Combien nous coûtent les moustiques ? Une somme hallucinante !

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Combien nous coûtent les moustiques ? Une somme hallucinante !
Combien nous coûtent les moustiques ? Une somme hallucinante !

Africa-Press – Guinee Bissau. La menace s’aggrave et s’étend à de nouvelles régions. Les moustiques Aedes aegypti principal vecteur de la dengue et de Zika et Aedes albopictus plus efficace pour diffuser le virus du chikungunya voient leurs populations augmenter dans les régions tropicales déjà conquises de longue date et colonisent de nouveaux territoires, apportant ces maladies dans des pays plus tempérés. Ainsi, la France a connu en 2022 et 2023 neuf épidémies localisées de chikungunya dites autochtones car les victimes ne revenaient pas d’un voyage dans la zone intertropicale. Le moustique-tigre, non vernaculaire d’Aedes albopictus est désormais présent sur tout le territoire français, sa diffusion étant facilitée par le changement climatique.

Combien ces maladies coûtent-elles à l’humanité ? Ce bilan économique n’avait été jusqu’ici pas tenté. Et pour cause ! La méthode de recherche décrite dans l’article qui vient de paraître dans Science of the Total Environment est particulièrement ardue tant pour le nombre de pays investigués —166 — que par la durée concernée — 45 ans. “Nous nous sommes attachés à ne considérer que les articles scientifiques ne rapportant que des coûts réels et non des estimations, assure Paulina Pontifes, chercheuse au laboratoire Maladies infectieuses et vecteurs: écologie, génétique évolution et contrôle” (Mivegec, IRD). Et nous avons distingué les coûts d’hospitalisation directs, ceux indirects de transport, nourriture et hébergement des patients et la charge collective que représente la perte de productivité due à ces maladies, les arrêts de travail, la morbidité.”

Au total, 2249 articles scientifiques ont été retenus par l’étude.

Les effets à long terme des maladies aggravent les coûts de prise en charge

On sait désormais que lors de ces 45 dernières années, les virus de la dengue, de Zika et du chikungunya ont représenté une charge de 91 milliards d’euros. Le coût moyen annuel est de 3,65 milliards d’euros mais avec des pics qui peuvent dépasser les 20 milliards d’euros comme en 2013 où la dengue et Zika ont flambé dans les pays tropicaux, notamment au Brésil. 79% de la charge est attribuée au virus de la dengue, 10,7% au chikungunya et le solde à Zika.

Un bilan en trompe-l’œil car l’étude considère les effets à long terme de ces maladies. Or, le chikungunya provoque des rhumatismes et des retards cognitifs et Zika des séquelles à long terme comme la microcéphalie des nouveaux-nés et le syndrome de Guillain-Barré (attaque des nerfs périphériques par le système immunitaire) si bien que leur poids financier est supérieur à celui de la dengue. “Ainsi, ces affections de longue durée aggravent le bilan de près de 300 milliards d’euros”, note David Roiz, chercheur à l’IRD et principal auteur de l’étude.

La tendance observée est l’information la plus inquiétante. La charge sanitaire des maladies vectorielles a fortement augmenté avec l’émergence et la diffusion du chikungunya et de Zika au début des années 2010. Ces coûts sont passés de 2 milliards d’euros dans la période 1995-2000 à plus de 30 milliards entre 2010 et 2014, soit un accroissement de 14%.

Selon les études scientifiques examinées, l’Inde, le Brésil, l’Indonésie, le Mexique et la Thaïlande sont les cinq pays les plus touchés. Mais ces résultats doivent être relativisés. Comme seules les études scientifiques donnant des coûts réels ont été retenues, l’écart avec la réalité est important puisque les estimations ont été retirées. Par ailleurs, la vérité des chiffres n’est souvent pas possible à obtenir du fait de la faiblesse de la recherche académique. Le cas de l’Afrique est emblématique. Le coût établi des maladies vectorielles y est de 1,3 milliard d’euros, ce qui est manifestement sous-estimé. “En réalité, les données manquent car les efforts statistiques portent surtout sur le paludisme”, reconnaît Paulina Pontifes.

La diffusion de la dengue, conséquence du trafic d’esclave du 18e siècle

La diffusion mondiale des moustiques vecteurs est principalement due à l’activité humaine. Aedes aegypti est sorti d’Afrique au 18e siècle avec le commerce triangulaire d’esclaves. Aedes albopictus a émergé d’Asie dans les années 1970 grâce au commerce mondial et au transport maritime de marchandises. Si Aedes aegypti semble confiné aux conditions climatiques tropicales, Aedes albopictus s’adapte plus facilement à des conditions tempérées qui lui sont de plus en plus favorables avec l’augmentation de la température mondiale. Sa colonisation de l’ensemble de la France met l’ensemble de la population sous la menace de maladies vectorielles jusque-là confinées aux Tropiques.

L’étude démontre que les pouvoirs publics ne peuvent se contenter de gérer des crises sanitaires qui vont aller en s’amplifiant. Les chercheurs de l’IRD mettent donc l’accent sur les politiques de prévention. Lesquelles sont aujourd’hui sous-dotées. Selon l’étude, les investissements cumulés dans la recherche sur de nouvelles techniques de lutte et sur la diffusion des bonnes pratiques sur le terrain se sont élevés à 7,5 milliards d’euros en quatre décennies, soit 12 fois moins que les sommes consacrées à soigner le mal.

“Les recherches sont très actives et portent sur l’amélioration des pièges et des répulsifs, la technique de l’insecte stérile par irradiation testée par l’IRD à l’île de La Réunion et les insectes transgéniques, énumère Frédéric Simard, directeur de recherche au Mivegec. La tendance est aussi à la réduction des insecticides chimiques bien que nous ne pouvons pas à ce jour nous en passer.”

La méthode la plus efficace reste cependant la mobilisation sociale par la diffusion des bonnes pratiques pour éviter de fournir aux moustiques des lieux de pontes comme les eaux stagnantes des jardins. La mobilisation doit donc, selon les chercheurs, être à la fois globale et locale. “Des changements sociétaux profonds et une collaboration internationale de plus haut niveau seront essentiels pour mener des actions de prévention visant à limiter la dispersion des Aedes invasifs et les maladies qu’ils transmettent dans le monde entier, écrivent en conclusion les chercheurs. Un tel engagement représente une chance pour préserver la santé globale et réduire les inégalités sanitaires.”

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