Avons-Nous Vraiment Besoin de Boire du Lait?

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Avons-Nous Vraiment Besoin de Boire du Lait?
Avons-Nous Vraiment Besoin de Boire du Lait?

Africa-Press – Guinee Bissau. Présent dès l’enfance, promu pour ses vertus nutritionnelles, le lait est souvent présenté comme un pilier de la santé. Mais cette évidence est-elle fondée biologiquement? L’histoire évolutive de l’humanité raconte une tout autre trajectoire, bien plus heurtée, où le lait n’est ni indispensable ni universellement bénéfique.

A l’échelle de l’évolution, boire du lait à l’âge adulte est une anomalie

A l’échelle de l’évolution, boire du lait à l’âge adulte est une anomalie. Chez la quasi-totalité des mammifères, humains compris à l’origine, la capacité à digérer le lactose disparaît après le sevrage. Cette digestion repose sur une enzyme, la lactase, dont la production s’éteint naturellement avec l’âge. Or, en Europe du Nord et de l’Ouest, mais aussi dans certaines régions d’Afrique, 70 à 90 % des adultes continuent aujourd’hui à produire cette enzyme. Une exception biologique frappante… et récente.

Les données génétiques montrent que cette capacité n’apparaît en Europe qu’il y a environ 6.000 ans, au Néolithique, avec l’arrivée de populations d’éleveurs venues des steppes eurasiennes, expliquait une étude publiée dans la revue PLoS Biology en 2020. Une mutation sur le gène régulant la lactase permet alors à certains adultes de digérer le lactose. En quelques millénaires, sa fréquence explose: « La mutation de la persistance de la lactase est l’exemple le plus fort et le plus connu de la pression de sélection sur le génome humain », soulignait en 2020 l’anthropologue généticienne du CNRS Laure Ségurel, co-autrice de cette étude. Les estimations suggèrent qu’elle augmentait d’environ 4 % les chances de survie ou de reproduction de ses porteurs.

Longtemps, les chercheurs ont pensé que cette mutation s’était répandue parce que le lait apportait un avantage nutritionnel direct: calcium, vitamine D, calories faciles d’accès ou eau relativement sûre. Mais une étude publiée dans la revue Nature en 2022 bouleverse cette lecture trop simple. En croisant l’ADN de plus de 1.700 squelettes néolithiques avec l’analyse de 7.000 fragments de poteries révélant la consommation de produits laitiers, les chercheurs montrent que la diffusion du gène de la lactase n’est pas corrélée à la consommation de lait.

Pouvoir digérer le lait, une question de survie dans des périodes extrêmes

Le moteur de cette sélection serait ailleurs: dans les crises. « Imaginez les populations du Néolithique. Leurs cultures ne produisent plus, c’est la famine », racontait en 2022 à Sciences et Avenir Mark Thomas, généticien de l’évolution et auteur principal de l’étude. Poussés par la faim, des individus intolérants au lactose consomment du lait exactement ‘au moment où ils ne le devraient pas’ ». Chez des organismes déjà affaiblis par la malnutrition ou les infections, les diarrhées sévères provoquées par le lactose deviennent potentiellement mortelles.

Les famines et les épidémies auraient ainsi joué un rôle décisif. D’après les modèles statistiques, la probabilité que les épidémies expliquent la diffusion du gène de la lactase est 284 fois plus élevée que celle de la simple consommation de lait, et la famine 690 fois plus élevée. « Dans le passé, lorsque les récoltes étaient mauvaises et qu’il y avait des problèmes de sécurité alimentaire, ceux qui avaient la possibilité d’ingérer de grandes quantités de lait frais (à la fois pour les calories et l’hydratation) se seraient bien mieux portés que ceux qui ne le pouvaient pas, entraînant une augmentation de la prévalence du gène de la lactase », expliquait en 2022 Shevan Wilkin, spécialiste du sujet n’ayant pas participé à l’étude dans Nature. Autrement dit, ce n’est pas le lait qui a sauvé l’humanité, mais le fait de pouvoir le digérer dans des périodes extrêmes.

Les deux tiers de l’humanité ne possèdent pas le gène de la lactase

Cette histoire explique aussi pourquoi le lait n’est nullement indispensable aujourd’hui. Les deux tiers de l’humanité ne possèdent pas le gène de la lactase, sans pour autant être condamnés à une mauvaise santé. En Asie de l’Est ou dans la steppe eurasienne, de grandes quantités de lait sont consommées sous forme fermentée, grâce à des bactéries qui facilitent la digestion du lactose. Une adaptation culturelle plutôt que génétique.

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