaérobies et du botulisme est en capacité de retrouver le gène de la bactérie Bacillus cereus qui produit la toxine », avance le ministère de la Santé.

Pour l’heure, aucune analyse n’a mis en évidence de lien de causalité entre la consommation des laits infantiles concernés et la survenue de symptômes chez un nourrisson.

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