Gabon | «Sans-Famille» : Cote d’alerte sanitaire pour Brice Laccruche

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Gabon | «Sans-Famille» : Cote d’alerte sanitaire pour Brice Laccruche
Gabon | «Sans-Famille» : Cote d’alerte sanitaire pour Brice Laccruche

Africa-Press – Gabon. Brice Laccruche est très mal en point à «Sans-Famille», le pénitencier de Libreville. Les réseaux sociaux et même des voix officielles appellent à un peu d’humanisme, invitant les autorités à se pencher sur son cas. L’homme fort de l’intermède sanitaire d’Ali Bongo, Ryad-Rabat, a été condamné à cinq ans de prison en 2021, entre autres, pour «obtention de document administratif sur la base d’une fausse déclaration». «Histoire de la folie à l’âge classique», écrivait Michel Foucault. «Histoire de la folie à l’ère de l’Émergence à la gabonaise», dira GabonReview : la manière dont une société traite ses fous ou certains de ses malades est révélatrice de son niveau de rationalité.

La rumeur est le marché noir de l’information. Mais au marché noir, il n’y a pas que du toc. Ces derniers jours, le cas Brice Laccruche alimente la chronique sur les réseaux sociaux gabonais. L’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo est très mal en point. Une photographie ayant fuité de «Sans-Famille», le tristement célèbre pénitencier de Libreville, le dévoile très amaigri, ayant visiblement perdu plus de 30 kg, en comparaison avec les dernières images publiques de lui. Une dégringolade sanitaire de trois mois. Des sources citant des témoignages d’autres prisonniers affirment que l’homme pourrait passer de vie à trépas «d’ici à la fin de mars», si rien n’est fait.

«Inhumain»

Sans doute pas pour mettre de l’emphase, certains de ses proches affirment tristement que l’ancien leader de l’Association des jeunes émergents volontaires (Ajev) serait atteint d’un cancer dont ils ne désignent pas l’organe affecté. Au-delà de cette description alarmante, il y a que le cas de Brice Laccruche interpelle. Et s’il suscite une controverse, nombreux estiment au regard de toutes les brimades et autres maltraitances rapportées depuis son incarcération, aussi bien par ses avocats que par d’autres sources, que son traitement est inhumain, diabolique à la limite. «Quel est donc le péché mortel jamais commis au Gabon qu’il a fait pour être ainsi traité ?», lit-on dans un groupe Facebook. «Un tel degré de haine pour quelqu’un qui a sauvé le régime en 2018 ne peut s’expliquer. C’est tout simplement inhumain», écrit dans un forum WhatsApp le directeur d’un journal local.

Si depuis le début de ses déboires judiciaires, la consule générale de France à Libreville a rendu plusieurs visites à Brice Laccruche Alihanga, intervenant à plusieurs reprises auprès des autorités gabonaises concernant ses conditions de détention et la prise en charge de son état de santé, le cas Laccruche est également observé au-delà des frontières du Gabon. D’autant plus qu’il s’agit d’un personnage ayant occupé une fonction des plus stratégiques dans l’appareil étatique du Gabon, quelqu’un ayant plongé dans le disque dur du pays et en ayant manipulé bien de plaques.

Au début du mois en cours, un groupe de députés de l’opposition française, LFI-NUPES, (La France insoumise-Nouvelle union populaire écologique et sociale) encourageait Emmanuel Macron à profiter de son séjour au Gabon pour discuter avec Ali Bongo de la situation de Brice Laccruche Alihanga (BLA) et de Jean-Rémy Yama, tous deux emprisonnés à Libreville, alors que leur état de santé serait préoccupant. Ils tiraient, eux aussi, la sonnette d’alarme au sujet l’état de santé de l’ancien enfant chéri du régime qui serait «considérablement dégradé en raison des conditions de détention», souhaitant le voir bénéficier d’un «traitement judiciaire équitable».

Feinte

Bien que pointé par un faisceau d’avis très alarmant, le cas Laccruche ne semble pas interpeller le gouvernement outre mesure. Interrogé récemment à ce sujet sur France 24 et TV5 monde, l’actuel Premier ministre a normalisé l’affaire. Alain Claude Bilie-By-Nze a rappelé que Brice Laccruche n’est pas un prisonnier d’opinion. Relancé par les journalistes sur la possibilité d’un geste humanitaire, d’une détente, dans le contexte électoral en formation, le chef du gouvernement a excipé le principe de la séparation des pouvoirs, suggérant que les avocats du concerné en fassent la démarche et la justice en jugera.

Les chefs d’accusions portés contre Brice Laccruche sont-ils si gravissimes qu’il ne saurait bénéficier d’une sortie conditionnelle pour soins santé ? Est-il donc déjà condamné à la peine capitale, c’est-à-dire à la mort ? Les forces de l’ordre seraient-elles devenues incapables de garder le contrôle d’un prisonnier ayant bénéficié de liberté provisoire ? Ou alors Laccruche est-il volatile et pourrait s’évaporer comme de l’éther sitôt sorti du flacon de «Sans-Famille» ? Les autorités attendent-elles donc que l’irréparable survienne ?

«Histoire de la folie à l’ère de l’Emergence»

S’il n’est nullement question de blanchir l’ancien collaborateur d’Ali Bongo, le cas de Brice Laccruche interpelle. Si sa gestion des affaires n’a pas été transparente, bien qu’accusé d’avoir obtenu un document administratif sur la base d’une fausse déclaration, il n’en reste pas moins un Gabonais, un Homme, un Humain, à qui il est possible d’accorder des circonstances atténuantes, ne fut que pour des besoins de santé. S’y refuser reviendrait à faire croire que le Gabon s’inscrit désormais dans la lignée des États foulant délibérément au pied les conventions internationales de défense de droits de l’homme auxquelles il a souscrit.

L’attitude de la puissance publique face au cas Laccruche fait penser au philosophe Français Michel Foucault qui écrivait dans son «Histoire de la folie à l’âge classique» que le regard que l’on porte sur la folie dépend de la culture dans laquelle elle s’inscrit. Le regard que porte la puissance publique du pays sur Brice Laccruche et certains autres prisonniers ‘énervants’ est révélateur de la culture démocratique des décideurs gabonais : ils s’en réclament systématiquement mais dans les hauteurs de leur intellect se trouve, bien rivé, un machiavélisme digne du Code d’Hammourabi dont est tirée loi du Talion. Mais dans ce cas, quel œil Laccruche a-t-il crevé ? La dent de qui a-t-il cassé ?

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