Eau et Électricité: Problèmes Persistants au Gabon

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Eau et Électricité: Problèmes Persistants au Gabon
Eau et Électricité: Problèmes Persistants au Gabon

Africa-Press – Gabon. Quand le Rwanda, longtemps classé parmi les pays les plus pauvres du continent, et le Maroc, confronté à de fortes contraintes hydriques, parviennent à assurer à leurs populations une électricité et une eau de plus en plus fiables, le Gabon, pourtant riche en ressources naturelles, reste confronté aux coupures et aux pénuries. Ce contraste saisissant interroge. Plus de soixante ans après l’indépendance, les difficultés gabonaises en matière d’eau et d’énergie révèlent moins un retard technique qu’un enchaînement de choix publics et de défaillances de gouvernance qui continuent de peser sur la vie quotidienne et le développement du pays.

Plus de soixante ans après l’indépendance, le constat reste le même pour de nombreux Gabonais: coupures d’électricité répétées, manque d’eau potable, services irréguliers et inégalitaires. Cette situation, vécue au quotidien, n’est ni nouvelle ni exceptionnelle. Elle ne relève pas d’un simple retard technique ou d’une mauvaise conjoncture. Elle s’explique par un problème structurel ancien, lié aux choix économiques, institutionnels et politiques faits depuis 1960.

Le Gabon est pourtant un pays riche. Il a longtemps tiré ses revenus du pétrole, du manganèse et d’autres ressources naturelles. Cette richesse aurait pu servir à construire des réseaux solides d’électricité et d’eau potable sur l’ensemble du territoire. Mais, dans les faits, ces secteurs ont été relégués au second plan. Résultat: plus de 90 % de la population est officiellement raccordée à l’électricité, mais les coupures sont fréquentes et parfois longues. Pour l’eau, le paradoxe est encore plus frappant: le pays dispose d’environ 170 milliards de mètres cubes d’eau par an, mais l’accès reste fragile et très inégal, surtout en dehors de Libreville.

Des choix de gouvernance qui ont fragilisé les services publics

Depuis l’indépendance, la gestion de l’eau et de l’électricité repose principalement sur un opérateur unique, la SEEG. Son développement s’est concentré sur les grandes villes, sans véritable stratégie nationale pour couvrir durablement l’ensemble du pays.

La réforme de 1997, qui a confié la gestion à un opérateur privé, a permis certains progrès. Mais elle a aussi montré ses limites: règles floues, régulation faible, conflits récurrents avec l’État et investissements souvent insuffisants ou mal suivis. Pendant longtemps, l’État a cumulé plusieurs rôles à la fois (propriétaire, client, décideur et régulateur) ce qui a favorisé l’opacité et les décisions de court terme, souvent dictées par des enjeux politiques plutôt que par les besoins techniques.

À cela s’ajoute un manque chronique d’entretien. De nombreuses centrales électriques, lignes, stations de traitement d’eau et réseaux ont plus de vingt ans. La maintenance préventive est insuffisante: on répare surtout quand la panne survient, ce qui aggrave les coupures et allonge leur durée.

Des réseaux inégaux et vulnérables sur le territoire

Les réseaux d’électricité et d’eau sont aussi très inégalement répartis. À Libreville, près de 97 % de la population a accès à l’eau potable. Dans certaines zones rurales, ce taux descend sous les 55 %. Beaucoup de localités dépendent encore de forages mal entretenus ou de solutions provisoires.

Le réseau électrique, lui, est fragmenté. Les différentes régions fonctionnent en systèmes isolés, sans interconnexion efficace. Cela signifie qu’une panne locale peut provoquer un délestage massif, sans possibilité de compensation depuis une autre zone. Cette fragilité structurelle explique la fréquence des coupures, même lorsque la demande augmente modérément.

Exemples du Maroc, du Rwanda et solutions possibles

D’autres pays africains ont pourtant réussi à améliorer rapidement leurs services. Le Maroc a mis en place un programme national clair d’électrification, avec des objectifs précis, un financement stable et une agence forte. Le Rwanda, malgré des moyens plus limités, a misé sur la planification, le suivi des résultats et des solutions adaptées aux zones rurales. En quelques années, l’accès à l’électricité et à l’eau potable y a fortement progressé.

Pour le Gabon, les solutions sont connues, y compris par le Fonds monétaire international: clarifier la gouvernance, mieux cibler les investissements, renforcer l’entretien des réseaux, adopter une tarification plus réaliste tout en protégeant les ménages les plus pauvres, diversifier les sources d’énergie et rendre les opérateurs réellement responsables de leurs performances.

En définitive, le problème de l’eau et de l’électricité au Gabon n’est ni un manque de ressources ni une fatalité. Il est avant tout politique et institutionnel. Tant que ces fondations ne seront pas corrigées, les pénuries continueront. Mais si ces réformes sont réellement engagées, le pays dispose des moyens nécessaires pour transformer sa richesse en services publics fiables et durables.

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