Modernisation du Stationnement à Libreville et ses Coûts

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Modernisation du Stationnement à Libreville et ses Coûts
Modernisation du Stationnement à Libreville et ses Coûts

Africa-Press – Gabon. L’Hôtel de Ville de Libreville vient de lever le voile sur son ambitieux plan de réorganisation du stationnement urbain. Entre marquages colorés, bornes automatiques et parkings en silo, la capitale gabonaise entend s’offrir une cure de jouvence technologique pour mettre fin à l’anarchie routière. Pourtant, derrière la promesse d’une mobilité fluide, une inquiétude grandit: celle des centaines de «parqueurs» informels. Pour ces «débrouillards» qui occupent le terrain depuis des décennies, cette réforme sonne comme une menace d’exclusion sociale dans un contexte de chômage persistant.

Adieu l’informel, place à la gestion structurée. Le nouveau dispositif de stationnement à Libreville segmente désormais la ville en zones: blanches pour le public, bleues pour les opérateurs économiques, vertes pour l’administration et jaunes pour les urgences. Un système de paiement dématérialisé via Mobile Money ou bornes automatiques vient remplacer les transactions de gré à gré. Si l’objectif de modernisation et de sécurisation des recettes municipales est louable, il se heurte à une réalité humaine complexe.

En effet, depuis des années, ces jeunes, souvent issus des quartiers précaires, ont érigé le guidage et la surveillance des véhicules en véritable métier de survie. Face à l’arrivée annoncée des automates, l’angoisse est palpable. «Nous ne sommes pas contre l’autorité de l’État, mais nous sommes des jeunes Gabonais qui se débrouillent. Parmi nous, il y a des pères de famille, des locataires. Si la mairie prend le territoire sans nous inclure, on fait comment? On va nous tuer?», s’alarme un habitué des parkings du centre-ville, sous couvert d’anonymat.

Pour la majorité d’entre eux, cette activité constitue le dernier rempart contre la délinquance. «On préfère être ici à guider des voitures pour 500 francs plutôt que d’aller braquer ou voler. C’est notre dignité qui est en jeu », confie un autre travailleur de l’ombre.

L’enjeu de l’intégration

Le nouveau système prévoit certes le déploiement d’«agents municipaux» pour accompagner les citoyens dans le paiement. C’est ici que réside le véritable enjeu: la mairie a-t-elle prévu d’intégrer ces anciens parqueurs dans sa nouvelle force de régulation?

Si le projet mentionne des parkings en silo de quatre niveaux dotés de commerces et de services de lavage, il reste muet sur le statut de ceux qui gèrent le bitume jusqu’alors. La limite de cette réforme réside dans son risque de fracture sociale. Sans mesure d’accompagnement ou de réinsertion réelle, ces centaines de bras valides pourraient basculer de la «débrouille» vers l’exclusion totale.

La modernisation de Libreville ne doit pas se faire au détriment de ses enfants les plus fragiles. Si l’embellissement de la capitale est nécessaire pour l’attractivité du pays, la réussite de ce projet se mesurera à sa capacité à transformer ces acteurs de l’informel en agents d’un service public moderne.

À l’heure où le gouvernement fait de la lutte contre le chômage une priorité, la question reste entière: le ticket de parking à 1 000 francs financera-t-il uniquement le goudron, ou servira-t-il aussi à offrir un avenir à ceux qui, hier encore, nous aidaient à nous garer?

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