Emmanuel Macron en Guinée-Bissau : Projet de création d’une force anti-putsch

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Emmanuel Macron en Guinée-Bissau : Projet de création d’une force anti-putsch
Emmanuel Macron en Guinée-Bissau : Projet de création d’une force anti-putsch

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Guinee Bissau. Avec la visite officielle effectuée en Guinée-Bissau, le président de la République française, Emmanuel Macron, a ainsi achevé, le jeudi 28 juillet 2022, la tournée africaine qu’il a entreprise depuis le 25 du mois courant, tournée entrant dans le cadre de l’amélioration de l’image du pays de l’hexagone après la série de « rejets » mise en avant par certaines populations africaines protestant contre la présence français dans leur pays.

Il s’agit là de la 1ère visite officielle rendue à la Guinée-Bissau, ce pays africain lusophone qui était une ancienne colonie portugaise, par un président français, probablement parce que ce pays vient tout juste de prendre, en début de juillet, la présidence tournante de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), en la personne de son jeune président « Umaro Sissoco Embalo ».

De facto, on peut prédire que la casquette de président de la CEDEAO fait du président bissau-guinéen un interlocuteur incontournable pour Paris. A ne pas oublier qu’Embalo a désormais sur sa table les dossiers sensibles du Burkina, de la Guinée et surtout du Mali.

Et dans le même contexte, on peut avancer que « la France ne veut plus apparaître en première ligne, mais qu’elle préfère mettre en avant les institutions régionales », avant tout, sachant que Paris a été plusieurs fois accusé de manipuler la CEDEAO. C’est d’ailleurs ce qu’avait affirmé Bamako, lorsqu’en janvier dernier l’organisation avait imposé de rudes sanctions à l’encontre de la junte militaire au pouvoir.

Ce jour-là, les militaires au pouvoir de transition avaient accusé l’organisation d’être « au service de la France ». Chose que la France a nié évidemment.

Selon une source diplomatique, la France « s’aligne sur les positions des organisations régionales ». Ce qui veut dire absolument que « Paris fait passer des messages à la CEDEAO, mais cela fonctionne dans les deux sens. On écoute ses propositions et ses préoccupations, mais on n’interfère pas dans l’équilibre des discussions », indique-t-on.

Il importe de rappeler que la Guinée-Bissau est un petit pays en tension après une tentative de coup d’État, en février dernier, et la dissolution du Parlement trois mois plus tard par le président Umaro Sissoco Embalo.

C’est un évènement qui s’inscrivait dans un contexte troublé pour ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, abonné aux crises politiques. Umaro Sissoco Embalo, avait en effet annoncé en mai 2022 la dissolution du Parlement et la programmation d’élections parlementaires anticipées vers la fin de l’année en cours. Et ce, quelques semaines après la nouvelle tentative de coup d’État du 1er février, qui a fait 11 morts selon le gouvernement.

Tout comme la plus part des pays africains, le pays a besoin de réformes, du fait qu’il est l’un des plus pauvres au monde et considéré comme l’un des plus gangrénés par la corruption.

L’instabilité et la pauvreté y ont favorisé l’implantation de narcotrafiquants, qui utilisent le territoire pour faire transiter la cocaïne d’Amérique latine vers l’Europe, avec la complicité suspectée de cadres de l’armée. Umaro Embalo a d’ailleurs présenté le coup de force du 1er février comme directement lié au trafic de stupéfiants.


Macron et Embalo se serrant la main

Pour revenir à la visite officielle du président Emmanuel Macron, et après les entretiens qui ont eu lieu tant avec le président Umaro Sissoco Embalo qu’avec certains hauts responsables et représentants de la société civile et autres dans le pays, une conférence de presse conjointe a été organisée par les deux chefs d’Etat qui ont affiché leur volonté de « fouetter » la coopération entre leurs deux pays.

Lors de cette conférence de presse, Macron a annoncé les grandes lignes de la coopération bilatérale entre la France et la Guinée-Bissau pour la prochaine étape, qui concerne principalement les domaines de l’éducation, de l’alimentation et de la sécurité.

Le président français a déclaré qu’à l’avenir à Bissau, Paris mettra l’accent sur « la formation…car c’est la clé », annonçant dans ce contexte l’ouverture d’une école française dans le pays courant 2023, dans l’idée de défendre la langue française dans ce pays lusophone, en ajoutant que la coopération dans le domaine sportif sera également renforcée « parce que l’intégration des l’éducation et le sport sont importants pour nous ».

Macron n’a pas omis d’exprimer la volonté de son pays de renforcer les relations avec la Guinée-Bissau dans le domaine culturel, notant que les communautés des deux pays « seront au cœur de ce projet, et nous avons exprimé une volonté commune à cet égard », a-t-il rétorqué.

Par ailleurs, pour ce qui est de la sécurité alimentaire, Macron a déclaré que lui et son homologue Embalo envisageaient l’élaboration d’un « agenda alimentaire et agricole », soulignant dans ce sens que : « Nous attendons de la Guinée-Bissau qu’elle développe son propre projet alimentaire », le rôle de la France étant « le financement, la formation et l’accompagnement ».

Rappelons que sur le plan agricole, la Guinée-Bissau est considérée comme l’une des terres les plus fertiles pour la culture de toutes sortes de céréales, c’est même l’une des plus importantes sources de noix de cajou pour les pays du monde, selon les données de la Banque mondiale, qui indiquent environ 29 % du PIB.

Il y avait aussi le domaine de la sécurité, pour lequel Macron a déclaré que la France aiderait « à stabiliser le pays grâce à une armée qui servirait un projet d’État démocratique et contribuerait à faire face à l’instabilité et au terrorisme dans toute la région ».

Il faut savoir également que la Guinée-Bissau est considérée comme une destination potentielle pour l’industrie du tourisme entrant, ce qui pourrait être l’un des objectifs de la visite du président français, en boostant les investissements dans le secteur du tourisme, en plus du secteur agricole.

De son côté, le président Umaro Sissoco Embalo (président du CEDEAO) a annoncé avoir mis sur la table le projet de création d’une « force anti-putsch », ce qui va permettre de faire comprendre à tout le monde que l’on est au XXIe siècle, donc « Les coups d’Etat sont inadmissibles, inacceptables ».

Une « piste intéressante », selon Emmanuel Macron, mais sans plus de précisions pour le moment. Le président français a quant à lui réitéré sa mise en garde contre les groupes militaires qui, selon lui, « exploitent l’affaiblissement des Etat pour prendre le pouvoir ».

Sur le plan national, on peut confier que cette visite a été une occasion pour relancer en Guinée-Bissau les investissements français et la coopération entre les deux pays dans différents secteurs.

Sans la moindre « brume », le président Embalo s’est félicité quant à lui de la présence de son homologue français sur le sol bissau-guinéen, l’exprimant de la sorte : « Le président français, membre permanent du Conseil de sécurité, se trouve aujourd’hui aux côtés du président de la Guinée-Bissau, son frère. On appelle ça la solidarité ».

Une solidarité qu’Embalo aimerait voir s’exprimer sur le plan sécuritaire par un appui à la structuration de la garde présidentielle.

En outre, sur le plan économique et développement, le président français dit vouloir une coopération renforcée sur le plan agricole : « Pour ne pas subir les pressions de puissances extérieures sur la question alimentaire, il faut produire davantage ce que le peuple ici consomme. Il y a la possibilité de le faire. C’est la responsabilité du pays, la nôtre c’est de tout faire pour vous y aider en finançant, en formant, en accompagnant par le matériel ».

Dossier à suivre…

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