Africa-Press – Gabon. Alors que le ministre d’État de l’Éducation nationale multiplie les appels à la reprise des cours, le collectif «SOS Éducation La Base» durcit le ton. À l’issue de l’assemblée générale du 24 janvier 2026 ayant désigné les représentants provinciaux, Honorine Angue Mintsa, élue pour l’Estuaire, a posé comme préalable incontournable la libération de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo avant tout début de négociation sur un protocole de sortie de crise.
Au lendemain de la présentation par Carmela Ntoutoume du bilan à mi-parcours du comité technique de suivi-évaluation, le collectif d’enseignants « de la base » a structuré son organisation et clarifié ses conditions pour un retour en classe. Lors d’une assemblée générale tenue ce samedi à Libreville, «SOS Éducation La Base» a procédé à l’élection de neuf représentants provinciaux chargés de porter les revendications du mouvement lors des négociations à venir avec les autorités.
«SOS Éducation La Base a maintenant un corps. À ce moment où je vous parle, dans chaque province, il y a l’élection de chaque représentant», a déclaré Honorine Angue Mintsa, fraîchement désignée pour représenter l’Estuaire. Cette structuration intervient alors que le collectif rejette catégoriquement le protocole d’accord signé entre le gouvernement et certains partenaires sociaux, qui circule sur les réseaux sociaux. «Il a été édité par des personnes de mauvaise foi, car il ne cadre pas avec les attentes des enseignants de la base», a-t-elle affirmé.
Un préalable non négociable
Le dénouement de la crise scolaire gabonaise ne passera pas par les canaux habituels. Si le dialogue semble renoué, le verrou de la reprise reste carcéral. La représentante de l’Estuaire a été claire sur les conditions d’une éventuelle reprise des cours, initialement espérée pour le lundi 27 janvier. «Nous ne regagnerons malheureusement pas les salles de classe le lundi 26 janvier, parce qu’il y a un autre souci qui est là: l’incarcération de deux de nos aînés leaders syndicaux et enseignants à la retraite», a-t-elle expliqué, faisant référence à Marcel Libama et Simon Edzo, arrêtés et détenus pour trouble à l’ordre public et incitation à la grève.
Pour SOS Éducation La Base, cette détention constitue une ligne rouge. «Nous avons des prisonniers et nous ne pouvons pas commencer, c’est-à-dire que nous ne pouvons pas lever ni suspendre la grève à partir du moment où ils sont encore incarcérés. Ça n’a pas de sens», a martelé Honorine Angue Mintsa. «Par solidarité, nous ne pouvons reprendre des cours. Leur libération est un préalable», a-t-elle insisté.
Vers un protocole alternatif
Le collectif ne se contente pas de poser des conditions. Il travaille sur son propre protocole de sortie de crise, élaboré collectivement par les neuf représentants provinciaux. «Nous allons ensemble, avec les points focaux des huit autres provinces, travailler pour pouvoir compacter et trouver des solutions à court, moyen et long terme», a précisé la représentante de l’Estuaire, ajoutant que ces négociations resteront «toujours conditionnées par la sortie de prison de Marcel Libama et Simon Edzo».
Malgré cette fermeté, Honorine Angue Mintsa a reconnu une ouverture au dialogue. Le collectif salue d’ailleurs l’initiative présidentielle. «Nous tenons à remercier le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a envoyé le député Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, pour la médiation entre les enseignants et le gouvernement», a-t-elle souligné. «Nous avons une main qui nous a été tendue pour commencer les négociations de protocole de sortie de crise», a-t-elle reconnu, précisant toutefois que toute avancée dépendra de «l’accord de la base dans son entièreté».
Alors que le ministre d’État mise sur l’échéance du 25 février et un protocole d’accord déjà signé, SOS Éducation La Base impose ses propres termes et son propre calendrier, conditionnés par la libération des deux syndicalistes. La crise scolaire gabonaise entre dans une nouvelle phase, où se cristallise l’opposition entre légitimité gouvernementale et légitimité « de la base ».





