Escargots des Îles Menacés d’Extinction Ignorés

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Escargots des Îles Menacés d'Extinction Ignorés
Escargots des Îles Menacés d'Extinction Ignorés

Africa-Press – Gabon. Il n’en reste parfois plus que les coquilles. Des chercheurs de l’Université de Hawaï (Etats-Unis) et du Muséum national d’Histoire naturelle à Paris alertent, dans une nouvelle étude, sur la perte critique d’escargots sur les îles, notamment sur celles du Pacifique. Un phénomène qui soulève peu de mobilisations, selon ces scientifiques.

« De nombreuses îles sont isolées et l’intérêt porté aux escargots terrestres dans le cadre de la conservation de la biodiversité mondiale est faible, écrivent-ils. De ce fait, l’état de conservation de nombreuses espèces d’escargots terrestres insulaires demeure, au mieux, obsolète ». Certains statuts de conservation attribués à ces gastéropodes datent de 20 ans, voire parfois d’un siècle.

Si les îles ne représentent que 6,7% des terres, elles abritent 20% de la biodiversité et 50% des espèces menacées. Les escargots terrestres font partie des animaux les plus impactés. « Environ 70 % des extinctions de mollusques concernent des espèces insulaires, presque exclusivement des escargots terrestres, la majorité provenant du Pacifique », résument les auteurs de l’étude publiée dans la revue Philosophical Transactions B. Le taux d’extinction sur les îles volcaniques de haute altitude varie généralement de 30 % à 50%, voire parfois à 80 %.

Les causes de l’extinction des escargots

Quelles sont les causes de ces vastes disparitions? Elles sont multiples, et pour certaines, très anciennes. Ainsi, durant la dernière période glaciaire, et après, le changement climatique et les fluctuations du niveau de la mer ont conduit à la formation de dunes sableuses qui ont enseveli de nombreuses espèces. Plus tard, des éruptions volcaniques ont pu rayer, à leur tour, certains escargots de la carte.

Mais la menace la plus sérieuse provient des activités anthropiques. La déforestation des îles, pour faire de la place aux habitations et à l’agriculture – notamment à l’élevage – est un désastre pour de nombreuses espèces d’escargots. L’île de Rapa Iti est un exemple parmi d’autres. Sur cette île d’environ 40 km2, qui abrite une centaine d’espèces d’escargots terrestres endémiques, « il ne reste que 13 % de la couverture forestière », notent les chercheurs.

Ces gastéropodes sont aussi affaiblis par l’introduction d’espèces invasives, volontairement ou non, particulièrement voraces. Dans la liste des prédateurs on trouve par exemple l’escargot carnivore Euglandina rosea, censé s’attaquer aux populations invasives d’escargots géants africains. Sans grande surprise, le prédateur s’est aussi attaqué aux espèces natives. Ou encore le terrible plathelminthe de Nouvelle-Guinée, qui menace aussi les escargots d’Europe. Plus communs: les rats font aussi partie de la liste.

Dans une moindre mesure, ces escargots peuvent aussi être mangés ou leur coquille recherchée pour décorer des colliers, des chapeaux… Les auteurs évoquent le cas de milliers de coquilles de l’escargot Eua zebrina ornant les lustres de l’hôtel Rainmaker (aujourd’hui détruit) aux Samoa américaines. Une décoration qui a « certainement eu un impact significatif » sur ces populations de gastéropodes, pensent les chercheurs.

« Coquilles vides »

Certaines espèces sous pression sont aujourd’hui éteintes. Il ne reste parfois qu’une seule trace d’elles: leurs coquilles. Après la mort de leurs petits habitants, elles peuvent rester dans le sol durant des décennies, parfois durant des siècles. « De nombreux escargots terrestres insulaires ne sont ainsi connus que sous forme de coquilles vides », remarquent les scientifiques.

Mais l’espoir de protéger les espèces encore présentes n’est pas totalement éteint. Ainsi, plusieurs programmes d’élevage en captivité ont été mis sur pied pour les préserver, avec des réintroductions dans le milieu naturel souvent couronnées de succès. « Des efforts importants sont déployés pour conserver ce qui reste de ces faunes uniques et diversifiées, notamment à Hawaï et dans les îles de la Société, ainsi que dans l’archipel Ogasawara au Japon, aux Bermudes, dans les îles Desertas de l’archipel de Madère et dans les Mascareignes de l’océan Indien », énumère dans un communiqué Robert Cowie, co-auteur de l’étude.

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