Africa-Press – Gabon. Un an et demi après leur nomination en Conseil des ministres, les délégués provinciaux et extérieurs de l’Agence nationale des bourses du Gabon (ANBG) vivent une situation de précarité alarmante. Sans salaire, sans reconnaissance administrative claire, et désormais sans poste, ces agents dénoncent une gestion chaotique et opaque de leur dossier, qui soulève des interrogations sur les rouages internes de l’administration gabonaise.
Intervenue lors du Conseil des ministres du 20 mars 2024, leur nomination s’est avérée sans lendemain un an et demi plus tard. À l’époque pourtant, celle-ci s’inscrivait, affirmait-on, dans le cadre d’une réforme ambitieuse visant à rapprocher l’ANBG des étudiants en province et à l’étranger. Le décret n°003 prévoyait en effet la création de délégations pour améliorer la gestion des bourses et renforcer la coopération internationale. Seulement, dès leur prise de fonction, les délégués se sont heurtés à un mur: aucune rémunération ne leur a été versée, sous prétexte qu’aucun texte ne justifiait leur paiement.
Cette justification, qualifiée d’absurde, y compris par les premiers concernés, est d’autant plus troublante que certains délégués — notamment ceux de Franceville et la Directrice de la coopération internationale — ont perçu leurs salaires régulièrement. Une disparité qui alimente les soupçons de favoritisme et de détournement de fonds.
«Quelle avanie !»
Dans une lettre poignante postée le 23 août dernier sur Facebook et adressée au président de la République, Japhet Eyehan, ancien délégué, exprime son indignation: «Quelle honte pour l’administration gabonaise, incapable d’assumer ses responsabilités face à un tel désastre ! Quelle avanie vécue par des adultes, responsables de familles, qui ont perdu près de 2 ans de leur carrière, à être tournés en bourriques !»
L’ancien agent et leader syndical au ministère des Transports évoque également une réunion tenue le 8 janvier 2024 à l’ANBG, où des responsables de régies financières auraient reconnu leur défaillance dans la gestion du dossier, tout en redoutant une saisine du Conseil d’État. Depuis, le Conseil d’administration de l’ANBG aurait décidé à l’unanimité de mettre fin aux postes de délégués, en attendant que le Conseil des ministres statue sur leur réintégration dans leurs administrations d’origine.
Plusieurs sources internes affirment pourtant que des sommes importantes ont été débloquées pour le fonctionnement des délégations, mais que certains responsables de l’Agence auraient systématiquement bloqué les paiements, invoquant l’absence de texte. Pendant ce temps, les agents concernés ont dû assumer des charges personnelles et professionnelles sans aucune compensation.
Une réforme du Président sabotée?
La réforme de l’ANBG, censée remplacer les prestataires internationaux par une gestion locale des bourses, semble avoir été prise en otage par des luttes de pouvoir internes. Certains y voient une résistance farouche de ceux qui bénéficiaient du système précédent et craignent de perdre leur influence. D’autres, plus conciliants, invoquent l’absence de préparation des autorités, qui auraient mis la charrue avant les bœufs. Quoi qu’il en soit, tous en appellent désormais à l’intervention du chef de l’État.
À l’instar de Japhet Eyehan, les délégués appellent le Président Brice Clotaire Oligui Nguema à intervenir personnellement pour garantir leur retour dans leurs administrations d’origine, sans perte de grade ni de dignité.
«Le chef de l’État, conscient du problème, devrait s’assurer, dans le processus de retour à nos administrations d’origines, que nous ne tombions pas en dessous de la qualité pour laquelle nous avions été nommés à l’ANBG», conclut l’ex-délégué.
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