Gabon Suspend Les Réseaux Sociaux, Réactions Indignées

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Gabon Suspend Les Réseaux Sociaux, Réactions Indignées
Gabon Suspend Les Réseaux Sociaux, Réactions Indignées

Africa-Press – Gabon. La Haute autorité de la communication (HAC) a annoncé, lors d’une séance plénière le mardi 17 février dernier, la suspension immédiate des réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire gabonais. Cette mesure vise à contrer la prolifération de contenus diffamatoires, de fausses informations et de cyberharcèlement, jugés menaçants pour la cohésion sociale, la stabilité institutionnelle et la sécurité nationale. Depuis lors, les réactions fusent et dénoncent une mesure anticonstitutionnelle et disproportionnée. Des personnalités, les partis politiques, les artistes, etc., se sont exprimés et remettent, pour l’essentiel, en cause cette décision.

La Haute autorité de la communication (HAC), en prenant cette décision, a fait savoir que certains utilisateurs détournent ces plateformes numériques pour porter atteinte à l’honneur et à la réputation d’institutions, de citoyens et de personnalités publiques, en violation du Code de la communication de 2016. Cette décision conservatoire a depuis lors suscité un tollé général parmi les personnalités gabonaises et les partis politiques du pays.

Mesure anticonstitutionnelle et disproportionnée

Les réactions d’opposition fusent donc et dénoncent une mesure anticonstitutionnelle et disproportionnée. Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre et président du Parti Ensemble pour le Gabon (EPG), a déclaré que «le pouvoir perd ses nerfs». «Que prépare ce craquage? Une nouvelle étape vient d’être franchie. J’appelle à l’annulation de cette mesure anticonstitutionnelle et au respect des libertés individuelles», a-t-il fait savoir, récusant cette décision.

Le Parti démocratique gabonais (PDG) a, quant à lui, qualifié cette décision d’«une mesure sans précédent dans l’histoire politique et institutionnelle du Gabon indépendant». La formation fondée par Omar Bongo souligne qu’elle porte «atteinte frontale et délibérée à la liberté d’expression» et affecte des milliers d’acteurs économiques qui dépendent de ces plateformes comme «le principal, voire l’unique outil de commerce».

Des artistes et influenceurs, directement impactés dans leur quotidien, se sont également exprimés, laissant percevoir leur désarroi. «Moi, je vends ma banane avec Internet, mon TikTok, Facebook… Je fais la promotion de ma musique. On nous coupe sans aucune raison. Les enfants qui ne vont pas à l’école, à cause de la grève des enseignants, se rattrapent avec Internet», a déploré Creol, artiste musicienne, dans une vidéo devenue virale, en dépit de la faible connexion.

«Ayez pitié de nous, les innocents. Ramenez Internet»

À sa suite L’Oiseau Rare, lui aussi artiste musicien, a déclaré: «on se lève et on coupe Internet. Qu’est-ce que vous avez bien fait? Moi, je parle comment avec ma maman?». «Pitié, ayez pitié de nous, les innocents. Ramenez Internet», a-t-il supplié, alors que Romeo MD, comédien, a insisté sur le fait que «le numérique n’est pas un luxe. C’est un outil de travail». Pour lui, «les décisions publiques devraient tenir compte de cette réalité…». Ce qui lui a fait dire que «suspendre les réseaux sociaux dans un pays n’est pas une simple décision technique. C’est une décision qui impacte directement des familles».

D’autres voix du monde culturel et politique renchérissent et s’alarment de cette décision qui affecte le quotidien des Gabonais. Nelly «la très star», influenceuse, s’ajoute à cette longue liste d’interventions, et note que «ni le Wifi ni le forfait ne passent». «Au final, vous voulez quoi?», a-t-elle questionné avant d’indiquer que «mieux, dites-nous qu’on n’a pas droit à Internet».

Pour Meye La Panthère, humoriste, «il y a des gens qui se nourrissent des réseaux sociaux». «Convoquez les personnes qui utilisent les réseaux sociaux pour déstabiliser le pays. Pourquoi punir tout le monde? Pourquoi augmenter le chômage avec cette décision?», a-t-il questionné en invitant le gouvernement à agir autrement.

«Le respect des libertés publiques n’est ni optionnel ni circonstanciel»

Le président du Front démocratique socialiste (FDS), Me Anges Kevin Nzigou, argue, en ce qui le concerne, que «restreindre l’accès aux réseaux sociaux revient à priver les citoyens d’un espace majeur d’information, d’échange et de participation à la vie publique». Et Joël Claincy Mapangou Mapangou, acteur politique, ajoute que «dans un État de droit, l’autorité administrative ne saurait s’affranchir des garanties constitutionnelles. Le respect des libertés publiques n’est ni optionnel ni circonstanciel».

Dans ce brouhaha, les représentants de l’administration centrale et de la Présidence défendent la mesure. Le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, a exprimé «la solidarité du gouvernement avec la Haute autorité de la communication dans cette démarche de préservation de l’ordre public, du vivre ensemble, de paix et de préservation de l’amour entre les Gabonais». Il a précisé que «la mesure annoncée par la HAC est strictement conservatoire et n’entraîne pas l’interruption de l’accès à l’Internet».

Pendant ce temps, Mélodie Samba, porte-parole adjointe de la présidence de la République, a relativisé. «Il s’agit d’une suspension des plateformes du groupe Meta, pas de toutes les plateformes numériques au Gabon ni d’une coupure d’Internet. Les plateformes du groupe Meta ne représentent pas Internet», a-t-elle déclaré avant d’être reprise sur les réseaux sociaux pour sa méprise de ces plateformes.

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