L’Afrique martyrisée par le dérèglement… climatique causé par les “autres” !

3
L’Afrique martyrisée par le dérèglement... climatique causé par les
L’Afrique martyrisée par le dérèglement... climatique causé par les "autres" !

Mustapha OUARAB

Africa-Press – Guinee Bissau. A l’occasion du Sommet africain sur le climat qui s’est tenu du 4 au 6 septembre à Nairobi au Kenya, dans un contexte mondial de défis et d’opportunités climatiques, une avalanche de rapports, d’avertissements mais aussi de solutions concernant la crise climatique et son lourd impact sur le continent Africain, ont envahi la toile.
Ainsi, selon un rapport de l’Organisation Mondiale de la Météorologie, publié le 4 septembre dernier, il y a accélération de la vitesse avec laquelle la température de la terre augmente. Par conséquent, les phénomènes météorologiques extrêmes aggravent l’insécurité alimentaire, les déplacements de population et les conflits. La productivité agricole chute, les pertes et les dommages sont en hausse, alors que le financement de «l’adaptation au climat» reste très insuffisant.
Paradoxalement, c’est l’Afrique qui pollue le moins au monde qui subit de plein fouet les conséquences les plus graves d’un dérèglement climatique, qui est en train de dérégler dangereusement la vie de ses populations : détérioration de leur santé, recul accéléré des surfaces arables, perte du potentiel jeunesse qui se trouve de plus en plus forcé de quitter le continent. Mais aussi plusieurs autres dégâts collatéraux inattendus, parmi lesquels le mariage forcé des petites filles !
Dérèglement climatique Gravissime

Chaque jour de l’année 2023, dans une bonne partie du continent Africain, semble faire la Une des journaux calamiteux sur le climat : vagues de chaleur, incendies de forêt, tempêtes de grêle massives, pluie diluviennes, etc.

Dans le détail quotidien subi par des millions de pauvres Africains, il faut rappeler que depuis quelques années déjà, la Corne de l’Afrique subit sa pire sécheresse depuis 40 ans. Ainsi, l’Éthiopie, le Kenya et la Somalie ont été particulièrement durement touchés, par cinq saisons consécutives de faibles précipitations qui ont réduit la productivité agricole et affaibli la sécurité alimentaire. En Somalie, les effets catastrophiques de la sécheresse sur les moyens de subsistance des éleveurs et des agriculteurs et la faim, ont poussé plus de 1,2 million de personnes à quitter leur foyer à l’intérieur du pays, au cours de l’année en cours. On a enregistré, en outre, 512 000 déplacements internes liés à la sécheresse en Éthiopie.

En parallèle, dix-neuf pays de l’Afrique de l’Ouest au total sont gravement impactés par les aléas climatiques. Et pour ne retenir que ces exemples révélateurs, il parait clairement que le continent africain est le moins résilient face au changement climatique, notamment en raison d’un faible niveau de préparation de ses États.

Paradoxalement, il est pourtant aussi celui qui pollue le moins. Abritant 17% de la population mondiale, le continent ne pèse en réalité que 3% des émissions de gaz à effet de serre. Un Américain moyen produit 14 tonnes de CO2 par an, contre 10 tonnes pour un Européen et moins d’une tonne pour un Africain.

Par conséquent, «le poids du changement climatique sur les économies du continent et les moyens de subsistance des Africains est disproportionnellement élevé en rapport à leur faible participation dans les émissions mondiales de carbone», observe notamment la Banque africaine de développement (BAD) dans son document sur les perspectives économiques en Afrique 2022. Précipitant des populations déjà fragiles dans une situation de grande précarité. Certains iront même à prendre les routes de la migration.

Et avec toutes les conséquences catastrophiques que ces calamités causent, de telles scènes sont appelées —selon les experts les plus renommés—à devenir notre réalité quotidienne dans les années à venir. Les scientifiques dressent un sombre tableau de la façon dont le changement climatique induit par l’activité humaine, combiné à une dégradation plus large de l’environnement, nous affecte et nous affectera tous.

Déséquilibre flagrant

En 2021, les émissions de dioxyde de carbone par habitant en Afrique étaient de l’ordre de 1,04 tonne métrique par personne, contre une moyenne mondiale de 4,69 tonnes métriques par personne. «L’Afrique est responsable de moins de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Or c’est le continent qui est le moins à même de faire face aux effets délétères du changement climatique. Les canicules, les fortes pluies, les inondations, les cyclones tropicaux et les sécheresses persistantes ont des effets dévastateurs sur les communautés et les économies, et le nombre de personnes menacées va croissant», a déclaré le Secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), M. Petteri Taalas.

Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), Au cours de la période 1991-2022, l’Afrique a enregistré un taux moyen de réchauffement de +0,3 °C par décennie, contre +0,2 °C/décennie entre 1961 et 1990. Ce chiffre dépasse légèrement la moyenne mondiale. Mais c’est l’Afrique du Nord, une région en plein stress hydrique, et aux prises avec des canicules extrêmes ayant alimenté des incendies de forêt en Algérie et en Tunisie en 2022, que le réchauffement a été le plus rapide. C’est le cas aussi de la Corne de l’Afrique, qui vit sa cinquième année sans précipitations.

«Les catastrophes agissent comme un multiplicateur de misère et c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour des communautés qui luttent déjà pour garder la tête hors de l’eau», alerte Chris Nikoi, directeur régional du Programme alimentaire mondial pour l’Afrique de l’Ouest. Étant donné le degré élevé d’exposition de l’Afrique, sa fragilité et sa faible capacité d’adaptation, on peut s’attendre à ce qu’elle subisse de plein fouet les effets du changement climatique. La santé des populations, la paix, la prospérité, les infrastructures et les autres activités économiques dans de nombreux secteurs en Afrique courent des risques considérables en raison du changement climatique.

John Kerry, émissaire du président Joe Biden pour le climat, le rappelait d’ailleurs, lors d’un forum sur la lutte contre le réchauffement climatique : «Vingt États comptent pour 80% des émissions mondiales». Les 54 États d’Afrique ne représentant ainsi qu’une fraction parmi les 175 États qui ne polluent que pour 20% la planète terre !

Ceci intervient précisément à un moment critique pour l’Afrique, continent le moins armé et le plus exposé au changement climatique, qui voit les catastrophes naturelles se multiplier. Résultat, la région est «au bord d’une catastrophe humanitaire sans précédent» s’alarme l’ONU.

Désastreuses conséquences

En 2022, les aléas météorologiques, climatiques et hydrologiques ont touché directement plus de 110 millions de personnes sur le continent, provoquant des dommages économiques chiffrés à plus de 8,5 milliards de dollars. La base de données sur les situations d’urgence fait état de 5 000 décès signalés, 48 % par suite de la sécheresse et de 43 % d’inondations. Toutefois, le nombre réel de victimes est probablement beaucoup plus élevé, en raison du phénomène de non-déclaration.

Le taux d’élévation du niveau de la mer sur les côtes en Afrique est similaire à la valeur moyenne mondiale établie à 3,4 mm/an. Elle dépasse cependant la moyenne mondiale le long des côtes de la mer Rouge (3,7 mm/an) et des côtes de l’ouest de l’océan Indien (3,6 mm/an).

Pour évaluer les dégâts gravissimes de manière plus globale, disons que le niveau des pertes et des dommages, et donc les coûts encourus, seront fonction de nombreux facteurs, notamment du niveau d’ambition des mesures d’atténuation sur le plan mondial et de la hauteur des investissements dans l’adaptation à l’échelle locale. Dans un monde où le réchauffement serait de 4 °C avec une adaptation régionale forte, l’Afrique pourrait encourir, chaque année d’ici à 2080, des coûts dus aux «dommages résiduels» équivalant à 3 % de son produit intérieur brut projeté.

Les coûts des pertes et dommages dus au changement climatique en Afrique sont estimés entre 290 et 440 milliards de dollars sur la période 2020-2030 d’après le Centre africain pour la politique en matière de climat de la Commission économique pour l’Afrique.

En revanche, le 14 juin 2023, le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a publié son rapport annuel phare, qui indique qu’à la fin de l’année 2022, le nombre de personnes déplacées par la guerre, la persécution, la violence, les violations des droits de l’homme et les catastrophes naturelles liées au changement climatique, avait considérablement augmenté de 19,1 millions – la plus forte augmentation jamais enregistrée – pour atteindre un total de 108,4 millions.

Et selon le rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), déjà précité, le changement climatique et la raréfaction des bases de ressources pourraient alimenter les conflits pour obtenir les rares terres productives, l’eau et les pâturages, là où la violence entre agriculteurs et éleveurs s’est intensifiée ces dix dernières années à cause de la pression croissante exercée sur les terres, avec, dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, des îlots géographiques où se concentrent de telles zones.

L’agriculture est à la base des moyens de subsistance et des économies nationales en Afrique, puisqu’elle fait vivre plus de 55 % de la population active. Mais à cause du changement climatique, la croissance de sa productivité agricole a chuté de 34 % depuis 1961. Cette baisse est la plus élevée enregistrée en comparaison avec ce qu’ont connu d’autres régions du monde. Par voie de conséquence, les projections prévoient que, d’ici 2025, les pays africains multiplieront par trois leurs importations annuelles de denrées alimentaires, qui passeront de 35 à 110 milliards de dollars.

Désengagement des «grands pollueurs»

En vue de lutter contre les changements climatiques et leurs effets néfastes, les dirigeants mondiaux réunis à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21) à Paris ont réussi une percée le 12 décembre 2015 : ils ont adopté le fameux “Accord de Paris”. L’Accord énonce des objectifs à long terme destinés à orienter l’ensemble des nations pour réduire considérablement les émissions mondiales de gaz à effet de serre, dans le but de limiter à 2 °C le réchauffement planétaire au cours du siècle présent, tout en poursuivant l’action menée pour le limiter encore davantage à 1,5 °C, en fournissant aux pays en développement des ressources financières, pour les aider à atténuer les changements climatiques, et renforcer leur résilience et accroître leurs capacités d’adaptation, aux effets produits par ces changements.

Mais bien qu’il s’agisse d’un traité international juridiquement contraignant, qui est entré en vigueur le 4 novembre 2016, force est de constater, qu’à ce jour, les 194 Parties (193 pays ainsi que l’Union européenne) qui y ont adhéré, n’ont toujours pas mis la main à la poche comme ils s’étaient engagés. Depuis 2020, les États devaient verser chaque année 100 milliards de dollars, en faveur des pays les plus vulnérables aux changements climatiques, à travers le “Fonds Vert pour le Climat”, créé en 2009. Bilan : le niveau des engagements est toujours jugé «insuffisant», pour respecter les objectifs de l’Accord de Paris. Et aucun pays n’est aligné sur une trajectoire du réchauffement limitée à 1,5 °C.

Un rapport de la Climate Policy Initiative (groupe de recherche indépendant à but non lucratif et organisation internationale de politique climatique basée à San Francisco) montre que l’Afrique a besoin de 2 800 milliards de dollars entre 2020 et 2030, pour mettre en œuvre ses contributions déterminées au niveau national (CDN), dans le cadre de l’Accord de Paris. C’est le coût de la contribution du continent à la limitation du réchauffement à 1,5 °C, et à la prise en charge des impacts les plus importants du changement climatique.

Cependant, les flux financiers annuels pour le climat en Afrique ne s’élèvent qu’à 30 milliards de dollars. De nombreux pays africains sont confrontés à une marge de manœuvre monétaire et fiscale limitée, ce qui aggrave la dette dans un contexte de priorités de développement concurrentes. La création du Fonds-cadre mondial pour la biodiversité créé lors de l’assemblée du Fonds mondial pour l’environnement, réunie à Vancouver (Canada) du 22 au 26 août 2023, pourrait permettre de résoudre la crise de la biodiversité. Il ne fonctionnera toutefois que s’il est transparent, prévisible et opportun, et s’il bénéficie aux peuples autochtones et aux communautés locales.

L’année dernière, les parties engagées ont convenu d’augmenter le financement, afin de faciliter les transformations mondiales vers une économie à faible émission de carbone. Cela nécessite le déblocage d’au moins 4 000 à 6 000 milliards de dollars par an. Malheureusement, les pays développés n’ont toujours pas rempli leur promesse de 100 milliards de dollars par an.

Avec les plus grandes terres arables de la planète, l’Afrique a le potentiel de nourrir le monde et de se nourrir elle-même. Toutefois, la hausse des températures, l’imprévisibilité des précipitations et les phénomènes météorologiques extrêmes font des ravages sur la productivité agricole. La situation s’aggravera lorsque les températures dépasseront 1,5 °C. Si l’on ne s’attaque pas aux émissions des systèmes alimentaires et à la décarbonisation, il est impossible de maintenir le seuil de 1,5 °C.

Catastrophes naturelles et mariages forcés!

Selon les derniers chiffres qui sont tombés en ce mois de septembre, dans le monde, 12 millions de jeunes filles sont mariées de force chaque année. C’est l’une des conséquences inattendues du réchauffement climatique. C’est le cas dans certaines régions du monde, notamment en Afrique, ou les bouleversements environnementaux entraînent une augmentation substantielle des mariages précoces et forcés.

À première vue, le lien entre le dérèglement du climat et les mariages précoces peut paraitre fortuit. Mais des chercheurs américains, de l’université publique de l’Ohio, ont étudié une vingtaine d’enquêtes réalisées ces dernières années, en Afrique et en Asie du Sud. Leurs conclusions publiées cet été sont formelles : «oui, les bouleversements climatiques entraînent bien plus de mariages précoces et forcés pour les jeunes filles». C’est-à-dire que là où la pratique existe déjà, elle connaît un grand coup d’accélération lors des catastrophes naturelles causées par le changement climatique.

La plupart du temps c’est la perspective de la dot qui pousse les familles démunies à marier leur filles. En zone rurale, quand les inondations ou la sécheresse ne permettent plus de cultiver les terres, et quand l’eau potable vient à manquer, des villages entiers plongent dans l’extrême pauvreté ou même la famine. Alors, obtenir du futur époux un peu d’argent ou une tête de bétail pour la dot, devient une question de survie, tout simplement. Et en plus, une fille qui part c’est une bouche de moins à nourrir, remarque l’étude Américaine.

Il y a aussi, parfois, l’espoir de faire entrer la fillette mariée dans une famille plus aisée. Dans la corne de l’Afrique, où le mariage des mineurs est légal ou toléré, l’UNICEF constate que de plus en plus de familles démunies marient leurs filles de 12 ans à des hommes de 50 ou 60 ans ! Parmi les pays concernés, l’Éthiopie qui depuis cinq années subit la sécheresse la plus grave depuis des décennies. Selon l’UNICEF, dans les régions les plus frappées par les dégâts des aléas climatiques le nombre de mariages de filles de moins de 18 ans a augmenté de 119% !

Les conséquences en chaîne d’un mariage forcé sont dramatiques pour les mineures : grossesses précoces (deuxième cause de mortalité des adolescentes dans le monde), risque accru d’excision et de mutilation génitale (parfois obligatoire même dans certains pays avant le mariage).

Pour plus d’informations et d’analyses sur la Guinee Bissau, suivez Africa-Press

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here