Africa-Press – Guinee Bissau. Fièvre, statut mental altéré, démarche anormale, difficultés respiratoires, encéphalites… Tous ces symptômes sont fréquents chez les personnes infectées par le virus Nipah (NiV), qui a causé un début de panique en février 2026 suite à quelques nouveaux cas en Inde. Mais ce virus n’est pas le seul à causer de tels symptômes: une étude de l’Institut d’épidémiologie, contrôle des maladies et recherche à Bangladesh et l’Université Columbia aux États-Unis, vient de mettre en évidence que certains patients bangladais suspectés d’être infectés par le virus Nipah étaient en réalité infectés par un autre virus. Leur découverte, publiée en décembre 2025 dans la revue Emerging Infectious Diseases, montre que le diagnostic de cette maladie est bien compliqué que prévu, et met en avant le danger accru de zoonose dans la région.
Un virus qui se transmet par la sève du dattier
Le virus en question est le Pteropine orthoreovirus (PRV), de la famille des réovirus (Reoviridae), qui avait déjà été identifié chez des patients en Malaisie en 2023. Il s’agit d’un virus à ARN, c’est-à-dire que son matériel génétique est gardé sous la forme d’ARN (comme les virus de la grippe ou du Covid-19). Il est commun chez des chauves-souris, notamment ceux qui se nourrissent de la sève des dattiers, et peuvent ainsi le contaminer avec leurs excréments. Or, les humains consomment eux aussi cette sève au Bangladesh, particulièrement durant l’hiver.
Des séquelles à long terme
C’est probablement ainsi que les patients ont été infectés par le virus. Ces cinq Bangladais ont été hospitalisés entre décembre 2022 et mars 2023 dans différentes régions du Bangladesh, avec suspicion d’une infection par le virus Nipah car ils en présentaient tous les symptômes caractéristiques. Cependant, leurs tests pour ce virus étaient négatifs. Mais ils avaient tous en commun le fait d’avoir consommé de la sève de dattier durant les 14 jours avant le début des symptômes.
Heureusement pour les patients, ils sont tous sortis de l’hôpital deux à trois semaines après leur hospitalisation. Mais seulement deux d’entre eux ont été entièrement guéris: l’un est décédé en août 2024 à cause de complications neurologiques, et les deux autres présentaient encore des symptômes, tels que de la fatigue et des difficultés pour marcher et pour respirer plus de 15 mois après l’hospitalisation. Toutefois, les auteurs précisent qu’ils se sont intéressés uniquement aux cas de maladie grave, et donc qu’il est tout à fait possible que ce virus puisse aussi causer des infections plus légères, voire asymptomatiques.
Un virus qui voyage facilement
Les virus retrouvés chez ces patients étaient proches génétiquement à d’autres ayant été identifiés chez plusieurs espèces de chauves-souris en Indonésie, Zambie, Ouganda, en Chine et même en Australie. Mettant en évidence la facilité avec laquelle des virus peuvent voyager grâce à ces mammifères volants. Le matériel génétique de ces virus montrait aussi qu’il avait subi un grand nombre de mélanges, même avec d’autres espèces de virus. Cela souligne la vitesse avec laquelle ces virus peuvent évoluer grâce à ce brassage, ce qui pourrait les rendre d’autant plus dangereux. Les auteurs alertent donc sur la nécessité de tester tous les patients présentant ces symptômes pour une multitude de virus transportés par des chauves-souris, et pas seulement celui de Nipah. Cette mesure est particulièrement importante dans les régions où l’on consomme la sève des dattiers.
Pour plus d’informations et d’analyses sur la Guinee Bissau, suivez Africa-Press





