Africa-Press – Gabon. Joe Frédéric Madouta, président du Syndicat libre de la Mairie de Libreville, a comparu le jeudi 12 février devant le tribunal correctionnel pour diffamation, poursuivi par Adrien Nguema Mba, actuel ministre de l’Intérieur et ancien Délégué spécial. Le syndicaliste est accusé d’avoir diffusé un audio dénonçant des «gabegies financières» et des nominations familiales. Son avocat Me Gilbert Mfoumbi dénonce une judiciarisation de questions syndicales et plaide la relaxe, estimant que «ce sont des questions syndicales qui se discutent au sein de la Mairie», et non devant un tribunal. Le parquet a requis six mois avec sursis et la partie civile réclame 100 millions de FCFA. Verdict le 26 février.
Il est reproché à Madouta d’avoir diffusé sur WhatsApp un message audio dénonçant l’augmentation des nominations à des postes stratégiques, l’inapplicabilité des décrets portant révision du système de rémunération et l’existence de supposées gabegies financières. Le prévenu affirme avoir agi dans un cadre strictement syndical: «Je n’ai cité personne dans l’audio, je n’ai fait que dénoncer des dérives».
Pour Me Mfoumbi, cette affaire relève d’une instrumentalisation de la justice. «Ce sont des questions syndicales qui se discutent au sein de la Mairie. C’est quand même curieux qu’on les amène devant le tribunal pour que le tribunal sanctionne», a-t-il déclaré, ajoutant que «Monsieur Madouta n’a fait qu’agir dans le cadre de son activité syndicale. Il n’a tenu aucune parole désobligeante. Il n’a fait que dénoncer les dérives qui existent au sein de cette mairie».
Le ministère public a requis six mois avec sursis, reconnaissant que «les faits s’inscrivent dans un contexte politique». Cette admission a permis à Me Mfoumbi de pointer une incohérence: «Là où ils se contredisent, c’est parce qu’ils demandent encore qu’ils soient condamnés. Si on est dans une bataille politique, si on est dans une bataille syndicale, et qu’on n’a pas tenu des propos diffamatoires, pourquoi venir au tribunal?»
La preuve au cœur des débats
Le ministère public et la partie civile contestent la matérialité des accusations. L’avocat du ministre a soutenu qu’«aucun élément ne démontre le lien de filiation allégué» entre Nguema Mba et les personnes nommées, et qu’«assimiler une telle situation à des faits de détournement ou de gabegie constitue une atteinte grave à l’honneur». La partie civile réclame 100 millions de FCFA de dommages et intérêts.
La défense a versé au dossier un procès-verbal d’huissier contenant des témoignages d’agents municipaux. Interrogé par le président sur les cinq nominations familiales évoquées, Madouta a parlé d’«une figure de style». Me Mfoumbi relativise les demandes de la partie civile: «Vous pouvez saisir le tribunal et demander un milliard, demander 100 millions, ça c’est à leur appréciation. Sauf que le tribunal étant souverain, ils ne sont pas liés par ces demandes».
L’avocat de la défense a invoqué l’article 285 du Code pénal, rappelant que «ça n’avait rien à voir avec la vie privée. Et si ça n’a rien à voir avec la vie privée, on ne peut pas être dans une diffamation». La défense a conclu en sollicitant la relaxe pure et simple. Le tribunal rendra sa décision le 26 février. « Le tribunal est souverain », a conclu Me Mfoumbi.





