Africa-Press – Gabon. La procédure judiciaire opposant le député d’Akanda, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, à l’avocate Me Gisèle Eyue Bekalé suscite une vive controverse, entre interprétations divergentes des faits d’audience et débat sur une éventuelle levée de l’immunité parlementaire. Tandis qu’un article de presse évoque une avancée judiciaire susceptible d’ouvrir la voie à des poursuites contre l’élu, sa défense dénonce des erreurs factuelles et juridiques, appelant à un rétablissement de la vérité.
Une controverse judiciaire et médiatique oppose actuellement le député d’Akanda, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, à l’avocate Me Gisèle Eyue Bekalé, sur fond d’accusation de diffamation par voie de presse. Alors qu’un article publié le 5 février 2026 par le site Gabonactu.com évoque une possible levée de l’immunité parlementaire de l’élu, son conseil juridique conteste fermement cette version des faits, dénonçant des «inexactitudes factuelles graves».
Une plainte pour diffamation après une publication sur les réseaux sociaux
Le site d’information rappelle que la procédure judiciaire découle d’une publication Facebook du parlementaire intervenue après la diffusion d’une vidéo filmée clandestinement dans le bureau d’un juge d’instruction. Cette vidéo s’inscrivait dans la série d’enregistrements attribués à Noureddin Bongo Valentin, fils de l’ancien président Ali Bongo Ondimba.
Dans son message, le député avait notamment écrit: «Un avocat qui enregistre clandestinement et diffuse publiquement une audience du juge d’instruction s’expose à des sanctions pénales et disciplinaires. En plus de l’amende et de la peine de prison pour atteinte à la vie privée, il peut être radié du barreau».
Estimant être visée par ces propos, Me Gisèle Eyue Bekalé a déposé une plainte pour diffamation, soutenant ne pas être l’auteure de la vidéo en question, bien que celle-ci ait été diffusée par son client. L’affaire, souligne le média, a suscité un vif émoi dans l’opinion publique et au sein du système judiciaire.
Nos confrères rapportent par ailleurs que, lors d’une récente audience au tribunal correctionnel de Libreville, le ministère public aurait requis le renvoi du dossier au rôle général afin d’engager la procédure de levée de l’immunité parlementaire du député. Selon eux, cette démarche viserait à permettre la poursuite judiciaire de l’élu, le parquet estimant «difficile de poursuivre le député en justice» dans la situation actuelle.
Toutefois, les conseils de la plaignante soutiennent que les faits reprochés étant antérieurs à l’élection du parlementaire, l’immunité parlementaire ne serait pas applicable dans ce dossier.
La défense du député dénonce une «construction médiatique»
Dans un communiqué publié le même jour, le cabinet Kalmie Avocats Associés, représenté par Me Anges Kevin Nzigou, conteste catégoriquement la version présentée par Gabonactu.com. La défense affirme que l’article «contient des inexactitudes factuelles graves et des contre-vérités juridiques manifestes, de nature à induire l’opinion publique en erreur».
Selon les avocats du député, le renvoi au rôle général n’aurait aucun lien avec une éventuelle levée d’immunité parlementaire. Ils soutiennent que «la réalité est simple, vérifiable et consignée au plumitif d’audience: la partie poursuivante, Maître Gisèle Eyue Bekalé, ne s’est pas présentée à l’audience (…) et n’était représentée par aucun conseil». Cette situation aurait, selon eux, «à elle seule, justifié le renvoi de la procédure au rôle général».
La défense insiste également sur le cadre procédural de l’affaire, précisant qu’il s’agit d’une citation directe. Dans ce contexte, elle estime que le rôle du parquet est limité. «La procédure engagée par Maître Eyue Bekalé est une citation directe par voie d’huissier. Dans ce cadre précis, le ministère public n’est pas poursuivant, mais partie jointe», soutient le communiqué, qui qualifie de «factuellement faux et juridiquement absurde» l’affirmation selon laquelle le procureur aurait sollicité un renvoi en vue d’une levée d’immunité.
Les avocats du député affirment par ailleurs qu’«aucune juridiction n’a constaté ou envisagé à l’audience une levée, provisoire ou définitive, de l’immunité parlementaire», estimant que parler de menace relèverait d’«une construction médiatique sans fondement judiciaire».
Une affaire toujours en attente de clarification judiciaire
Tout en rappelant que «l’immunité parlementaire n’est ni un privilège personnel ni un obstacle à la justice», la défense affirme que son client «demeure serein et confiant dans l’institution judiciaire», tout en se réservant le droit d’engager d’éventuelles poursuites contre la diffusion d’informations jugées inexactes.
À ce stade, l’affaire reste en suspens, le renvoi au rôle général impliquant une mise en attente sans calendrier précis de réexamen. En attendant, les positions divergentes entre les parties traduisent la sensibilité juridique et médiatique de ce dossier, qui continue de susciter débats et interrogations sur les enjeux liés à la responsabilité publique, à la liberté d’expression et au respect des procédures judiciaires au Gabon.





